‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 180 sur 250 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le généralissime donne ordre qu'on s'empare du village de Dembewilkie situé dans une clairière sur les lianes de la chaussée qu'il domine. Foudroyés par l'artillerie russe à laquelle ils ne peuvent répondre, le 4e et le 8e de ligne s'avancent hardiment, essuyant un feu terrible et des charges qui ne les font, pas reculer. Deux pièces sont enfin amenées à force de bras, et vers le soir, le 4e de ligne entre dans le village au pas de charge. Arrivent alors par le défilé la cavalerie du général Skarzynski et les escadrons de Posen, qui, dépassant le village, vont charger le centre de l'ennemi, et renversent son infanterie et ses hulans. Les Russes abandonnent le champ de bataille, laissent 2,000 hommes sur la place , douze pièces de canon, des armes innombrables et 6,000 prisonniers. Les Polonais n'avaient perdu que 300 hommes. Le lendemain. Lubienski poursuivit Rosen au grand trot, à travers les villes de Minski et de Kaluszyn, et porta jusqu'à onze mille le nombre des prisonniers. Inhabile à profiter de ses avantages, et ne sachant pas suppléer au nombre par l'audace des entreprises, Skrzynecki fut accusé d'indécision, et, en effet, il ne comprit pas le parti qu'il pouvait tirer de l'enthousiasme des Polonais victorieux et du découragement des Russes, que semblait lui livrer l'incapacité de Diébitch. Les troupes russes étaient tellement démoralisées par les revers imprévus qu'elles avaient essuyés, que le 10 avril, ayant été attaquées au village d'iganie par le général Prondzynski, elles se débandèrent; et l'on vit l'élite de l'infanterie russe, ceux que l'empereur appelait les lions de Warna, depuis la guerre de Turquie, mettre bas les armes et jeter les aigles qu'ils arrachaient de leurs schakos, pour s'enfuir ou se rendre. II. 23

La victoire d'iganie, <ui l'on prit aux Russes 2,500 hommes et quelques pièces de canon, n'eut pas le résultat qu'on eu pouvail espérer, à cause des lenteurs que mit le généralissime à exécuter le mouvement convenu. A chaque instant . Prondzynskj s'attendait à le voir arriver de Siedlce par Bohimie, d'après le plan qu'avaient arrêté entre eux les deux généraux. C'en était fait du corps de Rosen. si au lieu de perdre un temps précieux à réparer les ponts du Kostrzyn, Skrzynecki eût débouché plus tôt de la forêt : il eût coupé la retraite des Russes et détruit tout un corps d'armée.

Mais déjà un lléau plus terrible que la guerre allait fondre sur les Polonais. Venu des Grandes-Indes, le cboléramorbus s'était mis en marche pour dévaster le monde. Au nord, il s'était avancé dans la Sibérie; au sud, il avait étendu ses ravages jusque sur les côtes de la Nouvelle- Hollande: à l'est, il avait franchi la grande muraille de la Chine pour aller se déclarer à Pékin; à l'ouest, traversant la mer Caspienne, il avait infecté Tiflis et la Nouvelle- Géorgie, passé le Caucase, envahi l'empire russe, éclaté à Moskou-, et l'armée de Diébitch le portait dans son sein. Ce fut à la bataille d'iganie que les Polonais contractèrent cette maladie épouvantable; elle commença par les régiments le plus engagés, et bientôt elle se communiqua au reste des troupes. On eût dit que la mort des champs de bataille ne suffisait plus à l'animosité de ces combats.

Informé de la contagion qui s'avançait, notre gouvernement s'en émut; il semblait que la peur du fléau le fit sortir de cette indifférence où le laissaient les dangers de la Pologne. Le 19 mai, sur la demande de M. d'Argout, ministre du commerce, une commission de médecins fran-

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