‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 7 sur 140 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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par des gens de police le moment ou elle deviendrait mère, qui pouvait répondre qu'elle ne parvînt pas à déjouer, quand l'heure fatale serait venue, la surveillance de ses gardiens? Qu'arriverait-il, d'ailleurs, si elle mourait en couches, ou si elle succombait aux tortures morales résultant pour elle d'une investigation pleine d'insulte ? Le Pouvoir permettrait-il qu'on préparât contrelui une accusation d'assassinat ? Ces craintes, de la part des ministres, étaient d'autant plus naturelles, que depuis quelque temps la santé de la prisonnière s'altérait d'une manière visible. Dès le mars, un rapport avait été rédigé à Blaye par cinq médecins, et l'on y disait * •

« Il importera de procurer à M"* la duchesse de Berri « la faculté de se rapprocher le plus tôt possible de son « pays natal, dont la température parait devoir être plus « favorable à sa santé; et si cette décision salutaire était « prise, il serait à désirèr qu'elle fût exécutée avant le « terme de la grossesse présumée, dans la crainte qu'ait près l'accouchement, les symptômes de l'affection pul- « monaire ne fissent des progrès trop rapides pour pier- « mettre un voyage quelconque. Ce conseil doit avoir « d'autant plus de poids, que Tétat moral de la duchesse « de Berri ne peut aujourd'hui que recevoir des impres- « sions de plus en plus fâcheuses par l'effet d'une déten- « tion prolongée. »

La conclusion était claire, et il est à remarquer que, parmi les signataires de ce rapport, MM. Canihac,Grateloup, Bourges, Gintrac, se trouvait M. Ménière, que le gouvernement lui-même avait donné pour médecin à la princesse, sur la présentation de M. Orfila. * Voir aux documents historiques, 3.

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Les ministres avaient donc de puissants motifs pour ne pas prolonger la captivité de la duchesse de Berri jusqu^au moment qui suivrait ses couches ; et, d'un autre côté, ils ne voulaient point la mettre en liberté avant d'avoir obtenu, de sa grossesse, une preuve éclatante, authentique, qu'ils pussent victorieusement opposer aux dénégations du parti légitimiste.

Les choses en étaient là lorsque l'accoucheur de la duchesse de Berri, M. Deneux, demanda l'autorisation de se rendre à Blaye. il y fut décidé par des considérations que son parti n'approuva point et qui étaient cependant h(Miorables. Il pensa que, si sa demande était rejetée, le fait de la grossesse serait démenti par ce refus ^ que si, au contraire] elle était admise , sa mission équivaudrait à un désaveu formel de la protestation attribuée jadis à Louis- Philippe contre la légitimité du duc de Bordeaux. On se rappelle à quels doutes avait donné lieu la naissance du duc de Bordeaux ; ces doutes, après la révolution de juillet, avaient été habilement accrus et envenimés par les partisans de Louis-Philippe ; on avait même parlé d'une enquête": M. Deneux crut, nousans raison, qu'en allant faire à Blaye, par ordredu gouvernement nouveau, ce qu'il avait fait aux Tuileries le 29 septembre 1820, il mettrait les courtisans dans l'impossibilité de combattre l'autorité de son premier témoignage.

Voulant détruire à tout prix l'accusation de mensonge qui pesait sur eux, les ministres avaient intérêt à faire cerliGer la grossesse de la prisonnière par des hommes de son propre parti. Or, le dévoûmeot de M. Dei^ux à la mère dé Henri V était connu, et sa qualité d'accx>ucheur donnait à sa présence à Blaye une signification sur la-

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queUe il était impossible qu^on se méprit. Sa démarche fut donc favorablement accueillie par le Conseil, et ce fut pour les l^itimistes un nouveau sujet d'affliction et ét colère. Il partit, arriva le 24 mars à Blaye, et, admis le lendemain dans la citadelle, il fut introduit dans Tappartement de la princesse. Elle était couchée, avait le visage amaigri, le teint jaunâtre^ les joues caves. Apercevant If, Deneux, elle lui tendit la main, et dit avec une grâce mêlée de tristesse : w Ce bon M. Deneux! J'étais bien sûre qu'il viendrait près de moi. n Vivement ému, le vieillard se précipita au pied du lit avec des sanglots et fut sur le point de s'évanouir. Quand il fut revenu de son trouble, la princesse lui dit : u Mon bon M. Deneux, pour moi vous « avez quitté votre femme, abandonné vos affaires, com- « promis votre clien telle : je ne saurais accepter un tel « sacrifice. » Et comme il ne répondait que par l'expression d'un dévoûment sans bornes : a Mais poursuivit-elle <i en découvrant le fond de sa pensée, vous .ne savez donc <( pas qu'm restant auprès de moi vous ferez involon- « tairement obstacle à ma mise en liberté? » Elle voyait, en effet, dans l'arrivée de M. Deneux, la preuve que les ministres avaient l'intention de lui laisser atteindre en prison le terme de sa grossesse. Mais M. Deneux lui représenta que, s'il revenait à Paris, les journaux légitimistes nieraient plusobstinément que jamais la déclaration dû 22 février, ce qui mettrait le gouvernement dans la nécessité de plus en plus impérieuse de les confondre par uneprrave positive, au risque de lui imposa., à die, une plus I6ngiie captivité. EUe parut frappée de cette observation, et, dans «m seoDiid entreti^ qui eut lieu le 28 mars, elle déclara à M. Deneux qu'elle acceptait sa présence et ses soios.

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Ce jour-là commença pour M. Deneux une vie de sollicitude, d^abnégation. Tout entier au désir de rappeler sa malade au repos et à la liberté, il ne craignit pas d^attirer sur sa tête la réprobation de son parti, dont il fallait, pour servir la mère de. Henri V, déjouer les calculs et braver les passions. Car ici Tintérét de la princesse et celui du parti légitimiste étaient manifestement opposés. Pour faire tomber devant elle les portes de sa prison , Marie-Caroline n'avaitqu'un moyen, qui était de mettre en lumière la vérité, vérité redoutable que le parti légitimiste aurait voulu couvrir d'un voile éternel, dût la mère de Henri V rester plus long-temps victime de l'importance du secret !

Mais ce n'était pas d'un simple aveu que les ministres avaient besoin^ cet aveu, il avait été fait le 22 février et publié le 26 : ce que le gouvernement exigeait, c'était une constatation publiqueappuyée sur des témoignages officiels, telle enfin que toute controverse devînt impossible.

Or, cetteconstatation, la duchesse deBerri éprouvait à la permettre une répugnance invincible, d'abord par pudeur, ensuite parce que, déjà trompée, elle ne croyait pas qu'on lui accordât la liberté pour prix du sacrifice qu'on osait lui demander.

Voici quel fut, à ce sujet, le plan soumis au général Bugeaud par M. Deneux : un certain nombre de personnes notables de Blaye et de Bordeaux auraient été désignées par le gouvernement pour recevoir, de la part de médecins accoucheurs choisis en nombre égal parle gouvernement et par la princesse, une déclaration constatant la grossesse. L'acte dressé, la princesse se serait embarquéeen présence dès mêmes personnes, et l'acte n'aurait été envoyé à Paris que lorsque le bâtiment se serait trouvé

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