CHAPITRE III
déclarée indépendante. Nouvelle source de difficultés. Car. république. L'Europe pesait sur elle et l'écrasait; monarchie, la diplomatie l'asservissait, en lui imposant un roi. Enfin, comme si la fortune eût voulu montrer tout ce que pouvait cacher de tempêtes cette indépendance si difficile à fixer, la Belgique, depuis son affranchissement, était accablée de toutes sortes de maux. Des pensées redoutables étaient éveillées dans le peuple par les encouragements que donne à L'audace tout changement de règne. et par l'espoir de la licence impunie. Des hordes de malfaiteurs parcouraient les campagnes: on avait dévalisé des voyageurs, dépouillé de riches négociants, dévasté des fabriques : les propriétés étaient menacées-, l'anarchie gagnait de proche en proche. Et pour faire face aux dangers de cette situation, il n'y avait qu*un gouvernement qui s'était créé lui-même, gouvernement d'hommes nouveaux que sa nécessité rendait possible, non populaire, et qui était sans force parce qu'il était sans prestige.
Ainsi tout semblait inviter la Belgique à devenir française. Il y allait des plus chers intérêts de la France, et ce dénoùment était inévitable, si, pour l'empêcher, le Cabinet du Palais-Boyal n'eût déployé une activité sans égale .
Parmi les personnages influents de la Belgique nouvelle, les uns étaient des républicains qui, comme M. de Potter. ne voulaient point faire partie d'un peuple retombé sous le joug monarchique. Les autres étaient, comme MM. Van de YVeyer et Nothomb. des hommes à demi-sceptiques, impatients de leur précédente obscurité, sans esprit de système, et faisant volontiers consister la capacité des affaires dans une froide soumission aux décrets de la
force. Ces derniers, le gouvernement français les aurail mis sans peine dans les intérêts de la France, n'ayant pour cela qu'à leur prouver sa puissance et à leur promettre un rôle. Il agissait dans un sens opposé, et les eut naturellement contre lui : c'était là ce qu'il voulait.
Grâce à cette conduite, inouïe certainement dans les fastes de la diplomatie, un véritable parti français ne put se former en Belgique, bien que de ce côté se trouvassent en même temps la logique des faits, les apparentes décisions du sort, la grandeur et l'avenir des deux peuples. La lutte s'engagea donc à Bruxelles entre les patriotes, partisans chaleureux d'une nationalité belge, et les Orangistes, qui avaient contribué à combattre la suprématie hollandaise, mais qui, ne croyant pas à la possibilité d'une Belgique indépendante, désiraient le maintien de la dynastie des .\assau, avec des institutions modifiées. Les hommes de finances, beaucoup d'industriels, la plupart des anciens employés du royaume des Pays-Bas, formaient le parti orangiste. Le parti patriote comprenait les catholiques, les jeunes libéraux, et s'appuyait sur les sympathies populaires. Les Orangistes étaient plus riches, plus prévoyants -, les patriotes plus actifs, plus nombreux et plus passionnés. Entre ces deux opinions rivales flottaient les hommes qui. préoccupés de leur fortune particulière, se tenaient à la disposition des vainqueurs.
Nous avons dit qu'un gouvernement provisoire s'était établi à Bruxelles, le lendemain de la révolution de septembre. Il se composait de MM. le baron E. d'Hoogvorst. Charles Bogier, Jolly de Coppin, Yanderlindin, ISicolaï. Félix de Mérode, Gendebien, Van de Weyer. Quatre jours après son installation, il s'était adjoint M. dePotter. No-