‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 23 sur 201 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

il devait conduire la princesse jusqu'à la rade de Richard, où TaUendait la corvette VAgaCe. Des ordres sévères avaient été donnés par le général Rugeaud pour qu'aucune manifestation populaire ne troublât la solennité de rembarquement. Quelques personnages de marque s'étaient rendus à bord du bateau à vapeur pour y recevoir Marie- Caroline. C'étaient le prince et la princesse de Beauiïremont, le marquis et la marquise de Dampierre, le vicomte de Mesnard, le marquis de Barbançois, le comte Louis de Calvimont. A bord se trouvait aussi l'abbé Sabatier, qui venait d'être nommé aumônier de la princesse.

A neuf heures et demie, le général Bugeaud alla prévenir Marie-Caroline que l'heure du départ était arrivée. Il la trouva posant devant un peintre envoyé de Bordeaux par M. Gintrac, qui avait voulu garder le portrait de la prisonnière de Blaye. Marie-Caroline sortit, conduite par le général. A côté d'elle marchait la nourrice portant cette petite princesse qu'une prison avait vue naître et qu'attendait une mort prématurée. Suivaient M. de Mesnard, donnant le bras à M"'^ d'Hautefort ^ M. Deneux, M. de Saint-Arnaud, aide-de-camp du général^ M^*^ Lebeschu et M""^ Hansler. Au seuil de la porte Dauphine , Marie-Caroline ayant aperçu les deux filles du gouverneur et leur mère, elle se pencha vers les enfants pour les embrasser-, puis, se tournant vers M""^ Bugeaud, qu'elle savait douée d'un noble caractère et d'une àme compatissante : « J'espère, lui dit- « elle, que dans peu vous reverrez votre mari bien por- <c tant. » Au-delà de la porte Dauphine, la foule s'entassait impatiente. Quand Marie-Caroline parut, un grand silence se fît parmi le peuple-, mais à peine s'était-elle éloignée de quelques pas, qu'on entendit comme un bruit confus de IV. 4

voix, de chuchottements, de murmures, sans qu'on put savoir ni quel sentiment dominait cette multitude, ni à qui s'adressaient certaines rumeurs menaçantes sorties de son sein.

A dix heures, Tancre était levée et le Bordelais voguait vers la mer. Deux barques furent aperçues qui suivaient le bateau à vapeur. Elles étaient montées par des personnes dévouées à Marie-Caroline, comme le montraient bien les bras levés en signe d'adieu et les mouchoirs blancs agités en l'air. Au large ! cria d'une voix rude le commandant du Bordelais. Mais à l'instant même, de l'une des embarcations partit un paquet dont un cri désignait la destination, et qui alla tomber à quelque distance du général Bugeaud. C'était un fichu vert sur lequel était le portrait de Henri Y. Le général Bugeaud, qui s'irritait des plus petites choses, laissa éclater une indignation puérile. Mais son autorité n'avait plus rien dont Marie-Caroline eût sujet de s'alarmer . Aussi sut-elle se dédommager, à l'égard de M. Bugeaud, d'une trop longue dissimulation- et le général ne trouva plus chez elle et chez les personnes de sa suite, durant tout le voyage, que l'expression d'un ressentiment contenu avec effort.

Vers le milieu du jour, la corvette V Agate signala le bateau à vapeur le Bordelais., qui, descendant la Gironde, se dirigeait sur la rade de Richard. Le transbordement se fit sans difficulté. Les personnes qui devaient accompagner Marie-Caroline jusqu'à Palerme, étaient le prince et la princesse de Beauffremont, M. deMesnard, M. Deneux, M. Ménière, le général Bugeaud et son aide-de-camp, puis, pour le service de la princesse, M^^^ Lebeschu et M""' Hansler Des affaires urgentes avaient rappelé au sein

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