‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 2)Chapitre 56 sur 250 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

MM. de Polignac, de Peyronnet, de Guernon-Ranville et Chantelauze, au donjon de Vincennes. — On nomme des commissaires pour les interroger. — Singulières dissidences. — Vues de M. Mauguin; son portrait. — Interrogatoire des ex-ministres: leur attitude; singulière assurance du prince de Polignac. — On prépare tout pour sauver les accusés. — Le roi laisse éclater son horreur pour la peine de mort. — Débals parlementaires sur l'abolition de cette peine. — Indignation croissante du peuple; émeute de Vincenncs. — Mot du roi sur Pétion. — Violentes déclamations et perfides manœuvres.— Proclamation de M. Odilon Barrot; on veut l'exclure des affaires; scène étrange entre le roi et M.Dupont (de l'Eure). — Les doctrinaires sortent du Conseil. — pourquoi. — Nouveau ministère; M. Laffitte, président du Conseil; son système peu différent de celui des doctrinaires; définition des doctrinaires. — Résultats désastreux de deux mois de règne. — Parti qu'on cherche à tirer du procès des ex-ministres.

Cependant un drame terrible se préparait. Trois des anciens ministres de Charles X. MM. de Peyronnet, de Cuernon-Ranville et Chantelauze. venaient d'être conduits de Tours à Paris. On leur fit prendre la route de Vincennes, où le prince de Polignac ne tarda pas à les rejoindre.

Les prisonniers avaient été renfermés d'abord dans le pavillon de la Reine, chacun dans une pièce séparée. On envoya Tordre de les transférer au donjon.

1 10 HISTOIRE DE DIS MiS.

M. (!c Poligiiac fut appelé le premier à faire ce pénible

trajet. Il y avait plusieurs COUTS à traverser, et un grand nombre de gardes nationaux, mêlés aux soldats delà garnison, accouraient pour jouir du spectacle de la force a!;a! ! ne. spectacle qui charme les hommes. M. de Polignac parut. I! s'avançait, entre deux grenadiers, d'un pas lent et la tête nue. Ses vêtements étaient en désordre, la fatigue altérait ses traits; mais le feu d'une croyance irritée par le malheur brillait encore dans son regard. En montait! l'escalier du donjon, il se montra ému: il s'arrêta, la main appuyée sur le fusil d'un grenadier. Le gouverneur du château l'accompagnait. Après des vicissitudes sans nombre, la fortune ramenait M. de Polignac dans ce triste donjon où il avait jadis expié les haines de sa jeunesse contre l'Empire. Châtié alors pour s'être mis en révolte contre le pouvoir, il Tétait aujourd'hui pour en avoir abusé.

M. de Peyronnet, que devaient suivre ses deux autres collègues, parut à son tour. Jl avait le chapeau sur la tète: sa démarche était hautaine, et la foule remarquait sans colère cette fierté que l'excès de la conviction ne justifiait pas en lui, lorsqu'un cri se fit entendre. « À genoux, « criait un inconnu, qui couchait en joue l'ancien mi- « nistre -. à genoux le misérable qui a fait tirer sur le « peuple, et qu'il demande pardon. » On apaisa l'indignation de cet homme: mais il y avait pour le pouvoir, dans de semblables scènes, un avertissement terrible.

Pour interroger les coupables, la Chambre avait à nommer des commissaires. Elle désigna MM. Bérenger, Madier de Montjau et Mauguin. Ils apportaient dans l'exercice de leurs nouvelles fonctions des qualités diverses : M. Béren-

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