CHAPITRE V
M. Aymar. Mais le général Buchet : « Je vais le trouTer « et lui faire part de vos observations. Attendez-moi. >» Quelques instants après, le général reparut. L'ordre était révoqué.
On a dit, — et c'est moins contre le lieutenant-général Aymar que contre M Gasparin que l'inculpation aétédirigéCj on a dit que, pour ajouter à l'importance de sa victoire, le pouvoir avait prolongé volontairement le combat 5 que, dans ce but, il avait renoncé à des positions qui n'étaient point menacées 5 que, résolu à terrifier Lyon et la France, il n'avait point empêché, le pouvant, des calamités superflues; que c'était pour rendre les républicains odieux aux propriétaires, qu'il avaitdéclaré la guerre aux maisons, abusé de l'incendie, imposé aux soldats une prudence féconde en désastres^ et donné aux moyens de défense les proportions de sa haine plutôt que celles du péril. Quelque invraisemblables que soient, par leur gravité même, de pareilles accusations, qu'il n'est presque jamais possible d'appuyer surune démonstration oflicielle, les faits, on doit le reconnaître, ne sont pas de nature à les démentir. Il est certain que la Croix-Rousse eût été bien plus promptement apaisée, sans les excitations perfides d'un nommé Picot, fourbe qui se cherchait des complices pour les aller trahir et dont l'impunité fit scandale. Il est également certain que, dans la caserne du Bon- Pasteur^ abandonnée par les troupes sans aucun motif apparent, les insurgés trouvèrent une cinquantaine de fusils, dont il semblait qu'on leur eût ménagé la conquête. Mais quoi ! dans la nuit du 10 au 1 1 , le fort Saint-Irénée, que l'insurrection ne menaçait pas, fut évacué comme l'avait été, dans la journée, la caserne du Bon-Pasteur.
et l'on y laissa deux pièces de canon si mal enclouées, que, le lendemain, les insurgés purent, après un travail de quelques minutes, les transporter à Fourvières, d'où ils se mirent à tirer sur la place Bellecour, avec des morceaux de fer et de la poudre séchée au soleil î
Quoi qu'il en soit, la lutte s'était ranimée le 11, avec les mêmes circonstances et le même caractère. Mais le 12, il devint tout-à-fait manifeste que, pour dominer la ville, Tarmée n'avait plus qu'à le vouloir. Alors seulement, on se décide à un vigoureux effort, et, tandis qu'on occupe la Guillotière, qui n'était pas djéfendue, le faubourg de Vaise, qui nel'était guère davantage, est impétueusement envahi. Là furent commis des actes de barbarie dont notre plume hésite à retracer l'image. Un coup de fusil ayant été tiré, rue Projetée, devant la maison du cabaretier Chagner, les soldats s'élancent dans cette maison décidés à faire main-basse sur tous ceux qui l'habitent. Un vieillard de 74 ans, nommé Meunier, était au lit 5 on lui tire dessus, et si près, que le feu prend aux couvertures ^ il respirait encore, on l'achève d'un coup de hache. Claude Combe, qui veillait au chevet de son frère mourant, est traîné dans la rue et fusillé. Jean-Claude Passinge, précipité par la fenêtre, est assommé sur le pavé à coups de crosse. Les soldats égorgent Prost et Lauvergnat, après les avoir liés dos à dos, en souvenir sans doute des hideux mariages d'une autre époque. Un homme paisible nommé Dieudonné fut trouvé dans sa chambre, tenant dans ses bras son fils âgé de cinq ans. A l'aspect des soldats furieux, le pauvre enfant criait : « Ne tuez point (( papa ! )) Mais le père, violemment séparé de son fils, estpoussé au pied de l'escalier. L'ofiicier donnant le signal