‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 177 sur 201 · RAPPORT SUR LÀ SALUBRITÉ DE LA CITADELLE DE BLAYE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LÀ SALUBRITÉ DE LA CITADELLE DE BLAYE

A Monsieur le Ministre de l'intérieur,

Paris, le 1er février 1833.

Monsieur le ministre,

Nous avons l'honneur de vous adresser un rapport circonstancié sur la salubrité de la citadelle de Blaye, sur la convenance des distributions qui ont été faites, et des mesures qui ont été prises, afin que ce séjour ne devînt pas nuisible à la santé de madame la duchesse de Berri ; enfin sur son logement et sur les soins dont elle est l'objet.

Pour remplir la niiissiun que vous nous avez confiée, nous croyons devoir vous entretenir successivement de la situation de la citadelle de Blaye, de l'habitation occupée par madame la duchesse de Berri, des lieux dans lesquels elle se promène, des aliments dont elle fait usage, et des soins dont elle est l'objet.

La citadelle de Blaye, située à 11 lieues N. de Bordeaux, est placée entre la ville de Blaye, qu'elle domine, et dont elle n'est en quelque sorte que le prolongement, et la rive droite de la Gironde ; la hauteur est fort considérable, et son étendue assez grande pour qu'il soit impossible de la parcourir en moins de 20 à 25 minutes. L'air qu'on y respire est pur .- et, quoiqu'asse/

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vif sur les remparts, ea Icnipéralurc n'est pas Iri^s-basse dans les .-.litres points. Ainsi, le 25 et le 20 du mois dernier, pendant notre ?éj((ur, le thermomètre marquait à peine 0 dans les environs de l'habitation de madame la duchesse de Herri, tandis qu'il était au-dessous de ce deyré à Paris. L'atmosphère était calme et sa r.s nuage, même sur les remparts. Toutefois, nous avons appris qu'assez fréquemment il y n'-unaif h certaines heures de la journée des vents et des brouillards, notamment sur les parties les plus élevées et les plus voisines de la Girtmde; aussi avons-nous cru devoir conseillera madame la duchesse de Berri de ne se promener dans ces parties de la citadelle que vers le milieu du jour, et de choisir de préférence les allées abritées. Au reste, malgré les inconvénients que nous signalons, il est impossible d'élever le moindre doute sur la salubrité de la forteresse de Blaye. La garnison, qui se compose d'environ 700 hommes, ne compte en ce moment que 22 malades, et encore plusieurs d'entre eu\ sont-ils atteints de scrofules et d'autres affections chroniques, d'abcès, etc., maladies sur la production desquelles le séjour delà citadelle ne peutavoir exercé aucune influence. Sans doute les personnes d'une faible constitution, celles qui sont disposées à contracter des catharres pulmonaires ou d'autres affections enflammatoires, et celles qui sont habituellemet souffrantes, devront éviter, comme elles le feraient partout ailleurs, de soi tir, et surtout de parcourir les remparts pendant que le temps est mauvais, à moins d'être parfaitement couvertes.

L'habitation occupée par madame la duchesse de Berri, située dans l'ancienne ville de Blaye, est à une distance notable du fleuve et danj» un point de la citadelle bien au-dessous des remparts quoique déjà assez élevé au-dessus du sol. Le corps de logis et les deux ailes dont elle se compose olfrentnn rez-de-chaussée et un étage ; celui-ci sert de logement à la princesse et à deux des personnes qui lui sont attachées ; les pièces qui en font partie, sans être vastes ni très-nombreuses, sont assez spacieuses et suffisamment aérées pour qu'il n'y ait aucun inconvénient à les habiter, d'autant plus qu'elles ne sont pas humides. Convenablement meublées, elles nous ont paru disposées de manière à ce que les habitants puissent être parfaitement garantis de toutes les vicissitudes atmosphériques. Un jardin planté d'arbres fruitiers, coupé par des plates-bandes en fleurs, par des allées sablées, et dont on pourrait évaluer l'étendue au quart ou peutêtre au tiers de la cour du Louvre, est immédiatement annexé à l'appartement de madame la duchesse de Berri, et lui offre une promenade commode, ayant un point de vue très-étendu sur le cours de la Gironde, et dont elle peut disposer entière ment à son gré, à toute heure du jour. Indépendamment do ce jardin, la princesse a k sa disposition, pour se prome-

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lier, toute l'étendue de la citadelle, dans laquelle des mouvements de terrain mnlti[»liés, et des contre-allées sablées, situées en face au-dessous des remparts, lui donnent un abri contre les vents. Sur le point le plus élevé du rempart de la citadelle, on achève en ce moment un pavillon destiné à servir de repos à madame la duchesse de Berri, à la soustraire à l'inlluence des vents (t des orages, et propre à la faire jouir d'un horizon immense, tant sur le cours du fleuve que sur la campagne environnante.

Pour juger de la nature des aliments dont la princesse fait usage, et de la manière dont ils sont préparés, nous avons dû visiter la cuisine peu de temps avant le moment où le dîner allait être servi ; nous avons pu constater qu'ils étaient de bonne qualité, apprêtés avec soin et même avec recherche.

Relativement aux soins dont madame la duchesse de Berri est l'objet, nous pouvons ailirmer d'après ce que nous avons vu, et d'après ce qui nous a été dit, qu'elle est traitée avec 1rs pins grands égards, et qu'il nous a paru que rien n'était omis de ce qui pouvait adoucir sa position. L'exposé qui précède nous porte à conclure que dans l'état de captivité où est madame la duchesse de Bfrri, aucun autre lieu susceptible de pareille destination ne pourrait lui offrir des conditions plus salubres.

Nous sommes avec respect. Monsieur le ministre,

\'()S tri's-fninibles et Ircs-ohrisscuiis serviteurs, Orfila, Pierre Aivity.

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