‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 18 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

et jusqu'au lit de la princesse, pour voir s'il n'y avait pas d'enfant nouveau-né dans l'appartement-, que, dans le m{^me but, on vérifierait s'il n'y avait auprès de la duchesse de Berri aucune femme grosse et sur le point d'accoucher -, que, dans le cas où elle crierait pendant le travail, il serait fait mention de ses cris, aussi bien que des vagissements de l'enfant au moment de sa naissance. Marie-Caroline n'eut pas plutôt entendu l'énumération de ces formalités, qu'elle fut saisie de douleur et d'indignation ; mais le général ayant ajouté que les précautions ne pouvaient se borner là, et que, pour être instruit du début du travail, on serait obligé de placer deux gardiens dans le salon contigu à la chambre à coucher-, « Retirezu vous, Monsieur ! » s'écrie la princesse transportée de fureur-, et, du salon où elle se trouvait, se précipitant dans sa chambre, elle en ferme la porte avec violence. M. Deneux fut appelé aussitôt. La princesse était au lit, en proie à une agitation extrême ^ elle avait les muscles delà face, du col et de la poitrine contractés, la respiration pénible, les lèvres gonflées et violettes ^ les mouvements du cœur étaient tumultueux : l'enfant ne donnait plus signe de vie !

De semblables scènes pouvant amener une fausse couche et engager d'une manière terrible la responsabilité des ministres, le général Bugeaud ne négligea rien pour adoucir Marie-Caroline, et il y réussit -, car, chez elle, les impressions étaient plus vives que profondes. Mais ce système de ménagements nécessaires n'alla point jusqu'à l'annulation du procès- verbal, et l'acceptation en fut laborieusement négociée.

Quoique placé par le gouvernement auprès de Marie-

Caroline, M. Ménière désapprouvait complètement le projet de procès-verbal. Il en écrivit à M. d'Argout, et donna de sa désapprobation des motifs aussi honorables que décisifs. Quel pouvait être le but d'un acte de cette nature? De convaincre les incrédules ? Mais les dénégations du parti légitimiste étaient systématiques : comment douter qu'il ne fût résolu à nier même l'évidence? D'ailleurs, la tâche imposée aux témoins, sans parler de son inconvenance, n'était-elle pas impossible à remplir? M. Deneux, homme d'honneur, et responsable des suites de l'accouchement, ne protégerait-il point sa malade contre la désastreuse influence que devait exercer sur elle, au milieu des émotions d'un pareil moment , la vue de huit ou dix personnes étrangères, inconnues, chargées d'une mission outrageante et inquisitoriale ?

De sorte que, chez un peuple renommé pour sa générosité et sa courtoisie, l'accouchement d'une pauvre femme, vaincue, prisonnière, abandonnée, malade, était devenu la grande affiiire du moment, le sujet d'une correspondance ministérielle très-active, une question d'État, enfin ! Que dis-je ? on traita de cet accouchement comme on traite, entre Puissances belligérantes, d'une province à partager ou de la paix à conclure !

Après de longues négociations, Marie-Caroline consentit 1° à faire prévenir le général Bugeaud, dès qu'elle ressentirait les douleurs de l'enfantement 5 2° à répondre affirmativement à la question suivante : « Etes-vous la duchesse de Berri ? )> ^ 3^ si les témoins n'arrivaient qu'après l'accouchement, à les recevoir quand M. Deneux le jugerait convenable.

Pour prix de ces concessions, Marie-Caroline exigeait

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