‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 4)Chapitre 60 sur 174 · CHAPITRE IV. 2^Jfj · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 2^Jfj

M. de Maillardoz partit du quai de l'École à la tête des Suisses, et atteignit par la rue de la Monnaie la pointe St-Eustache^ mais, au lieu de redescendre au marché des Imiocents par la rue Montmartre, il suivit la rue Montorgueil. Erreur fatale! car il n'était pas arrivé à la rue Mandar que déjà le pavé était jonché de morts ^ et quand il fallut entrer dans cette rue, que fermait une énorme barricade, ce fut une horrible boucherie. La barricade fut franchie cependant-, mais le lendemain, sur les pierres dont elle était formée, on voyait étendus les cadavres de plusieurs soldats suisses, et en travers celui d'un de leurs officiers : monument funèbre de Fintrépidité et des vengeances du peuple ! M. de Maillardoz poursuivit sa route, regagna la rue Montmartre et la parcourut, au milieu des coups de fusil, jusqu'au marché des Innocents. Là ses soldats, se réunissant à ceux du général Quinsonnas, descendirent avec eux vers le fleuve, et allèrent prendre position au quai de l'École.

Quant aux troupes qui occupaient THôtel-de-Ville, elles continuaient à se défendre contre une masse sans cesse renouvelée d'insurgés. Postées aux fenêtres de l'Iîôtel-de- Ville, elles faisaient delà sur toutes les rues qui l'entourent un feu plongeant et continu. Le nombre des victimes sur ce point était considérable à onze heures du soir, c'est-à-dire au moment où, réunis pour la seconde fois chez M. Audry de Puyraveau, les députés y donnaient le spectacle de leurs incertitudes et de leur impuissance. Dans cette réunion, MM. Laffîtte, Lafayette, Mauguin, Audry, de Laborde, Bavoux, Chardel, déployèrent une fermeté honorable. Mais M. Sébastiani s'y montra plus partisan que jamais de l'ordre légal, u Nous négocions,

(( Messieurs, disait-il. Notre rôle ici est celui de médiau leurs, et nous n'avons même plus la qualité de dépuu tés. — INous conspirons comme conspire le peuple, et « avec lui », répondait M. Mauguin d'une voix émue, et M. Lalîltte rappelait cette menace qu'il avait faite au duc de Raguse : « Si les ordonnances ne sont pas retirées, je « me jette corps et biens dans le mouvement. » La salle était au rez-de-chaussée, le peuple entendait tout par les fenêtres, que M. Audry de Puyraveau avait fait ouvrir. Ce ne fut bientôt contre le général Sébastiani qu'un cri décolère. Plusieurs combattants s'étaient élancés dans la cour : ils venaient dire combien la lutte avait été meurtrière. Alors, pénétrés de douleur, MM. deLafayette, Laffitte, Audry de Puyraveau, de Laborde, s'écrièrent tous qu'il fallait diriger les efforts du peuple, s'associer à ses périls, adopter son étendard. M. Guizot restait silencieux et immobile. M. Méchin laissait percer dans l'expression de son visage son mécontentement et son embarras. Quant à M. Sébastiani, il n'eut pas plutôt entendu parler du drapeau tricolore, que, se levant avec les signes de la plus violente anxiété, il déclara que, pour son compte, il ne pouvait prendre part à de semblables discussions, et qu'il n'y avait de drapeau national que le drapeau blanc. Puis, s'adressant à M. Méchin : a Venez- <( vous ? lui dit-il. » Et ils sortirent. « C'est assez de tant <( de paroles vaines, dit M. Audry de Puyraveau, il est u temps d'agir. Montrons-nous au peuple, et en armes.» De son côté, M. de Lafayette demandait qu'on lui assignât un poste, ajoutant qu'il était résolu à s'y rendre à l'instant même. On se sépara encore une fois sans rien conclure, et en se donnant rendez-vous chez M. LaflTitte

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