‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 33 sur 250 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

pas été au-dessus de son pouvoir-, et parla il eût honoré son avènement et humilié ses ennemis. Mais Louis-Philippe envisageait autrement les intérêts de sa naissante royauté. On l'avait vu. à la veille d'occuper le trône, faire passer hâtivement sur la tète de ses enfants ses hiens qu'il ne voulait pas. selon l'antique loi de la monarchie, réunirai! domaine de l'État. C'était assez dire que, sous son règne. le mépris de l'argent ne serait point la vertu dominante. Il songea donc uniquement, hien que le plus riche des souverains de l'FAirope. à faire régir d'une manière fructueuse les nouveaux domaines de son fils.

De là, pour les hommes du pouvoir, la nécessité d'assurer à madame de Feuchères une protection dont nous aurons à raconter les scandales. La baronne fut invitée à la Cour, et y reçut un accueil dont le lendemain, tout Paris s'entretenait avec stupeur. Les cris de l'opinion rendant une enquête inévitable, une instruction fut commencée à Ponloise dans le mois de septembre, mais rien ne fat négligé pour assoupir l'affaire. Le conseiller-rapporteur. M. de la Huproie. se montrait résolu à trouver la vérité, on le mit soudainement à la retraite, et la place déjuge qu'il désirait depuis long-temps pour son gendre lui fut accordée. Le dossier passa en d'autres mains.

Od verra dans la suite quel parti surent tirer de tant de circonstances sujettes à controverse l'éloquence de M. Hcnnequin et les ressentiments du parti légitimiste.

La Cour cessa bientôt d'être inquiète de tout le bruit qu'on faisait autour d'elle : une chose la tourmentait. cependant. Elle n'ignorait pas qu'il y avait, depuis longtemps, dans la maison de Condé, un secret dont deux; personnes étaient toujours dépositaires. Ce secret avait été

confié par le duc de Bourbon, lors de son séjour à Londres,

à sir William Gordon, écuyer du prince régent, et au duc de La Châtre. Après leur mort. M. de Ghoulol avait reçu les confidences du prince, qui, à la suite d'une chute de cheval réputée dangereuse, avait laissé voir à Manoury le fond de ses pensées. On n'a jamais su et on ne sait encore rien de ce secret, sinon qu'il est important et redoutable. Quant au peuple, aucune des leçons que renfermait cette histoire ne fut perdue pour lui. et il en garda un immortel levain de défiance. Car le peuple croit volontiers aux crimes extraordinaires. Victime, d'ailleurs, des excès de l'orgueil et des emportements de la force, il lui est donné de se plaire à ces grands spectacles de la puissance abattue ou avilie et des vieilles races mortes, spectacles que Dieu lui envoie pour le relever et le venger.

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