CHAPITRE vni
traindre, c'était trop peu d'une pacifique ambassade. On imagina de la soutenir par une démonstration menaçante. Le colonel Jacqueminot se chargea de la provoquer. Une expédition sur Rambouillet avait d'ailleurs cela d'utile qu'elle poussait hors de Paris tous les hommes effervescents. On était au 3 aoùt^ le lieutenant-général se proposait de paraître aux yeux des députés dans l'éclat de sa dignité récente : une diversion pouvait être nécessaire. On envoya dans tous les quartiers des hommes qui criaient : K Charles X menace Paris ! A Rambouillet ! à Rambouillet ! » Au Palais-Royal, on avait fait apporter de chez Farmurier Lepage une grande corbeille remplie de pistolets, que M. de Rumigny distribuait, avec des paquets de poudre, aux élèves de l'École polytechnique. Le rappel battit dans la capitale comme aux jours de grands dangers, et la ville entière s'émut. Il y avait au fond du peuple ce bouillonnement qui se voit au sortir des agitations. L'idée d'une campagne révolutionnaire aux environs de la capitale tlattait l'imagination mobile des Parisiens, et semblait leur promettre dans un acte de patriotisme une partie de plaisir. Rientôt tout Paris fut sur|pied.^On ne rencontrait dans les rues que jeunes gens faisant briller sur leur habit noir des baudriers de gendarmes, qu'ouvriers en veste portant des casques et armés de lances ou de carabines, l^our se procurer des chevaux au manège de Kuntzmann, quelques élèves de l'École polytechnique n'eurent qu'à signer leur nom, en indiquant leur qualité, au bas d'un billet ainsi conçu : a Ron pour un cheval )>. C'était un immense désordre. Le patriotisme de ces recrues d'un nouveau genre éclatait en rires bruyants, en paroles touchantes, en confuses clameurs. Les hommes habiles, qui
avaient compté sur la frivolité de Tesprit français, purent se féliciter de leur clairvoyance. Ils avaient amené le peuple à parodier sa propre grandeur !
Le commandement de cette expédition fut donné au général Pajol, dont le Palais-Royal se défiait et qu'on était bien-aise de compromettre à la fois et d'éloigner. Mais, pour surveiller ses démarches, on le crut du moins, le colonel Jacqueminot dut faire partie de l'expédition et résigna ses fonctions de commissaire.
Quant au général Lafayette, absorbé par une foule de préoccupations futiles, il ne vit dans un mouvement si bien préparé que l'élan volontaire de la population, et il donna ordre qu'on fît passer sous le commandement du général Pajol cinq cents hommes par légion. Mais des craintes très-vives le tourmentaient : lancer cette armée de hasard contre des troupes braves, bien disciplinées, combattant en rase campagne, n'était-ce pas Texposer à une affreuse boucherie? Aussi, en même temps qu'il signait des ordres si imprudents, il envoyait M, Frédéric Degeorge prescrire à la garde nationale d'Arras et à celle d'Amiens de se mettre en marche pour secourir Farmée expéditionnaire qui. disait-il, risquait fort d'être taillée en pièces.
Cependant, vers six heures du matin, une grande foule stationnait aux abords du Palais-Bourbon. On avait annoncé une séance publique. Les hommes qui avaient pris la révolution au sérieux faisaient remarquer avec amertume qu'il n'était pas convenable de donner àFouverture des Chambres la date que Charles X avait fixée ^ qu'il y avait dans cette continuation du passé quelque chose d'extraordinaire, et qu'on ferait bien de prendre garde aux commencements.... Mais ces observations chagrines