‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 128 sur 250 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Définition du système politique de la France. — Budget de 1831. — Situation intellectuelle et morale de la société: Saint-Simoniens ; républicains-démocrates; Église française.— M. de Lamennais ; son caractère ; ses doctrines; procès de V Avenir.

— Travaux législatifs; loi sur le jury; loi municipale; conditions du pouvoir mal comprises. — Agitations.— Service funèbre à Saint- Germain-l'Auxerrois ; l'église envahie; inertie singulière du pouvoir; ses véritables causes; mot du roi.— Pillage de l'archevêché. — La cathédrale sauvée. — Aspect de Paris dans les saturnales du mardi-gras. — Scènes législatives. — La Bourse complice de l'émeute; ordre d'arrestation lancé contre M. Ouvrard. — Fleurs de lys effacées; croix abattues.

— Le roi sacrifie ses armoiries. — Troubles dans Paris. — Portrait de M. Dupin.

— Loi électorale; ses vices. — Loi sur la garde nationale. — Bévolution d'Italie; son importance ; son caractère. — Le fils aîné du roi confident des conspirateurs italiens. — Le duc de Modène complice douteux de Menotti. — Nuit du 3 février à Modéne. — L'insurrection se propage dans toute l'Italie. — Rome menacée; une lettre du Palais-Royal ; on abandonne les insurgé s après les avoir encouragés. — Retraite de M. Laffitte; causes réelles de cette retraite.— Jugement sur le ministère de M. Laffitte

Au milieu de ces événements qui tenaient TEurope attentive, le roi des Français s'occupait de consolider sa dynastie et poursuivait avec sérénité l'accomplissement de ses desseins. Voyant les chefs de la bourgeoisie se presser autour de son trône, par frayeur , ignorance et petitesse de vues, il avait cessé de leur rendre flatterie pour flatterie. 11 apportait moins de réserve dans ses

HISTOIRE DE I>l\ ANs.

manières; son langage devenait de jour en jour plus conforme à ses sentiments. La popularité qu'on avait si ardemment cherchée d'abord, non par goût comme Lalayette, mais par calcul, on paraissait maintenant la compter pour peu de chose. On commençait même à laisser volontiers percer dans les discours les principes d'une politique jusqu'alors à demi-cachée dans les actes.

A cette époque, des députât ions étaient envoyées au roi, de tous les points du royaume. Celle de la ville de Gaillac ayant dit à Louis-Philippe : « Au dehors, la France « veut être indépendante de l'étranger.; au-dedans. elle « veut l'être des factions ». il répondit : « Si les besoins « de la patrie me mettaient dans le cas d'appeler les « gardes nationaux et tous les citoyens à défendre notre « indépendance contre une agression étrangère, je ferais « cet appel avec une entière confiance; mais j'espère que « cette nécessité n'existera pas. Nous ne devons pas « seulement chérir la paix, nous devons encore éviter tout « ce qui pourrait provoquer la guerre. Quant à la politique « intérieure, nous chercherons, ajouta-t-il. à nous tenir « dans un juste milieu. » Le mot du système venait d'être prononcé.

Ces paroles du roi retentirent dans la France entière. Quelques-uns pensèrent que le monarque n'était pas fâché de se faire honneur auprès des Cabinets étrangers de son courage à braver les entraînements populaires. Tous remarquèrent la précision inaccoutumée de son langage.

Restait à savoir de quelle manière on refoulerait les passions actives qui demandaient à la révolution un aliment et une issue. Dans la situation violente où se trouvait la société française, il lui fallait, à défaut d'un

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