Le 19 janvier 1831, Menotti écrivait a M. Mialej
\vau(-hiei\ j'ai vu l'ami par son entremise j'es-
père an crédit de 9,000 francs qui esl garanti sur hypothèque. — CVsi tirs bien que d'Orléans nous protège, <•( c'est aussi avec l>> plus grand plaisir que j'apprends la bouno intelligenoe qui .'viste antre toi et Latayette, etc. •
vue» moins élevées, et nourrissait des proj dont les patriotes italiens ae pouvaient
pénétrer le sens caché. Ils résolurent d'.<
Il fut décidé que le signal de la révolution partirait de Modène, qu'il sciait donné dans la maison même de Hfenotti. la- complot devait éclater le 7 février; mais des indices trop certains étaient venus prouver aux cons pirateurs qu'on était sur la traoe leurs projets. Il y avait parmi eux un citoyen nommé Ricci, bon Italien, mais servant dans les gardes du duc de Modène, et fils d'un homme désigné d'avance aux ressentiments des conspirateurs. On raconte que, tremblant pour la vie de son père, Ricci l'a-lla trouver quelques jours avant l'explosion du complot, pour le supplier de s'absenter de Modène dans la journée du 7 février. Surpris des instances de son fils, cet homme conçut des soupçons qu'il s'empressa de communiquer au prince. Ricci fut mandé au palais, accablé de menaces; et on croit que . si les aveux ne trahirent le nom d'aucun de ses amis, ils compromirent du moins I succès du hardi projet qu'ils avaient formé. Plus tard, du reste, les rancunes mal éteintes du duc fournirent au malheureux jeune homme l'honneur d'une noble expiation.
Quoi qu'il en soit, jugeant que le complot était éventé, à certaines mesures inusil et notamment à celle qui ordonnait au brave général Zucchi de quitter Modène. Menolti et ses compagnons résolurent de précipiter le dénoùment.
Le .'{ février, une agitation inaccoutumée régnait à Modène. Tandis que. d'une part, les conjurés faisaient leurs préparatifs en toute hâte et avec une héroïque témérité, de l'autre, le duc de Modène donnait des ordres empressés, fortifiai! son palais ,-t consignai! les troupes dans les casernes. A huit heures.
les conjurés Se trouvaient réunis dans la maison de Menotli, au nombre de quarante environ. Parmi les Complices, il y en avait
beaucoup, ceux de la campagne surtout.
qu'on n'avait pas eu le temps de prévenir. Mais, confiants dans leur courage et dans la
fortune de leur pays, ces généreux Italiens
LOUIS BLANC
se disposaient, les uns à envahir le palais ducal, les autres à marcher aux quatre portes de la ville, pour s'en emparer, lorsque les rues qui entouraient la maison de Menotti se remplirent de soldats. Les conjurés n'occupant que le premier étage, et le rez-dechaussée étant habité par une paisible famille, composée en grande partie de femmes et d'enfants, la porte principale de la maison deMenotti était restée ouverte. Des dragonset
Marie-Louise. (1191-1847.)
des pionniers pénètrent dans la cour, montent au premier étage, et essaient d'enfoncer la porte de l'appartement qui renferme les conjurés. « Que faire? s'écrie l'un deux. » Menotti prend un pistolet et le décharge. En un instant la porte est, des deux côtés, criblée de balles. Courant aux fenêtres, quelques-uns des conjurés font feu sur les troupes postées dans la rue, et le combat s'engage. C'était un drame terrible et singulier. Au bruit de la fusillade se mêlaient, partanl à la fois et du rez-de-chaussée et du deuxième étage, des cris affreux poussés par des femmes, par des enfants. Les dragons jugeant à la résistance opiniâtre qu'on leur
opposait qu'ils avaient affaire à de nombreux ennemis, reculèrent enfin, et descendirent en désordre l'escalier taché de leur sang.
Soudain, le bruit de la fusillade s'éteignit; les soldats se glissèrent dans l'ombre des portiques : autour de la maison tout fit silence. Alors , dans l'exaltation decette victoire étrange, les conjurés se mirent à table, joyeux et mélancoliques tour à tour, et ils burent à la délivrance de leur pays, en attendant la mort. Un moment l'espoir se ranima dans leur âme. Ayant entendu au loin de vagues clameurs, ils crurent que les portes de la ville étaient forcées par les gens de la campagne, leurs complices, et ils montèrent tous au haut de la maison, pour voir venir leurs libérateurs. Ils se trompaient : ces clameurs lointaines étaient poussées par quelques soldats du tyran, et célébraient d'avanceut son facile triomphe. Tout-à-coup une voix retentit dans la rue : « Qui vive ! « crie une sentinelle. — Menotti ! répondit « un homme qui se laissait couler le long « du mur, suspendu à une corde; je vais « parler au duc. » A ces paroles succède un coup de feu, et Menotti est ramassé sanglant sur le pavé. Pendant ce temps, une scène touchante se passait dans le palais ducal. On avait conseillé au prince de faire sauter l'asile des conjurés; mais le ministre Scozia, dont la famille habitait la maison menacée, s'était jetée au pied du prince, et il le conjurait avec larmes de ne pas envelopper dans la même vengeance les coupables et les innocents. Le duc envoya pourtant du canon contre les conjurés; et ceux-ci, pour ne pas compromettre plus longtemps la vie des familles qui, étrangères à leurs desseins, se trouvaient associées à leurs périls, coururent se remettre aux mains des soldats. On les traîna au palais en les accablant d'injures et de mauvais traitements. Plusieurs d'entr'eux furent grièvement blesses. M. Kuftini [\) reçut deux coups de baïonnette.
La journée du i février fut pour la ville de Modène une journée île deuil. .Mais le len-
1. C'esl do M. Ruiïmi Lui-même que nous tenons quelques-uns des détails qui précèdent.
demain on y apprenait qu'une insurrection venait d'éclater à Bologne, et Le duc de Bfodène, après avoir fait brûler ses papiers secrets, prenait tout tremblant la route de Mantoue, suivi de l'infortuné Menotti : il devait plus tard s'assurer de la discrétion du conspirateur en le livrant au bourreau.
De Bologne, la révolution s'étendit rapidement dans toute la Bomagne. Quelques jours s'étaient à peine écoulés que déjà le drapeau tricolore était arboré à Pérouse, à Spoleti, à Foligno, à Terni ; l'insurrection embrassait la province de l'Ombric, celle de Tracimène; le cardinal Benvenuti, légat à latere, tombait à Cosimo au pouvoir des insurgés ; Ancône se rendait sans coup-férir aux braves colonels Sercognani et Armandi; enfin, Marie-Louise fuyait ses états que l'incendie avait gagnés. Bientôt l'étendard glorieux de la jeunesse italienne flotta sur les hauteurs d'Ottricoli, à quinze lieues de Rome, et la terreur fut au Vatican.
Malheureusement, le peuple applaudissait à la révolution sans se passionner pour elle. A demi satisfait de sa destinée dont la honte n'était' pas de nature à frapper ses regards, il était plus disposé à saluer au passage ses libérateurs qu'à se faire parmi eux un rôle actif et violent. Les chefs manquaient, d'ailleurs, l'as d'unité, nulle direction. A Bologne, à Modène, à Parme, à Reggio, on avait vu s'improviser autant de gouvernements, non rivaux, mais divers, et auxquels un respect fatal du principe de non-intervention enlevait jusqu'à la pensée de combiner leurs efforts. Propager l'insurrection en Toscane, il n'y fallait pas songer, le peuple étant gouverné dans ce pays avec une sagesse paternelle et jouissant d'une prospérité sans égale.
Dans un tel état do choses et au milieu de tant d'obstacles, l'audace restait aux patriotes italiens comme chance de sucrés. Il y avait péril et non pas folie à marcher sur Rome : c'est ce que plusieurs proposèrent. Mais le gouvernement de Bologne hésitait : il consulta le colonel Armandi qui se trouvait
alors à Ancône, et n'avait pas encore nommé ministre de la guerre. Le colonel répondit avec l'autorité qu'il puisait dan |
vieille expérience militaire, que les dispositions du peuple, qui vit a Rome sous l'entière dépendance de la cour pontificale, défendaient une expédition de ce genre; qu'il était impossible de la tenter heureusement avec une poignée d'hommes inhabiles à la guerre et mal armés; que c'était attire à la révolution italienne que de courir aussi aveuglément les risques d'un premier revers, alors qu'il s'agissait de hasarder une petite troupe dans une plaine immense, où la nature du terrain ne permettait ni de marcher de poste en poste ni de camper avec sûreté. Cette opinion prévalut.
Au reste, Rome venait subitement de changer d'aspect. Dans les premiers jours de l'insurrection, le Vatican s'était montré en proie aux plus vives alarmes, et on y avait fait des préparatifs de fuite. Soudain des nouvelles arrivent, venant de France, et aussitôt la cour pontificale renaît à l'espoir, à l'orgueil; des proclamations menaçantes partent de la ville éternelle; les Transtéverins • sont en armes. « Bonnes nou- « velles! écrit le colonel Ravinetti dans « une proclamation adressée aux troupes « papales. Le roi de France, par un cour- « rier exprès, donne au Saint-Père l'assu- « rance de sa protection et de son interven- « tion pour maintenir les Etats-Pontificaux « sous le gouvernement du Saint-Siège. » En effet1, Louis-Philippe, à la première nouvelle de l'insurrection de Bologne, s'était empressé d'écrire au Saint-Père pour lui témoigner son intérêt et sa sollicitude.
Fidèle de sou côté à la politique de
maître. .M. Sébastiani avait donné en France des ordres pressants pour empêcher le départ de tous les réfugiés italiens qu'appelaient eu Italie les espérances et les dangers de leurs frères.
A cette époque, pourtant, la cause de l'indépendance italienne éveillait en France
l. \ oir aux documents historiques.
LOUIS BLANC
des sympathies aussi énergiques que généreuses, et une circonstance particulière y rendait plus vive la haine que portaient au gouvernement autrichien les partisans sincères de la révolution de juillet. Un jeune Italien, d'une figure douce et altérée par de cruelles souffrances, était arrivé à Paris. Il se nommait Maroncelli. Les noirs cachots de Spielberg avaient longtemps pesé sur lui, et le récit des tortures qu'il avait endurées était affreux. Victime innocente de la tyrannie d'un gouvernement soupçonneux, il s'était vu traîner dans un pays étranger où on lui avait donné pour prison une basse-fosse humide et sombre, pour nourriture du pain noir trempé dans de l'eau chaude, pour lit une planche nue, pour vêtement l'habit des galériens. Sa jambe gauche, engagée dans un anneau de fer auquel pendait une chaîne du poids de vingt livres, s'était gonflée au point qu'une amputation était devenue nécessaire, de sorte qu'il suffisait de sa présence pour dénoncer la barbarie de ses bourreaux. La publicilé donnée à ces détails, dans un moment où tous les cœurs battaient pour l'Italie, produisit une impression universelle et profonde.
Or, le même jour, on apprenait à Paris que M. d'Appony venait d'annoncer au Cabinet du Palais-Royal une intervention des Autrichiens dans le duché de Modène. L'Autriche fondait sa prétention sur le droit de réversibilité que lui avait reconnu l'acte du congrès de Vienne; vain prétexte! un droit éventuel de réversibilité pouvait-il enlever au duché de Modène ce caractère d'Etat indépendant que lui avaient donné les stipulations du congrès de Vienne, et que le gouvernement français s'était engagé à faire respecter, lorsqu'il avait proclamé le principe de non-intervention? M. Laffitte déclara en plein Conseil qu'avec de telles prétentions, si l'Autriche persistait, il n'y avait qu'une réponse possible, la guerre. Tous les ministres applaudirent. M. Sébastiani lui-même, ministre des affaires étrangères, b' engagea à répondre en ce sens.
Ed effet, le maréchal Maison, ambassadeur
de France à Vienne, fut chargé de présenter à l'Autriche une déclaration qui lui interdisait, en termes formels, l'entrée des Etats- Romains. A cette espèce d'ultimatum au bout duquel était la guerre, l'Autriche répondit, non-seulement avec fermeté, mais avec insulte. Gardien de l'honneur de son gouvernement, et convaincu que la France ne pouvait sans s'avilir laisser fouler aux pieds un principe qu'il avait mission de faire respecter, le maréchal fit sur le champ connaître au Cabinet du Palais- Royal la réponse du ministre autrichien. En même temps il écrivit au général Guilleminot, ambassadeur de France à Constantinopie, que c'en était fait de la paix du monde: que la France était forcée décidément à tirer l'épée pour soutenir l'honneur d'une déclaration repoussée avec menace ; que les moments étaient précieux, et qu'il fallait se hâter de chercher des ennemis à la Russie.
Le général Guilleminotne pouvait hésiter. Depuis la Révolution de juillet, la situation de l'ambassade française à Constantinople était difficile. Au moment de la Révolution qui avait précipité Charles X de son trône, la Russie avait pour ministre plénipotentiaire auprès de la Porte M. de Ribeaupierre. C'était un de ces Russes aux manières élégantes, et un homme de salon avant tout ; mais cela ne l'empêcha pas de laisser éclater contre le régime qui venait de prévaloir en France une haine dont la bienséance ne modéra pas toujours les emportements.
Soumis à l'ascendant de la Russie, le Divan s'était d'abord opposé à la substitution du drapeau tricolore au drapeau blanc : le g néral Guilleminot envoya son gendre, le comte Roger, au plénipotentiaire pour demander des explications. Lorsque .M. Roger entra, M. de Ribeaupierre était à table, entouré de ses officiers. Ne pouvant contenir l'explosion de ses répugnances, il se mit à attaquer violemment la révolution de France et sessuites. Homme de cœur et toutdévoué à son pays. M. Roger répliqua avec vivacité, comparant à ces mouvements séditieux qui.
on Russie, n'aboutissaient qu'à des assassinats, ce glorieux événement de juillet qui avait élevé la France dans L'estime du monde.
Quoique fort animée, cette scène n'eut pas de conséquences fâcheuses. Les obstacles qui s'opposaient an changement du pavillon français furent même écartés.
Mais une hostilité sourde n'avait pas cessé d'exister entre les deux ambassadeurs.
Le général Cuilleminot ne fut donc ni surpris ni affligé de la dépêche du maréchal Maison.
Des négociations habilement conduites pouvaient créer, soit dans le Caucase, soit en Perse, des moyens efficaces de diversion, et sauver la Pologne ; mais l'essentiel était d'amener la Turquie à se déclarer contre les Russes, au premier coup de canon.
Dans ce but, des ouvertures furent faites au Divan, et tout fut secrètement préparé, dans la prévision d'une guerre imminente.
Pendant ce temps, la -dépêche adressée au Palais-Royal parle maréchal Maison arrivait à Paris.
Elle était ainsi conçue :
« Jusqu'ici, m'a dit M. de Metternich, nous « avons laissé la France mettre en avant le « principe de la non-intervention, mais il « est temps qu'elle sache que nous n'enten- « dons pas le reconnaître en ce qui conte cerne l'Italie. Nous porterons nos armes « partout où s'étendra l'insurrection. Si « cette intervention doit amener la guerre, « eh bien, vienne la guerre! Nous aimons « mieux en courir les chances que d'être « exposés à périr au milieu des émeutes. »
Le maréchal Maison ajoutait que, pour prévenir les dangers dont la France était menacée, il fallait sans retard prendre l'initiative de la guerre et jeter une armée dans le Piémont.
Cette dépèche, commentée dans le public avec une ardeur passionnée, avait été remise le I à M. Sébastiani.
Le président du Conseil, M. Laffitte, ne la connut que le 8, par hasard pour ainsi
dire, el en la lisant dans le National.
On l'avait donc cachée pendant quatre jours au président do Conseil! La surprise de If. Laffitte fut grande. Il demanda des explications. If. Sébastiani ne sut alléguer pour sa justification que des motifs dont la puérilité était offensante, et M. Laffitte résolut de déposer un pouvoir dont on ne lui avait laissé que les périls. Pourtant, toujours dupe de lui-même, il ne put s'avouer qu'à la dernière extrémité une déception aussi amère. Il voulut une fois encore interroger la reconnaissance du prince auquel il avait donné la couronne, et il se plaignit a lui douloureusement de ce qui venait de se passer, mêlant à l'expression de ses grief-. personnels la critique adoucie d'une politique qui l'avait eu pour instrument sans l'avoir tout à fait pour approbateur.
Le roi répondit à M. Laffitte avec cette familiarité naïve qui lui était ordinaire : il consola doucement l'ami, et parut pénétré du désir de conserver le ministre. Puis, comme s'il eût été entièrement étranger à cette politique dont M. Laflitte blâmait la direction, il l'engagea à s'en expliquer avec ses collègues. C'est ce que fit M. Laffitte dans une réunion qui eut lieu le 9 mars.
Mais déjà tout était préparé pour un changement de Cabinet. M. Casimir Périer jugeait que son heure était venue, et M. lîouvier-Dumolard avait sur ce point reçu N confidences. M. Laflitte fut accueilli froidement par ses collègues. Il comprit bien alors tout ce qu'il avait livré en livrant son pays, et il se retira des affaires, le C03UT à jamais blessé.
Ainsi tomba ce ministère qu'une lution avait enfanté. La dépèche cachée au président du Conseil fut le prétexte et tu > n la cause de sa retraite. M. I.aftitte tomba
parce que les services qu'il pouvait rendre
à la nouvelle dynastie étaient épuisi
Et comment se serait-il maintenu? D'une
part, si ses sentiments le portaient vers le peuple, ses opinions l'en éloignaient : de l'autre, l'amitié d'un roi était pour sa
sensibilité une épreuve trop dangereuse.
M. Laffitte avait une haute capacité financière, un esprit pénétrant, une facilité d'élocution remarquable , une bienveillance remplie de grâce et d'élévation. Il joignait, chose rare, à la science des affaires des connaissances littéraires fort
par autrui alors qu'il fallait dompter en la sauvant, une société incertaine , tourmentée , et au sein de laquelle durait encore le frémissement des luttes de la veille. Le nom de M. Laffitte était respecté : on le compromit. Son influence était décisive : on la fit servir au triomphe des plus regrettables
FIN Je la. SUBLIME BEVOLUTfQW IS30\
Lettre d'une publication de L'époque sur les journées de juillet.
étendues. Dans un autre milieu et sous d'autres influences, il aurait. pu rendre les plus grands services à son pays. Mais, partagé entre le soin de cultiver sa popularité et celui de ménager son crédit, il devait manquer également de vigueur et pour le bien et pour le mal. C'est ce qui arriva. 11 fut irrésolu dans un moment où les intérêts , in aient hâte de B6 classer et les [tassions de se produire. Il fut condamné à n'agir que
desseins. Et voilà comment son ministère marqua, dans l'histoire de son pays, comme une période malheureuse.
Ce fut, en elîet, durant cette période que s'établit, par l'abandon successif de toutes les nations opprimées, Le système diplomatique qui tendait à faire descendre la France au rang des Puissances secondaires, pour taire accepter par les Puissances principales la dynastie de Louis-Philippe. Ce fut
Bientôt parurent des dragons et des gendarmes envoyés à leur poursuite. (Paye ^25.)
aussi dans cet intervalle que la bourgeoisie se mit en mesure de commander aux affaires.
Par la loi sur les municipalités, elle paralysa du même coup dans les communes l'action du peuple et le règne des grandes influences locales.
Par la loi sur les élections, elle s'empara exclusivement du pouvoir.
Par la loi sur la garde nationale, elle se réserva la domination de la plaie publique.
Dirigée par des meneurs sans entrailles, dont ses instincts servaient merveilleusement les calculs, elle s'arma contre l'insurrection, au 21 décembre, pour contenir les républicains, et elle encouragea L'émeute, au H février, pour effrayer les légitimistes: ennemie et amie de Tordre tour à tour, selon les besoins du moment.
Ce que l'égoïsme d'une pareille conduite
! devait avoir de fatal, et aux intérêts de lac! asservie, etàceux de la classe dominante ellemême, on le verra par la suite de cette histoire. Mais d'aussi hardis envahissements n'eussent jamais été possibles, au sortir d'une révolution faite par le peuple, s'il n'y avait eu aux affaires des hommes dont la réputation fût de nature à donner le eh.i aux mécontents et à dérouter l'opinion. I hommes furent, à des titres divers et av< : une part inégale de responsabilité, MM. de Lafayette, Dupont (de l'Eure et Laffitte. Grâce à leur honorable mais impuissant triumvirat, beaucoup prirent pour une transition oécessaire ce qui n'était au tond qu'un déplacement de tyrannie.
Les chefs du parti républicain ne trompèrent pas; mais ils n'avaient été jusque-là ni assez, torts pour s'imposer, ni as écoutés pour taire prévaloir la sagesse de leurs défianoes.
LOUIS BLANC
Seconde phase du gouvernement de la bourgeoisie. — Casimir Périer premier ministre; son ascendant sur la Chambre; ses rapports avec le roi; son programme. — Séance du 18 mars. — L'Italie abandonnée; les réfugiés italiens persécutés à Lyon et à Marseille. — Les Autrichiens envahissent l'Italie. — Piège tendu au gouvernement de Bologne; il fait désarmer les Modenais. — Mission confiée à M. Hubert; M. Hubert à Paris. — Les Autrichiens à Bologne. — Convention d'Ancône. — Vengeance et perfidie du Vatican. — Comment le gouvernement français est jugé en Italie. — Rappel du général Guilleminot; véritables motifs de ce rappel. — Violences de Casimir Périer. — Histoire des sociétés populaires; Société des Amis du Peuple. — Progrès du parti républicain; son but; sa physionomie; son premier procès. — Décoration de juillet: troubles. — Eloigneraient de Casimir Périer pour le roi. — Le roi s'absente de la capitale; son passage à Metz. — Menaces adressées au maréchal Soult par Casimir Périer. — Dissolution de la Chambre.
Continuer la politique de la ruse était désormais impossible. A quoi bon, d'ailleurs? Toute la force que peut contenir le mensonge des concessions nécessaires, le régime nouveau la possédait : il était fondé, il ne s'agissait plus que de le défendre. Le cours naturel des choses appelait donc au pouvoir un ministre violent. M. Laffitte se retirait de la scène : M. Casimir Périer y monta.
Il arrivait aux affaires avec une colère immense, un orgueil sans bornes et je ne sais quelle impatience farouche d'écraser ses ennemis. Banquier opulent et toujours en éveil, le bruit des factions lui avait causé de mortelles alarmes et il brûlait de s'en venger. Tant que la situation était restée incertaine, il avait épié le pouvoir avec anxiété, et ne s'était point senti la hardiesse d'y porter la main. Mais lorsqu'il crut voir que le peuple s'ignorait; que la puissance des partis ne répondait pas à leur fougue; que les ressources de l'esprit de révolte étaient incomplètes, éparses ; que la résistance ne serait ni efficace, ni durable, contre tous ces éléments réunis de domination, les capitaux, le crédit, l'organisation, les positions acquises, la discipline , il prit son parti impétueusement, et ne songea plus qu'à prouver à la bourgeoisie tout ce qu'elle pouvait, par l'excès do ce qu'il allait tenter pour elle, en la traînant à sa suite ; car il manquait de courage, non de vigueur; et s'il tremblait
devant l'humiliation d'une défaite possible, devant les dangers d'une lutte inégale, il n'était pas homme, du moins, à perdre les avantages de la force par défaut de résolution et de nerf.
Bien convaincu, du reste, que dans les intérêts de la classe moyenne, c'étaient les siens propres qu'il venait sauver, il apportait dans le combat sa personnalité tout entière. Le trône, il le voulait sauver aussi, et il accourait pour le défendre, mais sans illusions, sans dévoùment, sans amour, et tout simplement parce qu'il couvait dans la royauté une institution protectrice de la banque.
Président de la Chambre, il avait déjà montré, en maintes occasions, combien intraitable était son égoïsme et sauvage son orgueil. Un jour, par exemple, tandis que l'émeute grondait, il arrive au Palais-Bourbon qu'il trouve entouré de soldats. Aussitôt son regard s'enllamme, il va droit aux questeurs, et d'une voix tonnante : « Des soldats, mes- « sieurs? Et en vertu de quels ordres? — « C'est, répondent les questeurs, le minis-
« tre — Quel ministre ? Vous n'avez
« d'ordres à recevoir ici que de moi. » El M. de Bomlv lui faisant observer que la police de la Chambre entrait dans les attributions delà questure : « la police de la Chambre ! « monsieur, s'écria-t-il avec insulte, dites « la police des corridors. » Voilà ce qu'était
HISTOIKK Di: DIX ANS
cet homme. Il lit croire à tous qu'il était né pour le commandement, à force de fierté, de brusquerie et de dédain. Il est juste d'ajouter qu'il atteignit quelquefois à la grandeur, et que, s'il lui arriva de prendre pour instruments des êtres méprisables, ce ne fut jamais sans les accabler de son mépris. Premier ministre, il mit le pied surlalégislature, comme il l'avait mis, président de la Chambre, sur le ministère ; et il en vint au point de ne plus vivre que dans son despotisme et dans ses rancunes, dur à ses serviteurs autant qu'implacable pour ses adversaires, conspuant les hommes de Cour, parlant en maître à ses collègues, et n'accordant au roi lui-même qu'une coopération hautaine et un respect amer.
Le lendemain du jour où il avait saisi le pouvoir, s'étant rendu au Château, il fut frappé de n'y rencontrer que des visages où se peignaient le mécontentement et la déliance. Les courtisans chuchotaient, sur son passage, d'une manière injurieuse; on le suivait avec des regards de haine. Il arrive dans le salon où l'attendait la famille royale. Le roi est souriant, la reine polie et grave ; niais madame Adélaïde affecte un maintien glacé, et le duc d'Orléans laisse percer dans son attitude la répugnance que le nouveau ministre lui inspire. A celte vue, Casimir Périer frémit; et, le front pâle, les lèvres contractées par la fureur, il s'approche du monarque, et lui demande quelques moments d'entretien secret. Ils passent dans une pièce voisine ; alors Casimir Périer, d'une voix brusque : « Sire, je vous donne ma démission. » Le roi se récrie, interdit et troublé. Mais Casimir Périer continuant : « Des ennemis dans les clubs, des ennemis « à la Cour, c'est trop, sire, c'est trop. Faire « l'arc à tant de haines à la fois est impossiu ble. » Le roi l'écoutait avec anxiété. Il Sentait bien qu'un pareil minisire serait un instrument indocile, si même il n'aspirait à L'empire. Et d'un autre coté, quel moyen de repousser les brûlants services de cet homme; comment affronter l'éclat de son inimitié, et le scandale de sa démission qu'on appren-
drait avec la nouvelle de son avènement? Le roi, se répandant en paroles bienveillantes, essaya d'adoucir Casimir Périer. Le trouvant inflexible, il appelle sa sœur et son fils, leur dit l'irritation de son ministre, ce qu'il est convenable de Paire pour le calmer. Casimir Périer attendait, jouissant déjà d< son triomphe'. Il consentit à rester ministre; mais il ne quitta le palais que satisfait et vengé.
Les collègues de 11. Casimir Périer furent : au ministère de la guerre, le maréchal Soult; aux affaires étrangères, M. Sébastiani; aux finances, le baron Louis ; à la justice, M. Barthe; à l'instruction publique et auxcult'->. M. de Montalivet ; au commerce et aux travaux publics, M. d'Argout; à la marine, M. de Higny. De ces ministres, aucun n'était en état de luttercontre l'ascendant du président du Conseil. Seul le maréchal Soult avait assez d'importance pour l'oser impunément. Mais il paraissait disposé à renoncer à la suprématie dans le Cabinet, pourvu que. dans la sphère de son autorité, on le laissai librement exercer son adroit despotisme et accroître sa fortune. Car, à côté d'une science militaire incontestable et des plus hautes qualités de l'administrateur, il y avait dans ce soldat heureux tous les défauts des anciens chef de barbares qui envahirent les Gaules : la rudesse, l'avidité, la ruse.
Assuré de son empire, Casimir Périer ne songea plus qu'à en faire l'épreuve sur ta Chambre, où, depuis l'émeute de février. le parti de la résistance ne montrait qu'indécision et frayeur. Casimir Périer se présenta au Palais-Bourbon le 18 mars. Quand il parut à la Tribune, ému et impérieux, il y eut un moment d'attente solennelle. On sentait ; que le ministère d'un tel homme ne pouvant
être qu'un long duel, son programme allait fetre un défi. On ue se trompait pas. II commença par nier avec une franchise pleine de
fiel que le principe de la révolution île juillet fût un principe d'insurrection. 11 annonça hautement sa résolution de briser les partis, de faire (aire silence autour du pouvoir. Les peuples insurgés à noire exemple, il les
LOUIS BLANC
abandonnait à leur destinée. Ainsi, avec l'Europe monarchique, une paix obstinée; avec la France démocratique, une guerre à mort, voilà ce qu'il venait promettre.
« Le sang français n'appartient qu'à la France ! » s'était-il écrié au milieu de son discours. Parole impie! blasphème de l'ignorance et de l'incapacité! le génie de la France ayant toujours été dans son cosmopolitisme, et le dévoûment lui ayant été imposé par
Vice-amiral de Bigay. (1783-1835.)
Dieu comme un élément de sa puissance, comme une condition de sa vie.
Pourtant, la majorité de la Chambre applaudit avec transport. C'esten vain que le général Lafayette vient opposer à ce programme de l'égoïsme en délire, un touchant appel à tous les sentiments généreux; c'est en vain qu'il commande au gouvernement le respect de ses promesses, la fidélité, L'honneur; c'est en vain qu'il montre les Italiens soulevés sur la foi de nos déclarations, et les Polonais armés pour notre querelle. La majorité reste immobile, froide, silencieuse. La Pologne, continue le vieux
général, c'est l'avant-garde qui s'est retournée contre le corps de bataille. Et il lit des lettres trouvées dans le portefeuille de Constantin, douloureux témoignages des dangers qui menaçaient l'Occident, lorsque la Pologne, se jetant au devant du Czar, s'était offerte en holocauste. Des applaudissements partent des bancs de la gauche.
Alors, laissant tomber sur les ministres un regard accusateur: « Est-il vrai, demande « Lafayette, que le gouvernement a déclaré « qu'il ne consentirait jamais à l'entrée des « Autrichiens dans les pays actuellement « insurgés de l'Italie ?» A cette foudroyante apostrophe, tous les yeux se portent sur M. Sébasliani. « Entre ne pas consentir et « faire la guerre, répond le ministre em- « barrasse, il y a une grande différence. — « Et moi, reprend l'orateur avec force, je « dis qu'après une déclaration officielle, lais- « ser violer l'honneur de cette déclaration « en se contentant de dire : « Non, je n'y « consens pas, » est incompatible avec la « dignité, avec l'honneur du peuple fran- « çais. » Une extrême agitation suivit cette lutte parlementaire, et elle eut un retentissement qui se prolongea longtemps dans toute l'Europe.
Casimir Périer ne pouvait plus douter de son ascendant sur la Chambre : il s'élança, la tète haute, dans la voie qu'il s'était tracée; mais il avait peu à s'inquiéter de la partie sudiplomatique de son système. Une volonté périeure à la sienne avait déjà tout réglé, et rabandondcritalie, par exemple, était résolu.
Dans les derniers jours de février, un erand nombre de réfuaiés italiens s'étaient réunis à Lyon. Une expédition en Savoie fut concertée cuire eux et activement préparée. Les uns devaient marcher sur Grenoble, où les attendaient avec impatience des patriotes français. Les autres devaient se rassembler à Tenay et pénétrer dans la Maurienne. L'accueil qu'ils avaient reçu à Lyon avait singulièrement exalté leurs espérances. De toutes parts leur venaient des marques de sympathies et des excitations puissantes. Des compagnies de volontaires se formaient
pour les escorter. Le préfet de Lyon luimême, M. Paulze d'Yvoi, leur prêtait une noble assistance, croyant répondre en cela aux vues du gouvernement. Une dépêche ministérielle ne tarda pas à le détromper. On lui enjoignait de dissoudre les rassemblements d'Italiens, d'empêcher leur départ, de faire, en un mot, avorter leur projet. M. Paulze d'Yvoi fut saisi de surprise et de douleur. Opposer une résistance brutale à l'accomplissement des desseins qu'il avait approuvés sans détour, persécuter des proscrits qu'il avait encouragés, il ne put s'y résoudre, et il partit précipitammentpour une tournée administrative, laissant à un conseiller de préfecture le triste honneur d'une mission dont sa générosité ne voulait pas. Cependant, les sympathies de la population lyonnaise pour les exilés devenaient de plus en plus vives dans leurs manifestations. On les pressait de partir, de partir en masse; et un courageux citoyen, M. Baune, offrait de mettre à leur disposition deux bataillons de la garde nationale. Ils ne crurent pas devoir proliter de ces offres. Leurs chefs, qui correspondaient à Paris avec plusieurs personnes considérables, et notamment avec la princesse Beljioioso, parurent craindre de se hâter et de donner trop d'éclat à leur tentative. Peut-être avaient-ils peur, en acceptant une coopération trop bruyante, de mécontenter le gouvernement, dont, après tant de promesses indirectes, il leur était malaisé de suspecter la bonne foi. Les réfugiés hésitèrent donc, et ne sortirent enfin de Lyon que par petites bandes. Un lieu de réunion avait été fixé d'avance. Mais au moment où quelques-uns d'entre eux allaient toucher la frontière, entre Maximieux et le pont de Chazet, ils entendirent retentir derrière eux des pas de chevaux. Bientôt parurent des dragons et des gendarmes, envoyés à leur p mrsuite, et commandés par M. Carrelet, loyal officier nui n'épargna rien pour adoucir la rigueur de sa mission. Résister était impossible : les malheureux réfugiés rentrèrent à Lyon, le désespoir dans L'âme.
Quelques jours après, MM. Misleyet Linati
arrivèrent à Marseille, prêts à s'embarquer
pour l'Italie. Us avaient frété un navire, et possédaient douze cents fusils, deux pli de canon, des munitions. A eu s'étaient joints planeurs Italiens qu'appelait à secours la patrie menacée : le comte Grilenzoni (de Keggio), l'avocat tfantovani Pavie), le lieutenant Mori de Faënza), le docteur Franceschini. Le jour de l'einLirquement était arrivé, lorsqu'une dépêche
M. Baune.
télégraphique vint tout à coup porter au préfet des Bouches-du-Rhône , M. Thomas, l'ordre d'arrêter les proscrits. Aussitôt défense de mettre à la voile leur fut signifiée, et l'on mit sous le séquestre le bâtiment qu'ils avaient frété. De semblables violences furent exercées à l'égard de M. Visconti de Milan) et de l'illustre généra] Guillaume Pépé, qui, depuis son arrivée à Marseille, s'était vu sans cesse enveloppé d'espions, ainsi que les officiers attachés a sa fortune. Et pendant ce temps. h>s Autrichiens envahissaient insolemment L'Italie : une bande de jeunes patriotes, armés pour la plupart de fusils de chasse, courait à Novi se faire
LOUIS BLANC
accabler par le nombre ; Marie-Louise était rétablie dans son duché ; le duc de Modène, entouré de baïonnettes étrangères, entrait dans cette "ville où, en témoignage de sa perfidie, allait couler le sang de Menotti, devenu sa victime pour n'avoir pas voulu devenir son meurtrier ; enfin, les insurgés de Modène se dirigeaient sur Bologne, apportant à leurs frères des légations, le secours de leurs armes et d'un ressentiment immortel.
Ce fut. alors qu'apparut clairement le piégc tendu aux Italiens par le principe de non-intervention. Après l'occupation de Ferrare par les Autrichiens, le gouvernement de Bologne avait envoyé le comte Bianchetti à Florence, avec mission d'y sonder, sur les dispositions de l'Angleterre et de la France, les représentants de ces deux pays. La réponse avait été favorable; les cœurs étaient remplis d'espérance et de joie. Convaincu que la parole donnée au monde par un ministre du roi des Français était inviolable, mais que, pour avoir droit à la protection du principe de non-intervention, les Italiens devaient le respecter les premiers, le gouvernement de Bologne ferma les yeux sur l'intervention, de l'Autriche à Modène, et, quand les Modenais commandés par le noble général Zucchi se présentèrent, il les désarma. Il alla plus loin encore. Trompant la tendresse inquiète de leurs parents, Napoléon et Louis Bonaparte, fils du comte de Saint-Leu, s'étaient jetés vivement dans l'insurrection et avaient déployé aux avant-postes un brillant courage : ils furent rappelés en toute hâte par le général Armandi, tant on mettait de soin à conjurer le mauvais vouloir de la diplomatie et à délivrer le Palais- Royal de tout sujet d'alarmes !
On préparait, du reste, avec vigueur, les moyens de défense. Mais comment le gouvernement de Bologne, livré à lui-même, aurait il résisté à l'Autriche? Sept mille hommes, dont un tiers seulement se composait de soldats de ligne, de gendarmes et de douaniers, voilà tout ce qu'avaient à op-
poser aux forces de l'invasion les chefs de l'insurrection italienne. Les armes manquaient, d'ailleurs. Il n'existait, dans toute l'étendue des provinces insurgées, que six mille cinq cents fusils. Les piques que le général Grabinski avait fait fabriquer ne pouvaient servir efficacement contre l'ennemi. La Toscane avait refusé de laisser passer quatre cents fusils et quatre cents sabres, achetés à Livourne. Le sort de l'Italie flottait donc au gré de tous les hasards, ou, plutôt, il dépendait de la France. Le gouvernement de Bologne avait prié lord Normanby d'agir en faveur des patriotes italiens auprès du Cabinet de Londres ; on confia la même mission auprès du Cabinet de Paris à M. Hubert, officier de l'étatmajor général de la confédération suisse. C'était un touchant spectacle que celui de la faiblesse appelant ainsi laforce au secours du droit violé. Car enfin, en vertu de quel principe l'Autriche envoyait-elle ses armées au-delà des Alpes terminer une querelle qui n'était pas la sienne? Elle n'avait pas même ici, comme à Modène, un prétexte dont elle pût couvrir ses violences. Sa conduite, sauvage et inhumaine à l'égard de l'Italie, était en outre, à l'égard de la France, pleine d'orgueil et d'insulte, puisque le Cabinet de Vienne, en foulant aux pieds le principe de non-intervention, ne se donnait même plus la peine d'atténuer par le mensonge de ses prétentions l'insolence de ses dédains.
M. Hubert se rendit à Paris. Il y plaida la cause confiée à sa loyauté, avec beaucoup d'énergie et de noblesse. Le gouvernement français ne devait-il pas, au moins, s'offrir comme médiateur entre le Saint-Siège et les provinces insurgées? L'insurrection italienne avait eu des motifs incontestablement légitimes. Eteindre l'embrasement Je l'Italie, en y faisant triompher la justice et en la sauvant des ravages d'une invasion brutale, quel rôle plus digne d'un pays tel que la France? Une politique généreuse et lière était, -d'ailleurs, de toutes les politiques la plus sûre, la plus prudente. Faire bénir le nom français par le midi de l'Europe ne
pouvait être d'un médiocre avantage. Où sont les alliés naturels d'un peuple en révolution, si ce n'est dans les contrées où le souflle de l'esprit révolutionnaire a passé? Maison avait hâte, au Palais-Royal, de faire tomber les agitations produites par la grande secousse de 18.'10. L'intérêt dynastique dominait tous les calculs do la sagesse aussi bien que tous les conseils du devoir. M. Hubert fut reçu poliment par MM. Casimir Périer et Sébastiani, et ne put rien obtenir. Non content d'empêcher les Italiens qui se trouvaient sur notre sol d'aller au secours de leur patrie, le gouvernement français laissait les Autrichiens fondre sur Bologne. C'était aider nos ennemis à violer contre nos amis le principe proclamé par nous-mêmes. Le 21 mars, les Autrichiens entrèrent à Bologne. Le gouvernement provisoire courut se réfugier à Aucune, dernier asile ouvert à la liberté italienne. Mais la place n'était pas tenante. Démantelée en 1815 par les Autrichiens, qui avaient seulement conservé la vieille enceinte, après en avoir fait sauter les saillants, elle n'était protégée que par une citadelle étroite et à demi-ruinée. Le général Geppert, qui s'avançait pour la réduire, était le même qui en 1815 l'avait occupée. Elle était à la veille d'être attaquée par terre et par mer; et la nombreuse armée qui la menaçait traînait à sa suite, outre un matériel considérable, un équipage à la congreve. La garnison ne se composait que de huit cents hommes de tuoupes de ligne, d'une compagnie de canonniers et de quelques centaines de volontaires. Le général Armandi, ministre de la guerre, essaya néanmoins des préparatifs de défense. Le général Busi, qui commandait sous lui, donna ordre de monter à la pointe du môle une batterie qui donnait un double rang de feu sur rentrée du port. L'ennemi approchait : bientôt tout fut confusion dans la ville, [ci, c'étaient des commerçants furieux de leurs périls; là, c'étaient les patriotes enthousiastes qui demandaient à grands cris l'emploi des moyens décisifs. Les nus, avee cet emportement naturel aux partis dans le malheur, reprochaient
an gouvernement provisoire sa mollet
illusions, et de n'avoir pas su compromettre la révolution pour la sauver, de n'avoir pas ci u assez fermement au salut de l'Italie. Les autres parlaient «h- pousser les choses à l'extrême ei de transporter la résistance dans les montagnes de l'Apennin, inaccessibles àdestroup s régulières. Au milieu de ce mouvement, MM. Vicini, Armandi, Orioli, Silvani, Bian* chetti, Sarti, Zonolini, Sturani, Mami qui composaientle gouvernement provisoire, se décidèrent à résigner leur pouvoir et nommèrent un triumvirat. Mais ce triumvirat n'eut pas le temps d'entrer en fonctions. La nouvelle du traité conclu le 3 mars entre la cour de Rome et celle de Vienne étant venue dissiper l'espoir que les plus confiants avaient placé dans la loyauté du gouvernement de France, le général Ârmandi va trouver ses collègues, leur expose tout ce que la situation a d'inévitable, tout ce qu'Une lutte inégale entraînerait de désastre?, et leur propose de traiter avec le Saint- Siège. Cette opinon prévaut. Une députation composée de MM. Armandi, Bianchetti, Sturani et Silvani, se rend auprès du cardinal Benvenuti, prisonnier du gouvernement provisoire depuis les premiers jours de la révolution ; et c'est avec leur captif, devenu tout à coup le représentant diplomatique du Pape, que les chefs de l'insurrection arrêtent les bases du traité par qui l'insurrection était clause. Dans la convention d'Ancône, le cardinal Benvenuti accordait aux insurgés amnistie pleine et entière, il engageait à L'exécution fidèle de la convention sa parole sacrée, et il prenait le titre de légat à latere. Ce* garanties parurent suffisantes à tous Les membres du gouvernement provisoire, un seul excepte, le comte Maniiani : il refusa sa signature. Le lendemain 27 mars. Ancône appartenait à l'autorité du Pape.
La capitulation ne fut pas plutôt connue à Rome, qu'on y prit ta résolution de ta déclarer nulle. Mais on dissimula, [tour mieux frapper les victimes désignées aux vengeances pontificales. Les patriotes, trompes.
se livrèrent de toutes parts. La colonne commandée par le général Sercognani déposa les armes dans les forts de Spoleto et de Pérouse. Alors seulement éclata la perfidie des rancunes du Vatican. Le cardinal Benvenuti avait mis un honorable scrupule à tenir sa parole : les engagements pris par lui furent considérés comme non avenus.
De sanglants édits jetèrent la consternation dans les États du Pape. Les personnes, les biens, tout fut frappé avec une rage aveugle, avec un inconcevable mépris de la foi des traités. Et, comme si ce n'était pas assez de la part indirecte de responsabilité que ces horreurs faisaient peser sur le gouvernement français, le nom de son ambassadeur à Rome fut mêlé aux phrases cruelles des proclamations du cardinal Bernetti, sans qu'un démenti de cet ambassadeur vînt couvrir l'honneur de la France. Quant à l'Autriche, elle sut rendre son triomphe plus sauvage encore que son agression n'avait été inique. Quatrevingt-dix-huit Italiens s'étaient embarqués sur un navire pontifical, avec le consentement formel du légat, et munis de papiers en règle visés par le consul de France. Ces infortunés furent capturés dans la mer Adriatique par les Autrichiens, et plongés comme des malfaiteurs dans les cachots de Venise. De quel crime s'étaient-ils rendus coupables envers l'Autriche ? faisaient-ils la
ouerre à cette Puissance? l'avaient-ils olfen-
sée? Voilà ce qu'on se demanda bientôt avec indignation, mais à voix basse, dans toute Tétendue de l'Italie, redevenuc silencieuse et morne. On pensait aussi au jeune Napoléon Bonaparte, subitement enlevé par une maladie mystérieuse au moment où son apparition sur la scène politique était venue donner des ombrages à l'implacable diplomatie des Cabinets. De son côté, le duc de Modène livrait Menotti au bourreau, et son ambition déçue se consolait par le sang versé. Le monde assistait avec étonnement à ce spectacle lugubre, et Ton regardait du côté de la France.
Mais Le rôle providentiel de ce grand peuple semblait épuisé. Sa diplomatie, sembla-
ble à celle des plus faibles nations, s'usait en condescendances et n'osait pas même s'élever aux artifices. Nous avons laissé le général Guilleminot préparant tout à Constantinople pour une guerre prévue. Soldat, cet homme nourrissait un sentiment très vif de la dignité de son pays. L'embrasement de l'Europe si on le rendait nécessaire, ne lui paraissait pas une calamité beaucoup plus terrible que le déshonneur immortel d'un peuple dont l'inviolabilité importait à la liberté du monde. Le 19 mars, l'ambassadeur français avait remis au Divan une note dans laquelle il engageait la Turquie, non pas à se déclarer précipitamment en hostilité avec les Russes, mais à se tenir prête pour les combats. Le langage de la note était à la fois habile et noble. On faisait observer à la Turquie que, pour secouer un vasselage qui lui pesait, l'occasion était favorable; que dans une conflagration générale sa neutralité serait saperte, et que prendre résolument un parti la sauverait du danger de fournir, au moyen de son territoire partagé, les indemnités de la guerre finie. Dans la situation où elle se trouvait, il fallait donc que la Turquie armât son escadre, fit trêve à son ressentiment contre le pacha de Bagdad, ordonnât au grand-visir d'en finir avec les Albanais et d'augmenter ses troupes.
Cette communication fut accueillie par le Divan avec faveur, mais non sans trouble. On lui proposait des résolutions hardies. Accoutumé à chercher auprès de L'internonce autrichien un appui ou dos conseils, il se voyait poussé hors de toutes ses habitudes diplomatiques. Dans ses perplexités, il crut devoir s'adresser à lord Gordon, ambassadeur anglais, et il lui lit part des ouvertures du général Guilleminot. La démarche du Divan était justifiée par les marques de sympathie que se donnaient réciproquement a Constantinople, depuis la révolution de 1830, les Français et les Anglais. Naguère encore, une vaste tente avait été dressée, et. dans un repas somptueux, les deuxpeuples avaient fraternise. Malheureusement, lord Gordon était tory et anglais dans lame. Son inten-
lion fut-elle de trahir la France ? <>u bien, avail cru Le gouvernement français capable
ne fit-il qu'obéir aux habitudes de la diplo-
Giro Menotti.
matie anglaise? Quoi qu'il en soit, une dépêche adressée par lui à l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne fut mise sous les yeux de M. de Metternich, qui écrivit à Paris pour se plaindre et menacer.
Les ambassadeurs étrangers se rassemblent aussitôt chez M. Sébastiani. Le ministre, vivement interpellé par eux sur la conduite de notre ambassadeur, conduite si peu conforme aux assurances pacifiques qu'on leur donnait, le ministre déclare que le général Guilleminot a désobéi aux instructions qu'on lui avait envoyées; il se joint aux ambassadeurs étrangers pour blâmer l'ardeur jalouse avec laquelle un représentant de la France a servi les intérêts de son honneur; et, pour mieux prouver la sincérité do son indignation, il prend le parti de frapper le général Guilleminot d'une destitution éclatante et brutale.
La stupeur du général, quand il reçut son ordre de rappel, fut à peine égalée par sa colère. Une destitution ! et pourquoi ? S'il
de Eaire respecter ses plus solennelles déclarations; s'il l'avait jugé assez soigneux de sa dignité pour ne pas revenir sur un ultimatum; s'il avait ressenti, comme le maréchal Maison, l'injure dans laquelle le maréchal liaison avait vu L'imminence de la
guerre ; étaient-ce donc là des crimes
irrémissibles.' C DSl aux gouvernements nouveaux, surtout, qu'est imposé le devoir de ne point faiblir: un ambassadeur français était-il donc si coupable d'avoir compris que, souvent, la fermeté n'es que le côté noble de la prudence ? Le général Guilleminot revint à Paris, le cœur ulcéré. Mais il ne sut ni obtenir justice ni tirer vengeance d'un gouvernement qui n'était fort que contre la France et contre lui-même.
Ces choses furent donc tenues dans l'ombre. Aussi bien, l'importance des négociations diplomatiques disparaissait au milieu des préoccupations que (apolitique intérieure du nouveau cabinet avait enfantées. Ca-
QénénJ G. Pépé. 1*783-18
simir Périer tenait la France en haleine et la remplissait du bruit de ses violences. 11
LOUIS BLANC
s'était absorbé, d'abord, dans le soin de raffermir le pouvoir. Jusqu'à lui, les fonctionnaires avaient ménagé l'opinion : il leur enseigna le mépris de la popularité et les rangea sous une discipline sévère. Des attroupements menaçaient la tranquillité de la capitale : il arracha aux frayeurs de la Chambre une loi qui, après trois sommations, prescrivait le feu (1). Une association nationale, dont les patriotes de Metz avaient fourni le plan et donné l'exemple, s'était formée à Paris, dans le but avoué de rendre à jamais impossible le retour des Bourbons, mais en réalité pour tenir la contre-révolution en échec; et cette association publiait des listes qui se couvraient de signatures, elle avait une caisse qu'alimentaient une foule de cotisations mensuelles, elle dominait dans la presse, elle élevait à côté du gouvernement un gouvernement rival : Casimir Périer courut au parlement la dénoncer comme factieuse, il la combattit par une circulaire véhémente, destitua les fonctionnaires dont elle avait obtenu l'adhésion, et lui opposa, d'après un projet financier exposé par M. Henri Rodrigues, une association de tous les citoyens amis du pouvoir, ligue de préteurs dont il se déclarait en quelque sorte le chef. Appeler trente mille individus à réaliser un emprunt de cent vingt millions, en prenant chacun, et au pair, une inscription de deux cents francs de rente, tel était le système proposé par M. Henri Hodrigues. Il tendait manifestement à éloigner des emprunts l'intervention ruineuse des banquiers, à ébranler leur souveraineté avide, et, sous ce rapport, il devait déplaire à Casimir Périer. Mais c'était, dans la situation critique où l'on se trouvait, un puissant moyen de lutte : à ce point de vue Casimir Périer l'adopta, se réservant d'y renoncer, quand serait produit l'effet moral qu'il en attendait. L'emprunt de cent vingt millions ne tarda pas, en effet, à être adjuge à une compagnie de banquiers. Les souscriptions
1. Loi sur 1rs attroupements adoptée par la Chambre des députés le2 avril 1831, et par la Chambre des pairs le 9 avni de la même année.
n'avaient pas atteint le chiffre de vingt-un mille francs.
Circonstance heureuse pour cette oligarchie financière dont le président du Conseil était l'âme !
Au reste, Casimir Périer, à cette époque, vivait tout entier dans le désir d'abattre le parti républicain. Au fond, la puissance de ce parti était devenue formidable, et tout avait contribué à la servir. Dès le lendemain de la révolution de juillet, un grand nombre de sociétés politiques s'étaient formées. ^association des Ecoles, dirigée par deux hommes d'un patriotisme énergique, MM.
Eugène Lhéritieret Marc Dufraisse, demandait avec fougue la destruction de l'Université. Un étudiant, nommé Sambuc, avait fondé dans le quartier latin la Société de f ordre et des progrès, véritable complot ayant pour but de rendre au peuple l'exercice de sa souveraineté : chaque membre de cette association devait avoir chez lui un fusil en état et cinquante cartouches. Avec un caractère moins agressif, et à l'abri des formes légales, Y Union poursuivait à peu près le même but ; tandis qu'à côté d'elle, et sous la présidence de M. Cauchois-Lemaire , qui avait posé avec tant d'éclat devant la royauté mourante de Charles X la candidature du duc d'Orléans, la Société constitutionnelle poussait à l'abolition de la pairie héréditaire, à la suppression des monopoles, à une meilleure répartition de l'impôt et à une réforme électorale prudemment limitée. La Société Aide-toi, si célèbre sous la Restauration, subsistait encore et n'avait rien perdu de son empire sur l'opinion, grâce à l'activité merveilleuse de MM. André Marchais et Garnier-Pagès. Toutefois, l'esprit qui l'animait n'était plus tout à fait le même, et le parti républicain y dominait depuis qu'elle ne renfermait plus dans son sein, ni M. de Broglie, ni M. Guizot, ni aucun de ceux qui ne l'avaient traversée que pour arriver au succès.
Mais de toutes les sociétés populaires la plus active sans contredit et la plus importante était celle des Anus da peuple. Peu de
temps après la révolution de juillet, ou avait vu dos membres de La Loge des Amis de la Vérité, dont M. Cahaigne était alors vénérable, descendre sur La place publique, déployer leurs symboliques bannières, et entraîner uni1 multitude émue , sur cette place do Grève où coula Le sang préoieiu des quatre sergents de La Rochelle. Cette cérémonie fut solennelle ot touchante. M. Bûchez y prononça un discours dont chaque mot était un ressouvenir. Mais la Loge des Amis de la Vérité venait de rendre pour la dernière fois témoignage d'elle-même. Embarrassée de <es formes mystiques, qui répondaient peu aux sentiments de la plupart de ses membres, elle alla bientôt se fondre dans la Société des Amis du Peuple, société hardie, bruyante, que composaient tous ces héroïques jeunes gens qui avaient guidé, en juillet, les coups du peuple, et à laquelle il fut donné de faire revivre un instant les traditions du club des Jacobins. Dans Les premiers mois de la révolution de juillet, Lés séances de la Société des Amis du Peuple avaient été publiques. Elles se tenaient au manège Pellier, dans une vaste salle où la foule toujours très-nombreuse des auditeurs, n'était séparée des membres de la société que par une mince balustrade. Là étaient accourus tout d'abord, pour s'essayer à la vie publique, et ceux qu'emportait L'élan d'une conviction sincère, et ceux qui, impatients de tout rôle obscur, brûlaient d'agrandir leurs destinée. Là, au milieu de beaucoup d'accusations déclamatoires et de propos Ici voles, s'étaient produits des discours sérieux, des plaintes éloquentes, et quelquefois des projets d'une savante audace. MM. Guizot, de Broglie, en ce temps-là, siégeaient encore, dans le ministère, à côté de MM. Laffitte et Dupont (do l'Eure). Les doctrinaires prennent soudain L'alarme. M. Guizot propose contre les sociétés populaires îles mesures de rigueur. M. Dupont (de L'Eure combat les inspirations do celte politique violente. Mais pendant ce temps des agents subalternes du pouvoir sont parvenus à ameuter contre la Société des Amis <h<
Peuple Les marchands craintifs de la rue Montmartre. Le 25 septembre 1830, la société se trouvanl réunie an manège Pellier, un grand bruit éclate an dehors. Un capitaine* de la garde aationaleest introduit, et, d'un ton respectueux : * Messieurs, dit- « il, je n'ai aucun ordre a vous donner. Mais « votre séance est L'occasion d'un rassem- « blement de deux mille personnes dans la « rue Montmartre; peut-être feriez-' « bien de l'ajourner. — J appuie cette pro- « position , crie une voix. » Un officier d'état-major entrant alors dans l'assemblée, la conjure de se séparer. Il se présente, ditil, au nom du général Lafayette. La Soi tété délibère. Il faut résister, disent les uns. Montrons-nous amis de l'ordre sans pourtant laisser prescrire nos droits, répondent les autres. Enfin, le second do ces deux avis l'emportant, la société décide que sa prochaine séance aura lieu sur convocation à domicile, et les membres se séparent en silence, au milieu d'une grande foule diversement agitée.
Il y avait donc longtemps que la 5 des Amis du Peuple n'existait plus comme assemblée publique, lorsque Casimir Périer monta au pouvoir; mais elle était Loin d'avoir perdu son influence. Nous avons dit dans un précédent chapitre qu'elle avait armé à ses frais un bataillon, et l'avait envoyé au secours de la Belgique. Un de ceux qui partirent alors comme chefs SOUS populaire drapeau ne devait plus revoir pays ! Il se nommait Cannes, et avait réi à Paris un journal intitulé Le Moniteur faubourgs. L'indépendance de la Belgique le compta bientôt au nombre de -es martyrs. Fidèlement secondée par L'intelligence de M. Félix Avril, son secrétaire, el membre du comité, la Société des Amis du !'<■/</>/>■ entretenait avec Les départements «les relations
assidues, ralliait les combattants épaTS, soutenait les convictions chancelantes, el tenait sans cesse le gouvernement en échec par une série de vives publications; attaques
d'autant plus redoutables qu'on ne savait y
répondre que par les pamphlets impurs de
la police , ou par des calomnies. Car le ministère public osait à peine provoquer à une lutte judiciaire, devant la magistrature de Charles X, conservée, des hommes que la révolution de juillet avait entourés d'une sorte d'auréole et qui touchaient la multitude par leur courage. « Messieurs, avait dit « un jour1, en plein tribunal, le président « de la Société des Amis du Peuple, M. « Hubert, traduit pour un placard où la
Hubert.
« Chambre était offensée, c'est un étrange « spectacle que de voir citer devant vous, :< deux mois après la révolution de juillet, « des hommes qui n'ont pas été étrangers « aux succès de nos grandes journées. Que « ceux qui n'ont pas reculé devant cette <( funeste anomalie en portent la peine! « Quant à moi, je n'aurai pas l'inexcusable « faiblesse de vous accepter pour juges et
« de me défendre devant vous Juges de
« Charles X, récusez-vous: le peuple vous « a dépouillés de la loge en rendant la li- • berté à vos victimes, cl vous-mêmes avez