‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 56 sur 140 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

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à combler le fossé. » D'aussi étranges idées ne pouvaient être et ne furent accueillies que par Tétonnetnent. Chacun se demanda si elles étaient sérieuses *, et, depuis, plusieurs ont pensé que celui qui les avait émises n'avait eu pour but que d'essayer le dévoûment de quelques hommes suspects à sa nature soupçonneuse.

Cependant , le comité de la Société des Droits de l'Homme redoublait d'activité. Par d'infatigables correspondances, il hâtait dans les provinces le travail d'organisation commencé. Par de hardis manifestes, il tenait en haleine dans la capitale les cent soixante-trois sections dont il gouvernait l'ardeur. On fit des cartouches 5 on commanda des achats de fusils ^ on se mit en rapport avec les soldats en garnison à Versailles et à Vincenncs 5 les commissaires d'arrondissement furent chargés de faire connaître au comité les ressources des divers quartiers de Paris, et sur quels hommes il était permis de compter. Mais l'argent manquait -, le dévoûment ne se trouva pas, en général, au niveau de l'agitation, et la revue des forces disponibles de l'insurrection fut loin de répondre aux espérances conçues.

Parallèlement à la Société des Droits de l'Homme, marchait V Association pour la défense de la Liberté de la Presse. Le général Lafayette en était le patron -, MM. Marchais et Étienne Arago en étaient les secrétaires. Elle avait pour but avoué de protéger la liberté d'écrire, soit en resserrant le lien des divers journaux républicains, soit en assurant aux œuvres des citoyens pauvres le bénéfice de la publicité , soit en organisant par toute la France des souscriptions destinées à couvrir les amendes. Mais, quelque pacifique que fût la nature de son institution, elle fa-

vorisait le mouvement par la fougue personnelle de ses membres, par ses affiliations dans les provinces, par son empressement à faire circuler les nouvelles propres à ébranler les esprits. Malheureusement, entre elle et la Société des Droits de l'Hammey il existait une sorte de rivalité sourde, dont il était à craindre que, dans une occasion décisive, l'ennemi commun ne profitât.

Dans les départements , la situation n'était ni moins menaçante ni moins compliquée. Nous dirons dans le chapitre suivant quel était l'état de la ville de Lyon. Le département des Pyrénées-Orientales, patrie de l'illustre François Arago, obéissait à l'action d'un comité central établi à Perpignan et correspondant avec le comité de Défense de la Liberté de la Presse, établi à Paris. Le parti républicain dominait dans le Jura, et^ dirigé par un neveu du général Bachelu, il se montrait tout-puissant dans la ville d'Arbois. A Dijon, à Clermont-Ferrand, à Cbàlons-sur-Saône, à Saint-liltienne, à Besançon, à Grenoble, les éléments de résistance étaient nombreux. 4 Épinal, où M. Matthieu, avocat, exerçait une grande influence, la Charbonnerie et la Société des Droits de V Homme faisaient chaque jour de nouvelles et importantes conquêtes. A Lunéville , un maréchal-des-logis-chef au 9* régiment de cuirassiers, M. Thomas, avait formé l'an* dacieux projet d'enlever les quatre régiments de cuirassiers qui se trouvaient à Lunéville depuis la dissolution du camp de manœuvres formé en 1833. Entreprenant, dévoué, plein d'intelligence et de courage, M. Thomas s'était assuré le concours de plusieurs de ses camarades^ s'était mis en rapport avec les républicains de Nancy, avait donné avis de ses desseins au comité parisien de li^

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Société des Droits de l'Hommej et n'atteodait que le moment d^agir.

Si tous ces mouvements eussent été coordonnés et soumÎH à une vigoureuse impulsion, à une impulsion corn* mune, nul doute que le gouvernement n'eût été renversé. Mais les chds n'avaient pu donner à l'organisation ni le ^temps ni le soin nécessaires, entraînés qu'ils étaient dans tun tourbillon de feu.

C'était de la Société des Droits de l^Homme de Paris qu'aurait dû nécessairement partir le signal. Or, elle était elle-même, depuis quelque temps, minée par de fâcheuses divisions. Au milieu d'elle s'étaient glissés des jeunes gens remplis de passions brûlantes , et qui frémissaient sous le joug du comité, qu'ils accusaient de tiédeur parce que son énergie n'excluait pas les conseils de la prudence. Se tenir prêt pour la bataille si le Pouvoir la rendait inévitable, telle était la politique du comité : eux, ils jugeaient que c'était trop peu de s'armer pour la défensive, et qu'il fallait attaquer. Le comité pensait que, pour avoir raison des iniquités contre lesquelles on protestait, heurter de front et brutalement la bourgeoisie n'était pas indispenrsable : eux, ils repoussaient coimne douteuse toute politique de ménagements. Par suite de ces dissidences, un ^second comité avait été formé sous le nom de Comité 4' Action^ et il en était résulté, parmi les sectionnaires, une lutte qu'entretenait avec soin la police, partout présente par ses agents. Après des tiraillements funestes, r^cien comité l'emporta ; mais la fusion ne s'opéra point sans avoir amené , comme il arrive presque toujours, des eoncessions dont profita la fraction des audacieux.

La Société des Droits de l'Homme^ au surplus, était loin

d'embrasser le parti républicain tout entier. Le journal la Tribune, quoique rédigé avec une véhémence extraordinaire, était indépendant de la Société^ dont M. Armand Marrast ne faisait point partie. Il en était de même de MM. Armand Carrel à Paris, Anselme Pététin à Lyon, Martin Maillefer à Marseille, et ces trois derniers éprouvaient pour toute tentative hasardée une répugnance dont ils ne se cachaient pas. Naturellement ennemi des allures démagogiques et accoutumé à ce qu'il y a de régulier dans la discipline militaire, Armand Carrel assistait avec un trouble secret au spectacle de ces passions déréglées dans leur force et toujours à la veille de dépasser leur propre but. Et cependant, il avait la vue trop perçante pour ne pas apercevoir tous les éléments de puissance cachés à demi dans un tel désordre. Si les exagérations de certains hommes l'alarmaient, il y avait, en revanche, dans la vigueur de leur essor , quelque chose qui plaisait à son courage et remplissait d'émotion son âme passionnée. Souvent il fut sur le point de rompre en public avec eux -, mais au moment de les attaquer dans le National^ son organe, il s'arrêtait tout-à-coup, hésitait, puis renonçait à son dessein, ne voulant pas donner à l'ennemi commun la joie de triompher de la désunion des républicains, et préférant, après tout, le tumulte à l'égoïsme, une colère irréfléchie à une basse insolence, les fautes des rebellés enfin à la sagesse menteuse des oppresseurs.

A cette diversité dans la manière d'apprécier l'énergie du mouvement à imprimer au parti républicain, se joignaient des dissidences d'opinion fort sérieuses. M. Godefroi Cavaignac dans le Comité de la Société des Droits de l'Homme, M. Armand Marrast dans le journal la Tribune,

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