CHAPITRE II. 6:j
avaient-ils échappé, dans la matinée du même jour, aux recherches de M. de Choulot. de Manoury. de Romanzo. et de tous ceux qui avaient, comme eux. visité la cheminée avec le plus grand soin? Fallait-il supposer que, dans le but d'accréditer l'opinion du suicide, une main furtive avait semé ces fragments dans le foyer, long-temps après la mort du prince ? On les avait découverts sur des cendres de papiers brûlés : comment admettre que le duc de Bourbon, ayant des papiers à anéantir, eût brûlé les uns et déchire les autres ? Ces singularités conduisaient à penser que l'écrit découvert se rapportait à une date antérieure à l'événement, et n'était qu'un projet de proclamation rédigé par le prince dans les premiers jours du mois d'août, alors que l'orage révolutionnaire grondait encore. On ne tarda pas à apprendre qu'en effet, aux premiers bruits de la tourmente de juillet, le duc de Bourbon avait eu l'idée d'une proclamation, et, dès-lors, la second;1 hypothèse acquit l'autorité d'une croyance.
Ainsi s'épaississaient, à chaque pas, les ténèbres qui enveloppaient cette mort imprévue. Pour faire l'autopsie du cadavre, on avait envoyé à Saint-Leu M. Marc, médecin ordinaire du roi. M. Pasquier et M. Marjolin. Ils conclurent au suicide. Mais, pour détruire tous les soupçons, ce ne fut pas assez de cet arrêt de la science que des médecins célèbres se hâtèrent, d'ailleurs, au nom de la science, de discuter et de combattre.
11 arriva donc que deux partis se formèrent. Ceux qui croyaient au suicide pouvaient alléguer en faveur de leur opinion : les procès-verbaux : la mélancolie du duc de lîourbon depuis 1830; ses terreurs de royaliste, de vieillard opulent et de gentilhomme: les déchirements de
Ci HISTOIRE IiE DIX an-;.
son âme incertaine au milieu des querelles politiques dont avait naguère retenti sa maison : l'acte de bienfaisance qu'il avait, le 2(>, confié aux soins de Manoury, parla crainte de ne pouvoir l'accomplir lui-même; ses adieux muets aux gens de service dans la soirée qui pour lui fut la dernière : l'état du corps qui ne présentait d'autres traces de violence que certaines excoriations, sullisammenl explicables dans l'hypothèse du suicide: l'état des vêtements sur lesquels on n'avait remarqué ni désordre ni souillure: le verrou fermé intérieurement; les difficultés matérielles de l'assassinat. L'impossibilité de dire avec quelque apparence de certitude : voici les assassins! Aces présomptions, les défenseurs de la mémoire du mort répliquèrent par des scènes d*un effet puissant. L'un d'eux, M. Méry-Lafontaine, se suspendit à l'espagnolette fatale, dans une position semblable à celle où avait été trouvé le prince: et cette tentative fut sans danger. On essaya, au moyen d'un ruban fort mince, de ramener du dehors un verrou dans sa gâche, et l'expérience eût un plein succès. II n'en fallut pas davantage. Les soupçons, timides jusque-là, se formulèrent avec une audace violente. Des noms furent prononcés. . . Le testament avait été lu • les haines qui déjà se dressaient contre madame de Feuchèress'accrurentpaiTassuranceacquisequ'ellen'avait laissé place que pour elle dans les souvenirs reconnaissants du testateur. Des propos accusateurs circulèrent. On raconta que dans la chapelle ardente où était exposée la victime. Lecomte s'était écrié, vaincu par son émotion : « J"ai un poids sur le cœur. » M. Bonnie, contrairement aux assertions formelles de ce même Lecomte, affirmait que dans la matinée du 27, le verrou de l'escalier dérobé n'était