CONDAMNÉS DE SAINT-ETIENNE, GRENOBLE, MARSEILLE, ARBOIS
ET BESANÇON. [Arrêl du 28 décembre \^'6^.) Marc Gaussidière, à vingt ans de détention; Pierre Reverchon, à dix ans de détention ; Gilbert dit Miran, et Riban, à cinq ans de détention, et tous sous la surveillance toute leur î;ie;Rossary, OiTroy, trois ans d'emprisonnement; Tiphaine et Froidevaux, un an d'emprisonnement, et tous quatre à cinq ans de surveillance.
* CONDAMNÉS DE PARIS. [Arrêl du ^3 janvier 1836.)
Beaumont, Kersausie, à la déportation ; Grevât, Pruvost, à dix ans de détention et à la surveillance toute leur vie; ^dMimc, à cinq ans d'emprisonnement ; Bastien, Roger, Varé, Cahuzac, à trois ans d'emprisonnement; Billon, Delayen, Delacquis, Buzelin, à ^m an d'emprisonnement ; et tous à cinq ans de surveillance.
CONTUMACES. [Arrêt du même jour.) Gavaignac, Berryer-Fontaine, Vignerte, Lebon, Guinard, Delente, Deludre, A. Marrast, à la déportation; Fouet, Grange, Yillain et Boura à quinze ans de détention; Mathé, Lenormand, Landolphe, Yvon, Aubert, Picbonnier, Gueroult, Souliard dit Chiret, à dix ans de détention; Herbert, Ghiiman, Pornin, Rosières, Poirotte, Tassin, Fournier, à cinq ans de détention, et tous so2is la surveillance toute leur vie.
Dans la dernière phase du procès, les accusés s'étaient montrés en général tort calmes. Cependant MM. Caussidière, Kersausie et Beaumont firent revivre, par leur indomptable énergie, des scènes dont le souvenir était resté palpitant ^
Le procès d'avril fut, pour le parti républicain que la révolution de juillet avait engendré, une défaite éclatante, mais non pas décisive. Quelques-uns exagérant le bien, la plupart se plaisant à outrer le mal, ce parti a été jugé d'une manière aussi fausse que diverse. S'il n'eut pas assez de loisir et de maturité pour pénétrer par l'étude dans les profondeurs de Tordre social, de manière à en tirer la solution des grands problèmes, il contribua du moins puisamment à les soulever. Il sema l'agitation autour de lui, mais non sans entretenir dans la nation de généreuses ardeurs. Il sut ennoblir le désordre par le dévoûment, il ne sépuisa qu'à force de se prodiguer, et il lutta si bien contre l'abaissement systématique de la France, qu'il fut au moment de la forcer à se tenir de-
' Les débals du procès d'avril ayant été coupés, comme on l'a vu , pi usieurs révélations imp(»rtantes qui devaient y trouver place sont restées dans l'ombre. Voici, par exemple, un fait sur lequel l'illustre M. Arago se proposait d'appeler l'attention publique.
Un jour, il se trouvait chez M. David ( d'Angers ) le statuaire, occupé dans ce moment à faire la statue de M"^ de Staël. La conversation s'étant engagée sur les combats de la rue Transnonain, la femme qui servait de modèle raconta que, le 13 avril, regagnant avec une de ses compagnes sa demeure située jirès de la fontaine Maubuée, elle avait aperçu son amant, sergentde-ville, qui travaillait aux barricades. Elle court à lui et témoigne son étonnenient. « Retirez-vous, malheureuses, s'écrie le sergent-de-ville « furieux, si vous dites un mot de ceci, vous êtes perdues. »
M. Arago ec rendit au lieu désigné, demanda des renseignements et fut pleinement édifié sur l'exactitude du récit. Le nom du sergent-de-ville est (ihenedeville.
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hoiiL. I*ar lui (iil ajourné dansée pays le règne des spéculations sordides, de la bassesse mercantile, le règne du génie carthaginois; et il eut cette gloire, qu il lit horreur à tous les vieux ennemis du nom français. Dans lalïaire du procès d'avril, ses adversaires se montrèrent si petits, et ils employèrent i)our le combattre des armes tellement déloyales et fragiles, qu'il aurait vaincu sans nul doute, si tous les membres qui le composaient avaient été plus étroitement unis par le lien des convictions et des idées. Mais le parti républicain s'était ouvert, par malheur, à certains hommes indignes d'y prendre place. De là un mélange sans exemple : le désintéressement, l'ardeur de connaître, l'ignorance, l'habitude de dénigrer, Tenvie, le courage, le mépris de la mort, le désir de briller, la modestie du dévoùment poussée jusqu'à l'héroïsme. Un pareil amalgame d'éléments opposés pouvait-il ne pas entraîner la ruine du parti? Par les vices des uns les vertus des autres étaient ou frappées d impuissance, ou calomniées. Si donc le parti républicain succomba, c'est que ses ennemis l'emportèrent sur lui par l'habile combinaison de leurs vices et l'ensemble de leur corruption. Et voilà comment il en vint à se disperser, à se dissoudre, ne laissant après lui, pour le juger, que l'intolérance de la sottise ou de la haine. Du reste, les individus ne sont que des instruments destinés par Dieu à s'user et à se rompre au service des idées. Au moment même où l'on croyait le parti détruit en France pour jamais, il se trouva que V opinion qu'il avait personnifiée se déployait avec une puissance nouvelle. Pourquoi s'en étonner.^ Parmi les républicains, nous l'avons dit, plusieurs étaient des hommes spirituels, brillants, d'une bravoure chevaleresque, toujours prêts à
se dévouer, pleins de gaîté dans le péril, et reproduisant avec plus de fidélité, plus d'éclat que le parti légitimiste lui-même, l'ancien type national ^ mais, à côté de ceuxci, on put compter quelques absurdes tribuns, quelques gens sans aveu, des traîtres dont la police salariait la turbulence ^ et ces derniers, quoique formant la minorité, suffirent pour discréditer la cause républicaine, en rendant le parti tout entier responsable de leurs folles prédications, de leur ignorance, de leur orgueil, de leur penchant à parodier, sans les comprendre, les passions de 1793. Ainsi, parce qu'il était arrivé à un petit nombre d'agitateurs dépourvus d'intelligence et incapables de modération, de se proclamer au hasard républicain, et de définir la république au gré de leurs aveugles colères, on mit en doute si la république n'était pas une chimère ou ne serait pas une calamité. Pour que les esprits sages fussent ramenés à une saine appréciation des choses, il fallait que le parti fût ou parût momentanément dissous, et qu'il se reformât plus homogène, plus studieux, plus calme, plus avancé dans la science des révolutions sociales. Or, à ce parti-là, certes, l'avenir pouvait sourire. Car, nous ne saurions trop le répéter : le principe monarchique mis face à face avec le principe électif doit tôt ou tard le dévorer ou être dé\oré par lui. Et ce dénoûment, un habile emploi de la corruption peut rajourner, non l'empêcher. « Que force reste à la loi ! » disent les gouvernements de fait, dans l'ivresse de leur fortune. Mais à cela, les hommes qui ne croient qu'à l'immortalité de la justice, les hommes droits et sincères répondent : « Qui sait si la loi d'aujourd'hui sera celle de demain? <i 11 faudra bien que force reste à la vérité. »