CHAPITRE I. 3S
sévérité avait si cruellement pesé jusqu'alors sur la duchesse de Berri. Isolée, inquiète, troublée intérieurement des rumeurs de son parti, dont il lui semblait quelquefois entendre comme un écho lointain, elle désirait qu'on lui donnât pour conseils M. HennequinetM. de Chateaubriand : elle en fit la demande * . On parut disposé à satisfaire à ses désirs, mais on y mit pour condition qu'elle fît prendre à ces Messieurs rengagement d'affirmer sa grossesse. C'était lui imposer une loi aussi dure qu'inconvenante : elle refusa de s'y soumettre ^ et sa demande, transmise à Paris par le télégraphe, fut rejetée. En même temps on chargeait le général Bugeaud de lui faire connaître certaines particularités tendant à lui rendre son parti odieux. Ce parti, disait une dépêche ministérielle qu'on eut soin de lui communiquer le 18 avril, la sacrifiait indignement : les légitimistes désiraient sa mort, pour s'en faire contre le pouvoir un moyen de calomnie ^ vivante, elle n'était
cette occasion plus complètement que ne nous a permis de le faire une discrétion dont nous avons dû respecter les motifs.
• Voici la lettre qu'elle écrivit, à ce sujet, au général Bugeaud : « J'ai voulu réfléchir pendant plusieurs jours, M. le général, à nos a diverses conversations. Je me suis convaincue que, malgré mon vif désir a de ma mise en liberté, je ne pouvais me décider à faire au gouvernement « aucune proposition sans m'étre consultée avec quelques-uns de mes « amis : je me réduirai à deux ; mais bien entendu, j'aurai la possibilité de « les voir sans témoins. Si le ministre y consent, j'écrirai à M. le vicomte fl de Chateaubriand et à M. Hennequin, pour leur demander de se rendre a près de moi à Blaye. J'ai tout lieu d'espérer que les propositions que je « serai dans le cas de leur soumettre auront leur approbation. 1-e gouver- « nement, dans cette hypothèse, en recevrait communication. Je vous prie « de faire connaître mon désir au président du conseil. Ma demande vous « prouvera, général, que j'ai su apprécier vos bonnes intentions à mon « égard. Je ne cesserai de vous en conserver une véritable reconnaissance.
a Marie-Caroline. »
plus pour eux qu'un embarras -, des lettres venues de Prague annonçaient que tout le monde y était déchaîné contre elle, et qu'au rang de ses ennemis les plus implacables figuraient M. de Blacas et l'abbé deLatil.
Ces confidences, pleines d'artifice, avaient un but manifeste. En montrant à la duchesse deBerri que ses partisans l'abandonnaient, que sa famille même s'armait contre elle, on espérait l'amener par le désespoir à permettre que sa grossesse fût constatée ^ que risquait-elle à mécontenter un parti dont on exagérait si habilement à ses yeux l'ingratitude? Mais on ne put vaincre sa répugnance. MM. Orfila et Auvity lui avaient été envoyés pour la seconde fois avec MM. Andral fils et Fouquier : elle ne voulut pas les recevoir. M. Dubois, qui habitait Blaye depuis six semaines dans l'espoir de se faire admettre, M. Dubois lui écrivit en vain une lettre presque suppliante. « Malheur à lui s1l ose paraître devant moi ! » s'écria-t-elle d'un air qui respirait la menace. Car elle éprouvait pour M. Dubois une sorte d'horreur qu'elle ne prenait aucun soin de dissimuler.
Pour dompter l'obstination de la prisonnière, le gouvernement n'avait rien négligé : M. Auvity était allé jusqu'à presser M. de Mesnard d'employer son crédit auprès d'elle pour la faire consentir à une constatation dont sa mise en liberté serait le prix. Toutes les tentatives ayant échoué, et la princesse préférant à la honte de céder le malheur d'accoucher dans la citadelle, on ne songea plus qu'aux moyens de rendre inévitable l'appareil dont on se proposait d'entourer son accouchement. Mais ne préviendrait-elle pas les solennités formidables auxquelles on la condamnait, en se faisant avorter.^ C'est