CHAPITRE IX
« hommes que la République avait créés, mon père et ses « collègues souffraient seuls pour la grande cause que « tant d'autres trahissaient. Dernier hommage de leur « vieillesse impuissante à la patrie que leur jeunesse avait « si vigoureusement défendue! Cette cause, Messieurs, se « lie donc à tous mes sentiments comme fds ; les prin- « cipes qu'elle embrassait sont mon héritage. L'étude a « fortifié cette direction donnée naturellement à mes « idées politiques; et aujourd'hui que l'occasion s'offre a enfin à moi de prononcer un mot que tant d'autres « proscrivent, je le déclare sans affectation comme sans (c crainte, de cœur et de conviction : je suis républi- « cain. »
Après ce noble début, Godefroy Cavaignac repoussa avec un esingulière élévation de pensée tous les reproches adressés au parti républicain. On l'accusait de conspirer! Accusation futile ! Depuis qu'on faisait des révolutions, les conjurations étaient trop peu de chose. Le parti républicain était trop sûr de l'avenir pour manquer de patience et ne se point reposer sur la fortune des peuples. Il aimait bien mieux laisser la monarchie conspirer pour lui par un entassement d'inévitables fautes et d'iniquités fatales. Pourquoi le parti républicain se presserait-il!1 Lui était-il permis d'ignorer qu'il existait dans la société un dissolvant si énergique de tous les moyens de pouvoir, que le pouvoir était à refondre tout entier? A'e savait-il pas qu'en présence des besoins immenses et nouveaux qui tourmentaient le monde, un Dieu même trouverait plus diilicile de le gouverner que de le refaire? On évoquait contre les républicains les souvenirs sanglants de 93 ' Mais les gens sensés, ceux qui jugentl'histoire par ses résultats, n'avaient IL 2;»
•î:!8 histoire de dix ans.
pasoubKé sans doute que la Convention avait défendu le sol, ('tendu la France jusqu'à ses limites naturelles, fécondé l<germe de toutes les grandes pensées politiques, et que, de tous les gouvernements tour à tour poussés sur la scène dans l'espace de trente-six ans. seul le gouvernement de la Convention s'était retire parce qu'il l'avait voulu, triomphant, et abdiquant au bruit du canon de vendémiaire! Des ambitieux déçus, disait-on en parlant des républicains! C'étaient les ambitieux repus qui disaient cela, l'assaut à des considérations d'une autre nature. Cavaignac montra ce qu'il y avait de réfléchi, de pratique, dans l'opinion républicaine, trop éclairée pour antidater son programme et pour vivre des réminiscences de Rome ou d'Athènes. Il combattit la monarchie, considérée dans son action nécessaire, non sur la France, mais sur les nations de second ordre, (.race au Ciel ! la France portait en elle de quoi surmonter les plus déplorables épreuves : mais qu'allaient devenir les peuples naturellement placés sous son égide, et qu'il était dans les nécessités de la monarchie de sacrilici\( « La révolution, s'écria Cavaignac en « terminant, c'est la nation tout entière moins ceux qui '-. l'exploitent; c'est notre patrie remplissant cette mission « d'affranchissement qui lui a été confiée par la provi- « dence des peuples ; c'est toute la France qui a fait son « devoir envers eux. Pour nous. Messieurs, nous avons « fait notre devoir envers elle, et elle nous trouvera « toutes les fois qu'elle aura besoin de nous : quoi qu'elle « nous demande, elle l'obtiendra. » Une explosion d'applaudissements couvrit ces dernières paroles. Et l'impression ne fut pas moindre après le discours de M. Guinard, un de ces jeunes gens à la taille élevée, au front noble.