‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 13 sur 250 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

un contrôle jaloux tous les détails de son existence, en lui donnant une assemblée turbulente à subir, à combattre ou à corrompre, la forme constitutionnelle créait au chef de l'État une situation difficile ; elle le poussait à sacrifier tout au désir de conserver la couronne. Un prince qui tient le sceptre en réserve pour son fils, ne saurait avoir à un degré suffisant l'abnégation et l'audace. Alors même qu'il ne serait pas égoïste comme homme, il l'est comme père de famille : et tel est le vice des pouvoirs héréditaires. Mais combien cet inconvénient n'est-il pas plus grave lorsque le trône est pour ainsi dire lancé dans une perpétuelle tempête?

Aussi bien, Louis-Philippe, par caractère et par position, n'était que le premier bourgeois de son royaume. Or, la bourgeoisie n'était nullement tentée par l'éclat des aventures héroïques. Composée en partie de banquiers, de marchands, d'industriels, de rentiers, de propriétaires paisibles et prompts à s'alarmer, elle appartenait presque tout entière à la peur de l'imprévu. La grandeur de la France, pour elle, c'était la guerre • et dans la guerre elle ne voyait que l'interruption des relations commerciales, la chute de telle ou telle industrie, des débouchés perdus, des faillites, des banqueroutes. Ils n'avaient pas changé, les hommes qui, en 1814 d'abord, puis en 1815, criaient : A bas Napoléon ! tandis que l'ennemi frappait aux portes de la capitale.

Les obstacles qui s'opposaient à l'adoption d'une politique française et franchement révolutionnaire, n'existaient donc pas en Europe : ils existaient en France.

Cependant, et même sans sortir de la sphère étroite dans laquelle rétablissement d'une monarchie constitutionnelle

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renfermait la révolution <lc juillet, la dynastie nouvelle pouvait, si elle eût été bien inspirée, se créer en Europe un rôle indépendant et original. Louis-Philippe pouvait dire aux puissances : « Au nom de la France bourgeoise ( dont je suis le représentant, j'adhère aux arrangements ( territoriaux stipulés par les traités de 1815, et je re- < pousse toute idée de conquête. Je m'engage, en outre, à opposer une digue permanente aux entraînements révolutionnaires. Mais, pour que je remplisse cette double mission, il importe que les principes en vertu desquels je suis devenu roi et qui sont ceux de la bourgeoisie. acquièrent en Europe de la force et de l'autorité. Je ne ( saurais enchaîner la France démocratique et conquérante qu'avec le secours de l'Europe constitutionnelle. Ma cause étant inséparable de celle de la bourgeoisie, je ne saurais compter long-temps sur ses sympathies, à l'intérieur, qu'en faisant triompher, au dehors, ses doctrines et ses intérêts. En proclamant tous les gouverc nements solidaires l'un de l'autre, la Sainte-Alliance a ( posé un principe juste, dont il ne reste plus qu'à faire ( une application conforme au cours naturel des événements et des idées. Le régime constitutionnel existe en Angleterre; il vient de prévaloir en France; il peut aisément être introduit en Espagne, en Portugal, en Italie, en Belgique ; il veut être perfectionné en Allemagne. Eh bien! au nom de la France bourgeoise qui m'a couronné, j'offre mon appui à la bourgeoisie dans tous les pays de l'Europe, et je mets au prix de l'adop- « tion du principe constitutionnel l'alliance de la France « et la paix du monde. »

Ce langage n'aurait certainement répondu ni à toutes

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