CHAPITRE III. i
L'empereur Nicolas ne s'était pas attendu sans doute, de la part du gouvernement français, à ces marques de soumission. Car, à la première nouvelle de la révolution de juillet, il s'était mis en mesure de faire la guerre à la France. Il envoya le feld-maréchal Diébitch à Berlin, pour y décider le roi de Prusse à une alliance offensive ; il donna l'ordre aux troupes russes de se tenir prêtes pour une campagne prochaine-, il fit écrire au prince de Lubecki. ministre des finances en Pologne, qu'il eût à rechercher sans délai tous les fonds nécessaires pour la mobilisation de l'armée.
Le prince de Lubecki répondit que la Pologne possédait huit millions de florins dans son trésor, et un million d'écus à Berlin -, qu'elle était prête par conséquent à entreprendre les préparatifs de guerre voulus par les circonstances *.
D'un autre côté, le grand-duc Constantin engagea le consul de France en Pologne à prêter serment à Louis- Philippe. Ce consul était dévoué à la branche aînée des Bourbons, et le Cabinet de St-Pétersbourg craignait de le voir remplacé par un agent des idées qui venaient de triompher à Paris.
Voilà dans quelles dispositions la lettre précitée trouva l'empereur de Bussie; elle flatta son orgueil sans fléchir son ressentiment. Il ne se donna pas même la peine de dissimuler ses dédains, et l'envoyé du Palais-Boyal fut accueilli parle chef d'un peuple encore à demi-barbare avec une hauteur dont le gouvernement de la Bestauration lui-même n'aurait pas souffert l'injure.
1 Documents tirés du portefeuille du grand-duc Constantin, et produits par Lafayetteà la séance du 22 mars 1831,
L'attitude de l'Autriche ne lui pas à beaucoup près aussi hostile, parce que ses intérêts diplomatiques étaient différents. Le cabinet de Vienne n'était pas, comme celui de St-Pétersbourg, intéressé à la destruction de l'Angleterre. Il importail peu à L'Autriche que le roi de France eût le cœur anglais, pourvu qu'il se montrât disposé à enchaîner l'esprit révolutionnaire, et à préserver de tout ébranlement le système européen, inauguré en 1815. Louis-Philippe promettait tout cela. Son avènement devait donc être salué avec joie par les souverains qui, en 1815. s'étaient partagé les dépouilles de la France, en s'appropriant les peuples secondaires, bétail humain. distribué selon la loi de leurs caprices. Sous ce rapport, la Russie elle-même devait naturellement applaudir à l'avènement de Louis-Philippe: et c'est ce qu'elle eût fait, si ses vues sur Constantinople ne lui eussent créé dans la question un motif particulier de dépit et de haine.
M. de Metternich, d'ailleurs, faisait consister sa politique à éviter toute grande secousse. Amoureux du repos par égoïsme, il l'était aussi par incapacité. Ceux-là seuls affrontent les orages qui se sentent la force de les maîtriser. M. de Metternich voulait jouir sans trouble d'une réputation facilement usurpée, et dont la moindre complication eût mis à nu le mensonge. 11 ne se borna pas à recevoir d'une manière encourageante les assurances données par Louis-Philippe, il pressa vivement le roi de Prusse de ne point faire attendre son adhésion ; et, en effet, ce fut par Berlin qu'arriva la reconnaissance de l'Autriche : celle delà Prusse y était jointe.
Le roi des Pays-Bas n'avait pas hésité à reconnaître Louis-Pbilippe. Trop heureux de voir sur le trône de