CHAPITRE V
Le 29 novembre arriva. Il était convenu entre les conjurés que le signal de l'insurrection serait donné: au midi, par l'incendie de la brasserie de Solec; et au nord, par celui de quelques maisons voisines de l'arsenal.
Les troupes russes se composaient d'un corps de Volhvniens. d'un corps de Lithuaniens, commandés par le général polonais Zymirski. et de trois régiments de cavalerie. Les gardes volbyniennes et lithuaniennes campaient au nord de Varsovie, dans le voisinage de l'arsenal. Les cavaliers occupaient, au midi, les casernes de Lazienki. voisines de l'école des porte-enseignes et du Belvéder. résidence de Constantin. Ce fut donc principalement sur l'arsenal et le Belvéder que dut se porter l'attention des conjurés.
En effet, vers six heures du soir, dix-huit jeunes gens sortent de l'école des porte-enseignes, fondent sur la demeure du grand-duc, terrassent les sentinelles, et pénètrent, la baïonnette au bout du fusil, les uns dans les appartements, les autres dans les jardins. L'alarme se répand; les valets effarés courent çà et là; le général Cendre et le vice-président de police, Lubowiski, essaient de s'enfuir et tombent percés de coups. Le grand-duc. couché sur un lit de repos, n'a que le temps de jeter un manteau sur ses épaules nues, et se dérobe par miracle aux vengeances des assaillants, tandis qu'à genoux, dans une salle du rez-de-chaussée, la belle duchesse de Lowich prie pour les- jours du prince qui l'a préféréeà un empire. Furieux d'avoir manqué leur victime, les dix-huit conjurés courent rejoindre leurs camarades, et tous, sous la conduite de Wysocki. ils se dirigent vers les casernes de la cavalerie, qu'ils espèrent surprendre. Les cuirassiers
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russes étaient déjà rangés en bataille. I. aventureuse phalange se précipite alors vers la grande rue du Nouveau Momie, où L'attendent, à la lèie de leurs compagnies, les sous-lieutenants engagés dans le complot. Mais, partout règne un profond silence. Solee, qui devrait être en flammes, n'a jeté qu'une faible et passagère lueur. Les jeunes gens s'étonnent : ils craignent une trahison, et leurs angoisses redoublent à la vue d'un escadron de lanciers qui s'est mis à leur poursuite. Les écuries de Kadziwill étaient sur leur passage : ils s*y retranchent, au nombre de -200. et après une lutte vigoureuse, parviennent à repousser les lanciers. Au même instant, des décharges de mousqueterie retentissent au loin ; un incendie brille au nord. C'est le signal convenu entre Wysocki et Zaliwski. Pleins d'enthousiasme et d'espérance, les porte-enseignes, poussent en avant, rencontrent à l'entrée du Nouveau- Monde un régiment de hussards, l'enfoncent; et, entonnant l'hymne national : Non, Pologne, lu n'es pas sans défenseurs y ils s'élancent vers le centre de la ville.
L'insurrection en avait gagné la partie septentrionale. Enlevé par deux sous-lieutenants, un bataillon du 4e de ligne se dirigeait vers l'arsenal, dont les avenues se trouvaient déjà occupées par les grenadiers du 5" qui. à la voix du jeune Lipowski, avaient prononcé le serment de mourir pour la cause de la Pologne indépendante. De son côté, l'infanterie russe s'était ébranlée-, et pendant que le général Zymirski. se décidant pour la neutralité, conduisait les Lithuaniens au Champ-de-Mars, de manière à les isoler, deux bataillons volhyniens se précipitaient., en poussant d'horribles imprécations, l'un à la rencontre du 4e de ligne, l'autre à la rencontre des grenadiers de Lipowski.