‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 171 sur 174 · CHAPITRE X. ici · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. ici

Avant de s"embarquer, Charles X remit à M. Odilon Barrot, qui lui en avait exprimé le désir, un écrit dans lequel il certifiait les égards dont il avait été Tobjet de la part des commissaires. La dauphine, de son côté, donna comme témoignage de gratitude à M. Odilon Barrot une feuille de papier portant ces deux mots : Marie-Thérèse.

Le roi recommanda ensuite à la générosité des vainqueurs les pensionnaires de la liste civile. Les gardes s'attendaient tous à recevoir les adieux de la famille royale : cette espérance était vaine. Les officiers furent admis à baiser la main des princes et des princesses^ mais les soldats ne furent point passés en revue. Car tel est l'orgueil des maîtres de la terre, alors même que la main de Dieu les frappe et les humilie ! Le bienfait leur est facile, parce qu'il atteste leur supériorité -, mais la reconnaissance leur pèse, en leur rappelant qu'ils ont besoin des autres hommes.

Des sanglots, cependant, retentissaient le long du rivage. Un jeune homme nommé Bonnechose, s'élança sur le pont, courut au monarque, et, tombant à ses genoux qu'il tenait étroitement embrassés, il versait des larmes amères « et s'écriait : 0 mon roi ! ô mon roi ! je ne veux pas vous (( abandonner. » La grâce qu'il demandait ne lui fut pas accordée^ et quelque temps après, il se fit tuer dans la Vendée pour la cause de ceux dont il n'avait pu partager l'exil.

Enfin, il fallut partir. Debout sur le pont, levieuxroidit adieu à la France. Et remorqué par un bateau à vapeur, le Great'Britain déploya ses voiles, tandis que les gardes remontaient en silence la côte de Cherbourg. Quelques spectateurs attardés sur la rive suivaient de fœil la fuite

de ce navire sur les flots, lorsqu'ils le virent se retourner tout-à-coup et reprendre avec vitesse la route du port .Etaitce Tefl'et de quelque ordre violent donné par Charles X à réquipage.? On l'aurait pu craindre; mais tout avait été soigneusement prévu : un brick , commandé par le capitaine Thibault, avait reçu l'ordre d'escorter le Great-Britain, et de le couler bas pour peu que Charles X eût essayé d'agir en maître . Cette prévoyance inexorable ne fut pas justifiée par révénement. Le vaisseau ne revenait que pour chercher des provisions de bouche, oubliées dans ce désastre de plusieurs générations de rois.

Quand tout fut prêt pour le départ, le cri du commandement se fît entendre. C'était vers l'Angleterre que les Bourbons allaient voguer, en repassant peut-être par le sillon qu'avait jadis creusé dans l'océan le navire des Stuarts vaincus. Le ciel n'annonçait pas la tempête : le vent souffla dans les voiles, et le vaisseau disparut sur la mer.

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