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sou manleau. Non. aucune de ces inlenlions n'a guidé l'auteur quand il écrivit sous le titre de son ouvrage ces deux lignes empruntées au plus naïf de nos conteurs d'aujourd'hui :
N'est-ce pas folie aux faiseurs d'historiettes de se croire législateurs et moralistes ?
A mon sens, oui et non tout à la fois.
Oui, sinon folie, du moins singulière outrecuidance de s'imaginer qu'une œuvre légère destinée à une existence d'un mois au plus , aura force de loi , fera des repentans et des convertis ;
Non, quand, cette prétention une fois mise hors de cause, il ne reste à l'écrivain que le noble désir d'être utile •. peu importe après cela que la leçon aille ou n'aille pas à son adresse.
La question du bon Lapidaire révèle simplement de la crainte , de la défiance : c'est ainsi que je l'interprète , moi à qui une juste défiance de mes forces donne si bien le droit de l'interpréter ainsi. Le moraliste est sermoneur de sa nature , et les sermons en * % * ^ Itreux volumes sont chose fort ennuyeuse. Le législa-
t^"*" leur se laisse quelquefois entraîner au ton pédant et ^doctoral ; il professe , probablement parce qu'il parle de haut et qu'une tribune et une chaire , c'est tout un. Le romancier, lui, raconte : c'est un beau lot s'il raconte bien. Mais qui donc affirmera que le mérite d'un récit décroît en raison de l'utilité qui peut être renfermée dans ce récit ?
Peindre les mœurs , s'attaquer aux vices des insti-
talions sociales , crier haut el fort : ceci est mal , ceci est infâme ! La noble lâche pour qui sait l'accomplir ! Par malheur , beaucoup ont dépensé un grand talent à des œuvres dégoûtantes d'immoralité , et puis après ils ont dit : Prenez , voici un livre , un drame , un roman de mœurs ! — A qui la faute ? — Ce n'est point mon fait de répondre : j'en aurais trop à dire.
Nous vivons à une époque oii la société se trouve étrangement tiraillée en tous sens • époque déplorable suivant les uns , et à laquelle d'autres , pour se consoler eux et les critiques , jettent l'épithète de transitoire. Excellent moyen de consolation en effet , que de charger l'avenir de cicatriser les blessures du présent. Transitoire! Oui, admirablement trouvé! Comme si toute époque , en vivant des produits du temps qui l'a immédiatement précédée , ne portait pas en son sein les élémens du temps qui la suivra : comme si aujourd'hui n'était pas tout ensemble le fils d'hier et le père de demain ! Transitoire ! Et sur là foi de ce mot, ils se croisent les bras, ferment les yeux, et ils attendent. Vraiment, ne dirait-on pas les locataires d'une maison en flammes , qui ne bougent de leurs places , assurés qu'ils sont que l'heure d'après les sauvera , que l'eau va venir toute seule éteindre l'incendie. Mais pour que la transition soit heureuse , pour que le but auquel vous aspirez ne trompe pas vos espérances , faites autrement que le charrelicr
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de l'apologue qui demandait au ciel de le secourir sans s'aider lui-même à sortir du bourbier.
Une plaie vivace ronge au cœur la société de nos jours, un cancer qui après avoir durant trente années enfoncé lentement ses ongles aigus dans la chair complaisante, saisit aujourd'hui sa proie et la mord jusqu'au sang , et la dévore, et la tuera. Ce cancer, il est là , devant vous , autour de vous j cette plaie, mais vous la voyez , vous la touchez du doigt, et une mauvaise honte vous retient d'avouer que vous vous êtes trompés. Je m'adresse à vous , prétendus amis de l'humanité j à vous qui , non contens de rêver l'impossible , avez réussi à réaliser vos absui'des utopies ; à vous tous qui avez prêché et qui prêchez encore l'instruction égale pour tous, l'instruction universelle.
L'instruction , nous y voici.
Qu'on ne s'y méprenne pas cependant. Si je crie haro, c'est contre l'abus, et y a-t-il un abus plus condamnable que celui qui gâte et vicie la société nouvelle dans son germe , que celui qui détourne les enfans de la route qu'ils devraient suivre pour devenir des hommes?
L'instruction mal appliquée , mal digérée par conséquent , la demi-instruction en un mot , voilà, croyezmoi, ce qui allume dans tant de jeunes têtes celte ambition désordonnée , laquelle ne trouvant nulle part sa place toute faite , veut se la faire de force. Voilà ce
qui lance sur le pavé des grandes cités , les jours d'émeutes , ces courages , coupables faute du bon emploi qui leur manque. Cette soif de bouleversemens et de désordres , cette ardeur révolutionnaire qui nous effraie, sont suggérées aux jeunes gens instruits mal à propos ou à demi instruits par le besoin de se créer une position dans une société régénérée à leur manière , puisque dans l'ordre actuel ils ne peuvent atteindre leur but. Une première épreuve est pour eux sans succès , ils recommenceront, ils vivront de guerre civile , de renversemens , et cela doit être : incapables d'exercer un métier , ayant acquis des idées élevées , ces malheureux rougissent de la profession , de l'obscurité de leurs pères , sans pour cela avoir assez de capacité et de talent pour sortir de la sphère où ils étaient nés. Ils ont intérêt à faire des révolutions , puisque d'une révolution seule peut venir pour eux une fortune.
Et les femmes ! Parmi celles qui vivent de prostitution , combien sont tombées à ce degré d'avilissement par suite d'une éducation stupide ?
0 Philantropie , que nous veux-tu ?
Eh bien ! philantrophes , bienfaiteurs des hommes , c'est une de vos victimes qui veut ouvrir les yeux des insensés que vous conduiriez comme lui à un état pire que le néant , à une existence vide et sans but.
Ainsi que tant d'autres , j'ai passé huit ans dans les collèges à apprendre le grec et le latin , à me nourrir,
moi destiné à vivre dans une monarchie, d'idées républicaines, à méconnaître le monde au milieu duquel je devais chercher une place. Ainsi que tant d'autres, à vingt ans je ne savais rien de ce qu'il m'aurait fallu savoir. A vingt ans ! Malheureux , songez-y donc , mes plus belles années perdues , un avenir à me faire , et sans moyens, sans ressources intellectuelles , ou pour mieux dire, avec une intelligence torturée, détournée de son droit et véritable chemin. Je vous le dis dans l'amertume de mon cœur , avec désespoir , votre instruction universelle n'est qu'un piège , qu'une indigne fausseté ! vos belles paroles d'amour pour le genre humain , qu'un véhicule pour vous porter au faîte d'une popularité usurpée ! Le beau système , en vérité, que celui qui n'a pour résultat le moins fâcheux que de produii-e des hommes inutiles !
J'ignore s'il y a prudence à aller ainsi contre les idées de son temps ; mais ce que je sais, c'est qu'il y a courage du moins , et cela me suffit. Il y a plus : j'en appelle ici à ceux même qui propagent vos utopies , et je suis certain que pas un ne se trouvera qui ne dise, la main sur la conscience : Il a raison.
Et penser que ces voix éloquentes , qui ont du pouvoir sur les masses, gardent un silence obstiné en regard de tant de désastres dérivant d'une seule cause ! Penser qu'il suffirait peut-être d'une seule parole d'un de ces hommes haut placés dans l'opinion pour remédier à ce m^ , et que celle parole ne se prononce pas!
Et pourquoi?... Je me tais : il y a de la honte dans ce mutisme calculé.
Un sentiment bien pénible me saisit au moment de la publication de ce livre , celui de mon impuissance ; mais je ne fais qu'un essai , je ne fais que jeter une pierre d'attente ; d'autres la ramasseront pour s'en servir à la construction d'un solide édifice. Grâce au ciel , depuis deux ans l'œuvre est commencée , elle s'achèvera.
Moi aussi , j'ai foi dans l'avenir ; par égoïsme peutêtre : je suis jeune. Qu'importe? Espérons que le jour n'est pas loin où tous ces faux semblans de patriotisme , de liberté et d'égalité mal entendues disparaîtront sous le fouet vengeur de la raison publique outragée. Vous avez fait de la génération actuelle une génération folle , généreuse sans doute par ses sentimens naturels , mais incapable de rien fonder , de rien établir. Eh bien ! de nos rangs , j'en ai la conviction . surgiront bientôt des vainqueurs de vos fourberies. Inconnu , je ne réclame que le mérite d'avoir montré à d'autres le but auquel je ne puis parvenir.
Maintenant parlerai-je de l'action et de la forme du livre qu'on va lire. Ce sont choses extrêmement simples, et, l'avouerai-je , c'est cette simplicité même qui me donne quelqu'espoir de succès. Il m'a semblé qu'en obéissant à la réaction littéraire indiquée et presqu'o-
pérée par de bons esprits , je n'ai pu que suivre la voie la meilleure.
La critique qui me fut si indulgente pour un premier ouvrage , et que je remercie de cette indulgence, m'a imposé par là de nouveaux devoirs : je me suis cru obligé , sinon à plus de talent , ce dont je ne suis pas le maître , du moins à autant de conscience dans mon travail ; sur ce dernier point j'ai la conviction de n'être pas resté en arrière de la promesse que je m'ëtais faite. A mon avis , la même probité est imposée à l'écrivain et à l'homme privé ; l'un est une partie de l'autre, ils ne se séparent point. Je puis donc, comme Montaigne , dire : Ceci est un livre de bonne foi. En un mot , autant qu'il m'a été possible , je me suis efforcé de profiter des conseils pour mieux faire , des encouragemens pour en mériter de nouveaux.
En retour de mes efforts , j'attends la même bienveillance.
Me sera-t-elle accordée?
Jain i835.