‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 64 sur 201 · CHAPITRE III. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. l

du pacha d'Egypte-, le second, qui prévalut, ruinait notre inlluence auprès du sultan. Le premier tendait à nous aliéner Alexandrie, le second (]onstantino[)Ie. Il est vrai que c'était à notre médiation que Méhémet-Ali semblait devoir le couronnement de ses conquêtes -, mais quel mérite une pareille médiation pouvait-elle avoir à ses yeux, après nos sommations mena(;antes et sa déclaration formelle qu'il ne céderait pas?

Quant au résultat matériel des négociations, et en laissant de côté leurs conséquences morales, il faisait évidemment les affaires, non de la France, mais des Russes. Car livrer à Méhémet-Ali toute la Syrie et les Portes de l'Asie- Mineure, c'était couper en deux l'empire ottoman, c'était TalTaiblir, c'était rendre la dépsndance de Mahmoud à l'égard de l'empereur Nicolas plus nécessaire et plus complète, c'était avancer pour Constantinople, et sans compensations pour nous, l'heure fatale de la servitude. Si, malgré tout cela, le Cabinet de Saint-Pétersbourg se montra contraire aux prétentions de Méhémet-Ali et mécontent des avantages qu'on lui faisait, c'est qu'il entrait dans la politique russe de protéger Mahmoud. D ailleurs, de quel prétexte la Puissance moscovite aurait-elle couvert son irruption dans le Bosphore, si elle n'y avait paru en qualité de protectrice?

Ainsi se termina notre première campagne diplomatique en Orient. La suite, comme on le verra, répondit au début!

Vers la même époque, le Cabinet des Tuileries contractait envers celui de Saint- James un engagement qui passa presqu'inaperçu alors, enseveli qu'il était dans l'ombre des chancelleries, mais qui devait, quelques années plus

tard, réveiller en France des haines mal éteintes et y soulever de formidables débats.

Nul n'ignore en quoi consiste la traite, cet infâme recrutement d'esclaves, ce hideux commerce de chair humaine, que Mirabeau flétrissait si énergiquement lorsqu'il donnait aux vaisseaux négriers le nom de bières ambulantes. Le 16 pluviôse an II (1794), la Convention française avait eu la gloire d'abolir, par une décision qu'annula Bonaparte, non-seulement l'esclavage, mais la traite, qui perpétue l'esclavage au moyen du vol des nègres africains. L'exemple fut suivi par l'Angleterre : en 1808, le parlement anglais, à une très-forte majorité, proscrivit la traite. Une faisait en cela que compléter la politique à laquelle les nègres des colonies anglaises avaient dû leur liberté. On a cru et on a dit, dans presque tous les pays de l'Europe, qu'en décrétant l'abolition de l'esclavage, le gouvernement anglais avait caché sous le manteau de la philanthropie les calculs d'un égoïsme profond ^ qu'il avait voulu, par l'émancipation des nègres, ruiner la culture du sucre des Antilles, pour assurer à son sucre indien la possession du marché de l'univers. Les combinaisons machiavéliques sur lesquelles l'aristocratie anglaise a fondé sa domination et le maintien de l'esclavage dans les Indes- Orientales, autorisent l'hypothèse, mais ne suffisent pas pour permettre l'affirmation. Attribuer avec légèreté à des motifs sordides les actes qu'expliquent naturellement des raisons puisées à ces grandes sources du cœur qui ne sont jamais tout-à-fait taries, c'est tenir en trop petite estime et soi-même et l'humanité. Il faut, d'ailleurs, reconnaître que c'est la nation anglaise, et non le gouvernement anglais, qui l'a poussé enfin, ce cri d'émancipation, l'un des

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