‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 178 sur 250 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Mais, avec plus d'initiative et plus de feu que son rival, M. Mauguin avait moins de consistance. Sa vigueur même devait tôt ou tard éloigner de lui la plupart des membres de l'Opposition qui tremblaient qu'on ne les conduisîttrop loin; car les plus énergiques, dans la Chambre, avaient besoinde croire que le régimeconstitutionnel pouvait être amélioré sans être affaibli. Genre d'illusion que M. Odilon Barrot poussait plus loin que personne, non par insuffisance mais par candeur !

Quoi qu'il en soit, ce fut à M. Mauguin qu'appartint le premier rôle, tant que dura le mouvement révolutionnaire des peuples. Il se fit à la Chambre le centre du parti militaire, et nous le verrons, soutenu par le général Lamarque, porter au pouvoir des coups terribles. Nul, d'ailleurs, ne suivait plus assidûment que M. Mauguin, sur la carte d'Europe, les expéditions lointaines et les marches savantes; nul ne se plaisait davantage à pénétrer les intrigues des Cours, à dévoiler les artifices de la diplomatie; nul ne remuait plus le monde en pensée.

Or, à cette époque, la France vivait plus de la vie des autres nations (pie de la sienne propre. Les événements qui agitaient alors la Pologne, le Portugal, la Belgique, occupaient les esprits d'une manière à peu près exclusive, et sur ces événements allaient rouler tous les débats delà session qui était à la veille de s'ouvrir. Nous vivions surtout en Pologne. Glorieux privilège de ce noble pays de France, d'avoir pour histoire celle de tous les peuples qu'on opprime.

Depuis la bataille de Grochow, les débordements de la Vistule avaient suspendu la guerre ; mais, dans le courant de février, le général Dwernicki, commandant l'aile

droite des Polonais, avait tenu la campagne à la tète d'un petit corps de 3, 000 chevaux. Entouré des républicains «le l'armée, cet homme héroïque lit des prodiges. Poussant l'audace jusqu'au génie el prompt comme la foudre, avec 3,000 soldats il sut en épouvanter et en disperser 20,000. Le 14 lévrier, il avait battu Geismar dans les vallons de Sieroczyn. Le 17. il avait passe la Vistule, il avait couru à la rencontre du généra] kreutzdans le Palatinatde Sandomir, et l'atteignant sous la forêt de Nowawies, il l'avait mis en fuite. Le ± mars, il le rejoignait à Pulawy. et y écrasait les dragons du prince de Wurtemberg. Partout victorieux, il alla s'établir à Zamosc, où le reléguaient des ordres jaloux.

Il était question à Varsovie de remplacer Kadziwill. chef impuissant à qui personne n'osait plus faire un crime de son incapacité, depuis qu'il se l'était reprochée lui-même avec une modestie qu'ennoblissait son malheur. Quel successeur allait-on lui donner? Le comte Pac, ancien aidede-camp de Napoléon, le grand mathématicien Prondzynski. Krukowiecki, tels étaient les rivaux opposés à Skrzynecki. encore tout rayonnant de sa gloire récente. Les républicains présentaient Dwernicki: mais, appuyé sur le parti des aristocrates de Varsovie, et recommandé à la Diète par Chlopicki, dont les blessures rachetaient les fautes, Skrzynecki l'emporta.

Si le gouvernement français avait eu pour la Pologne les mêmes sympathies que la France, il aurait rendu à la cause polonaise un incalculable service, en soutenant de son influence le parti démocratique et en travaillant à faire échouer l'élection de Skrzynecki. Nul genre d'intervention ne pouvait valoir celui-là. Car, ce qu'il fallait.

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