‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 18 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

« VOS convictions ; car je tiens dans mes mains le brevet (( qui vous créait vice-amiral et vous donnait le comman- « dément de la flotte. » En disant ces mots, le baron d'Haussez mit le papier en lambeaux. Sa résolution était irrévocablement arrêtée. « Pour commander la flotte, di- « sait-il, le roi, si les amiraux s'abstiennent, est décidé à « descendre jusqu'à un capitaine de brick, et, s'il le faut, (( jusqu'à un enseigne. »

Une seconde réunion eut lieu chez le prince de Polignac. L'expédition, contre laquelle l'amiral Jacob avait préparé un discours écrit, ne fut appuyée que par MM. de ïaradel, Dupetit-Thouars et Valazé. a Je ne suis pas marin, dit le <( général Valazé, mais je ne vois point qu'à aucune épo- « que de l'histoire, les tentatives du genre de celle qu'on « propose aient échoué par Fimpossibilité du débarque- ((. ment. La marine n'a-t-elle fait aucun progrès? qui ose- (( rait le prétendre? » Cette opinion devait naturellement prévaloir dans le Conseil. C'est ce qui arriva.

Mais à qui confier la conduite de la flotte? Le général Bourmont, qui prenait le commandement de l'armée de terre, désigna au choix de M. d'Haussez l'amiral Duperré, alors préfet maritime à Brest.

L'amiral Duperré n'eut, d'abord, aucune objection à présenter. Mais, le lendemain, il paraissait avoir perdu toute confiance, soit que des influences dont il ne s'était pas rendu bien compte, eussent victorieusement agi sur lui, soit qu'un examen plus attentif de Lentreprise lui en eût mieux révélé les obstacles et les dangers : il accepta, pourtant, le commandement qui lui était offert. Mais comme son attitude et ses relations inspiraient aux ministres quelque défiance, le général Bourmont emporta se-

crètement une ordonnance qui lui donnait tout pouvoir et sur l'armée de terre et sur Tarmée de mer.

Du reste, les préparatifs étaient immenses, Tappareil était magnifique. L'armée, composée de trois divisions, que commandaient les lieutenants-généraux Berthezène, Loverdo et d'Escars, s'élevait à plus de 37,000 hommes y compris un régiment de chasseurs et un détachement du corps du génie, sous les ordres du baron Valazé. La flotte comprenait 103 bâtiments de guerre, montés par 27,000 marins, 377 bâtiments de transport, et environ 225 bateaux ou radeaux. L'Angleterre nous ayant menacés, on s'était préparé à repousser vigoureusement ses attaques, le cas échéant. Les marins témoignaient la plus vive ardeur ; l'amiral qui les commandait était brave, expérimenté. On comptait pour le reste, sur la fortune de la France.

Voici tout ce que tenta T Angleterre. Sur ses instigations, la Porte, usant de son droit de suzeraineté, résolut d'envoyer à Alger un pacha chargé de saisir le dey, de le faire étrangler, et d'offrir à la France toutes les satisfactions qu'elle pouvait désirer. C'était enlever tout prétexte à l'expédition. Tahir-Pacha partit donc pour Alger sur une frégate fournie par les Anglais. Mais le ministre de la marine, prévenu à temps, avait ordonné à la croisière française d'interdire au pacha l'entrée du port. La frégate qu'il montait ayant rencontré un petit bâtiment commandé par l'enseigne Debruel, cet intrépide officier déclara résolument qu'il ne laisserait passer la frégate qu'après s'être fait couler bas. Tahir-Pacha n'osa poursuivre sa route, fut joint par la flotte française, et envoyé à Toulon. Là vinrent aboutir les menaces du Cabinet de Saint-James.

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