‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 229 sur 250 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Morte en nous maudissant à son heure dernière, Morte en baignant de pleurs l'aigle de sa bannière, Sans avoir entendu notre cri de pitié', Sans un mot de la France, un adieu d'amitié'! Cachons-nous, cachons-nous ; nous sommes des infâmes; Que tardons-nous? Prenons la quenouille des femmes; Jetons bas nos fusils, nos guerriers oripeaux, Nos plumets citadins, nos ceintures de peaux. Le courage à nos cœurs ne vient que par saccades, Ne parlons plus de gloire et de nos barricades; Que le teint de la honte embrase notre front. Vous voulez voir venir les Russes Ils viendront!

Ce fut au milieu de cette effervescence que s'ouvrit la séance du 19 septembre. Dans celle du 16, M. Mauguin. quoique malade, avait annoncé qu'il interpellerait le ministère, et il accourait pour accomplir sa menace. Impétueux et pressant, il accabla les ministres de questions posées avec netteté. Pourquoi avait-on souffert la scandaleuse et barbare intervention de la Prusse en faveur de la Russie? Pourquoi, du moins, n'avait-on pas agi pour sauver la Pologne, de la même manière que les Prussiens pour la perdre ? Pourquoi M. Sébastiani avait-il enlevé à la France, par le rappel du général Guiîleminot. l'appui de la Turquie, et le moyen d'envoyer une flotte dans la mer Noire ? Pourquoi s'était-on hâté de donner aux affaires belges une solution anti-française, au lieu de tenir, ainsi que l'avait dit M. Bignon, la Belgique en disponibilité et de la faire servir de rançon à la Pologne? Comment, malgré les déclarations formelles du ministre de la guerre, notre armée tout'entière avait-elle sitôt évacué la Belgique? Etait-il vrai que, sans égard pour la dignité de la France, un courrier envoyé à Varsovie par le gouverne-

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ment français eût été, sous de futiles prétextes, arrêté dans Le duché de Posen? Etait-il vrai, el M. de Lafayetle croyail en avoir la preuve, qu'on eût enchaîné les Polonais dans une inaction à jamais funeste, en leur faisant faussement espérer qu'on négociait pour eux et que, dans deux mois, ils rentreraient, grâce à la diplomatie, dans la grande famille des peuples libres? Et M. Mauguin sommait les ministres de fournir sur tout cela des explications précises, de produire des pièces, de prouver autrement que par des allégations vagues, sinon le mérite, au moins la loyauté de leur politique.

M. Sébastiani répondit que la Prusse s'étant bornée à fournir aux Russes des secours d'argent, de vivres et de munitions, une intervention pareille n'était pas un cas de guerre ; que le général Guilleminot avait été rappelé parce qu'en cherchant à exciter la Turquie contre les Russes, il avait eu le triple tort de compromettre le système de la paix, de désobéir à ses instructions *, et de parler à un cadavre; que, par la Belgique déclarée neutre, les intérêts de la France étaient suffisamment garantis, cette neutralité ne pouvant être violée qu'à notre profit, à cause du voisinage -, que l'évacuation de ces contrées par nos troupes avait été. à l'égard de la Conférence, une question de bonne foi a -, que le courrier arrêté dans le duché

1 Le général Guilleminot n'avait pu désobéir à ses instructions, n'en ayant pas reçu. La vérité est, et ceci fut démontré plus tard, que ces instructions dont parle ici M. Sébastiani, ne furent envoyées à M. Guilleminot qu'avec son ordre de rappel, et en duplicata. Or, leprimata, chose étrange, n'était point parvenu à Constantinople !

J M. Sébastiani ajoutait en propres termes:

« Que vous avait dit le ministre de la guerre ? Que l'armée française ne

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