‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 125 sur 201 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

oiileiidail tirer vengeance , Armand Carrel rappela que déjà en février 1830, un de ses anciens collaborateurs, M. Mignct, n'avait pas craint de dire de la pairie qu'elle était (c la retraite des députés émérites, le prix de toutes (( les complaisances^ l'hôpital de tous les blessés au Pou- (c voir. )) Il citait ensuite ces paroles par lesquelles un autre de ses anciens collaborateurs au National^ M. ïhiers, avait Uétri la Chambre des pairs en 1830 : « MM. les pairs « n'ont évidemment d'autre soin que d'observer la fortune, « pour voir de quel côté elle se décidera à passer.... Il u faut de la vigueur avec tous ces poltrons. » Suivant lorateur, la violence de ces attaques, émanées de M. Mignet, maintenant conseiller d'État, et de M. Thiers, maintenant ministre, n'avait jamais été, depuis, dépassée. « Pour nous, ajouta-t-il, nous n'avons pas cherché les « occasions de renouveler ces hostilités qu'on nous re- (( proche aujourd'hui comme systématiques. Ces occa- <( sions, on nous les a données à souhait, en s'obstinant à (( maintenir les hypocrites douleurs du 21 janvier, à rejeter (( les droits des militaires des Cent-Jours, à repousser la <( loi du divorce , deux fois inutilement votée par la (( Chambre élective, et, ce qui a paru le comble du mau- <( vais vouloir, en opposant une inébranlable fin de non (( recevoir à la révision du procès du maréchal Ney. » A ce nom, une légère agitation se manifeste dans l'assemblée. Le public des tribunes redouble d'attention. Chacun reste comme en suspens. « Ici je m'arrête, continue <( Armand Carrel, par respect pour une glorieuse et lace men table mémoire. Je n'ai pas mission de dire s'il était <( plus facile de légaliser la sentence de mort que la révi- (c sion d'une procédure inique. Les temps ont prononcé.

(c Aujourd'hui le juge a plus besoin de réhabilitation que

« la victime » Le président, debout et alarmé:

(( Défenseur, vous parlez devant la Chambre des pairs. (( Vos expressions , prenez-y garde , pourraient être con- (( sidérées comme une offense. » Alors, avec un admirable accent de fierté, de courage, de reproche, d'indignation : « Si parmi les pairs qui ont voté la mort du maréchal « Ney, dit Armand Carrel, si parmi les pairs qui siègent « dans cette enceinte, il en est un qui se trouve blessé de « mes paroles, qu'il fasse une proposition contre moi, « qu'il me dénonce à cette barre, j'y comparaîtrai. Je « serai fier d'être le premier homme de la génération de {( 1830 qui viendra protester ici, au nom de la France « indignée , contre cet abominable assassinat, n Les auditeurs s'étaient levés dans les tribunes, saisis d'un transport d'enthousiasme ^ les pairs étaient consternés. « Dé- (( fenseur, s'écrie M. Pasquier, je vous retire la parole. » Mais, au moment même, d'une voix sortie des plus intimes profondeurs de l'âme, le général Excelmans s'écrie à son tour : « Je partage l'opinion du défenseur. Oui, la con- (c damnation du maréchal Ney a été un assassinat juri- (( dique. Je le dis, moi. » Des applaudissements répétés se font entendre. La séance est suspendue. Un trouble inexprimable domine les juges de 1815. L'ombre de Michel Ney était dans la salle ! Armand Carrel avait repris la parole au milieu de l'anxiété générale. Mais le nom terrible revenait à chaque instant sur ses lèvres. Interrompu encore une fois par le président, il dit : Je con- (( sidère la défense comme impossible. »

M. Rouen ayant été déclaré coupable à la majorité de 138 voix contre 15, les pairs allaient voter sur l'applica-

Page 1