‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 173 sur 201 · CHAPITRE XII. 4G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 4G

en votant la prise en considération de la mesure, second vote contirmatif du premier!

Il y avait quelque chose d'extraordinaire dans tout ce qui venait de se passer. Car enfin, comment supposer que M. Ilumann n'eut, obéi qu'à ses inspirations personnelles en jetant dans la Chambre et dans le Cabinet un brandon de discordes, alors que le Pouvoir commençait à fonctionner librement et que la bourgeoisie jouissait d'un calme inaccoutumé? Pourquoi cette surprise faite par M. Humann à ses collègues, au risque d'un immense et triste scandale? Les amis les plus clairvoyants de MM. de Broglie et Guizot pensèrent que tout ce mouvement était né d'une secrète impulsion partie de la main d'un personnage auguste. Ce qui paraît prouvé, c'est que plusieurs familiers du Château votèrent, en cette occasion, contre le Cabinet, et qu'il y eût des négociations entre M. de Montalivet, un des plus dévoués serviteurs du roi, et M. de Malleville, membre du tiers-parti. Ce qui est hors de controverse, c'est que les ministres du 1 1 octobre, après tous les sanglants services rendus par eux à la dynastie d'Orléans, f>esaient horriblement à son chef. On ne se crut roi que le jour où il devint possible de faire peur à M. Thiers de M. Guizot, et à M. (iuizot de M. Thiers.

Mais il fallait arriver à rompre le faisceau pour tonjours. Voici quelles circonstances favorisèrent sur ce point les vues du Château :

M. Guizot allait quitter le ministère, et il n'était pas riche ^ ses amis songèrent à lui créer une position qui relevât au-dessus de tout vulgaire souci, et ils mirent beaucoup d'activité à lui gagner des voix pour la présidence de la Chambre. M. ïhiers, qui n'avait point reçu la

^m HISTOIRE DE DIX ANS.

confidence de leurs démarches, ne tarda pas à en être informé, et il en conçut un amer dépit. Pourquoi, dans une aifaire qui le touchait de si près, avait-on jugé à propos d'agir si complètement en dehors de lui? Ce coup lui fut d^autant plus sensihle, qu'il venait de se sacrifier pour les doctrinaires, et qu'il n'eût pas été éloigné de désirer le fauteuil promis à une ambition rivale. Un jour donc, M. Guizot étant monté dans la voiture de M. Thiers, et celui-ci laissant percer sur son visage l'irritation intérieure : u Plusieurs de mes amis, dit M. Guizot, me des- « tinent la présidence de la Chambre-, et j'y prétends. — u Moi, je n'y prétends pas, répondit M. Thiers, blessé au « vif; toutefois, l'avertissement me vient assez tard pour « qu'une semblable prétention ait eu le temps de naître « en moi. » Et les deux collègues se séparèrent, très-mé- ( ontents l'un de l'autre. Le projet fut abandonné; mais il avait allumé dans l'àme de M. Thiers un ressentiment dont on sut bientôt augmenter la violence en y mêlant les excitations de l'amour-propre. On fit savoir à M. Thiers, — et le roi ne fut pas le dernier à lui en donner avis, — que l'opinion le jugeait incapable de porter sa fortune lorsqu'il n'aurait plus pour appui le talent des doctrinaires et leur consistance. Que tardait-il à faire tomber une supposition aussi injurieuse, en saisissant avec hardiesse les rênes du Pouvoir devenues flottantes ? On devine l'effet de pareils discours sur un homme confiant dans sa destinée, prompt à s'émouvoir, et qui avait jusqu'alors vécu au milieu de tous les enivrements de là louange. D'ailleurs, il arriva que, par une ignorance Irop commune des intrigues et des menées de Cour, les journaux de l'Opposition servirent à leur insu la se-

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