‹ Histoire de dix ans, 1830-1840 (volume 5)Chapitre 77 sur 201 · CHAPITRE iT · texte numérisé non relu

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lie jeunes gens propres à un coup de main, mais peu habitués à faire de longues routeîs. la colonne se traînait dun pas pénible. Tous les visages portaient l'empreinte d une morne préoccupation, et Ton se communiquait de proche en proche des doutes cruels. La colonne passa par de petites bourgades où nul cri d'enthousiasme ne se ût entendre et où elle ne rencontra que des regards étonnés. Par suite de ses travaux antérieurs. Mazzini était tombe dans un état extraordinaire de lassitude, et la douleur de voir le succès lui échapper se joignant à ses maux, une ûèvre ardente lavait saisi. 11 marchait douloureusement, appesanti par la fatigue de plusieurs nuits sans sommeil. II avait déjà demandé plusieurs fois à Kamorino quelle route on suivait, pourquoi on n'allait pas à Saint-Julien. pourquoi on ne se dirigeait pas sur Bonneville: et. à tort ou à raison, les rép>onses de Ramorino lavaient alarmé, lui paraissant évasives. Il 1 alla trouver une dernière fois au bivo . ra. Le général était couché près du feu.

dan- - ij manteau. Mazzini lui dit. dans l'égarement de la fièvre, qu il fallait aller du côté où il y avait espoir de se battre: que si vaincre était impossible, il fallait du moins prouver a lltalie que les patriotes restaient fldèles à leurs engagements et saA'aient mourir. Ramorino repondit que courir au-devant de dangers stériles serait plus qu'une imprudence, et qu'il y aurait folie à faire moissonner, sans utilité pour la eau- -^ mune. la fleur de la jeunesse italienne. Mazzini le r .»ar lait d'un œil hagard, le visage altéré et le : plein de trouble. En ce moment des coups de feu icciiissent. Ramorino se lève précipitamment. Mazzini court au faisceau et saisit sa carabine en remerciant Dieu de leur envover l'ennemi. Mais il avait le dé-

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lire. Ses compagnons lui apparurent comme des spectres. Il chancela, tomba sans connaissance-, et lorsqu'il rouvrit les yeux, il se trouvait en Suisse, où on l'avait transporté sur unecharrette. Les coups de feu n'étaient qu'une fausse alerte. Mais Ramorino avait perdu toute foi dans le succès. 11 déclara sans détour à ses compagnons que la tentative était pour le moment avortée, et qu'on n'avait plus qu'à regagner la frontière. Le corps fut dissous.

Cette expédition, si déplorable par la complète inanité de ses résultats, fut suivie de récriminations non moins déplorables, ainsi qu'il arrive toujours dans les entreprises avortées. Ramorino fut accusé de trahison, mais l'accusation ne fut point démontrée, les faits allégués contre lui pouvant recevoir une interprétation difTérente de celle que leur donnnait le soupçon aigri par le malheur. A son tour, Ramorino se déclara trahi, sans avoir fourni l'ombre d'une preuve et contre toute espèce de vraisemblance.

Les hommes sont faillibles, les idées justes sont immortelles. Mazzini et ses compagnons le comprenaient, et ils surent se garder de tout découragement pusillanime. Mais un regret dut leur rester, celui d'avoir jeté sur la cause qu'ils défendaient une défaveur momentanée. Car l'orgueil de leurs ennemis s'en accrut -, l'Autriche, la Russie, la Prusse, s'unirent à la Sardaigne dans un commun anathême contre les partisans d'une Italie indépendante-, les chancelleries s'irritèrent, menacèrent • et la Suisse, terre de liberté, suprême asile ouvert à l'infortune des proscrits, la Suisse se vit condamnée, après une glorieuse résistance, à mesurer désormais plus prudemment les bienfaits de son hospitalité. Il est inutile d'ajouter qu'en France le gou-

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