‹ Histoire de dix ans: 1830-40, Volume 4Chapitre 75 sur 140 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rentes Cours. Nicolas penchait du côté des premiers -, les seconds trouvaient un auxiliaire dansTambassadeur français^ et, comme son importance secondait leurs vues, loin de s'étudier à l'amoindrir, ils s'efforçaient de la rendre plus grande encore par une déférence calculée aux opinions du maréchal.

La situation de l'ambassade française à Madrid était beaucoup moins difficile à maintenir.

M. Zéa-Bermudez ne dirigeait plus les affaires d'Espagne : il était tombé devant la réprobation dont avaient pui)liquement frappé son système deux capitaines généraux, Llander et Quesada.

Lorsque cet événement eut lieu, M. Martinez de la Rosa vivait à peu de distance de Madrid, caché dans l'ombre d'une retraite studieuse, et, du sein de ses loisirs littéraires, suivant d'un œil inquiet les destinées de son pays. Poète, il n'était pas sans avoir marqué dans la politique, où il apporta cette élégance d'esprit, cette haine des brutalités de la force que donne le culte honnête des muses. Admirable de probité, mais timide ; amant de la liberté pourvu qu'on lui permît de la traiter avec défiance; convaincu jusqu'au courage, mais non jusqu'à l'audace 5 dépourvu enfin de ce degré de hardiesse qui, dans les temps d'orage, est de la clairvoyance aussi ; le feu d'une imagination méridionale ne suppléait pas suffisamment chez lui à rénergie absente des passions populaires, et la vivacité de ses sentiments ne servait qu'à colorer la trop grande modération de ses idées. C'était un de ces hommes qui ont tout juste la force nécessaire pour commencer les révolutions, qu'il est donné à d'autres, qui souvent valent moins qu'eux, de gouverner, de précipiter ou de clore.

M. Martinez de la Rosa fut désigné à Christine commele successeur naturel de M. Zéa. Mais on ignorait sa demeure : il fallut le chercher dans tout Madrid ; et ce fut seulement au bout de deux jours qu'on put le tirer de son obscurité volontaire pour le faire monter sur une des scènes les plus agitées de l'Europe. Les Espagnols s'attendaient à l'inauguration du régime constitutionnel : le nouveau ministre ne trompa point leur attente. Sous le titre de statut royal^ il publia une espèce de contrefaçon laborieuse et forcée de cette charte française qui n'était ellemême qu'une copie maladroite de la constitution britannique. Chose bizarre! La Frawce, dont le sol est couvert des ruines de l'aristocratie, avait emprunté les bases fondamentales de sa constitution politique à l'Angleterre, que l'aristocratie possède et pénètre ; et voilà que le même emprunt était fait à la France, où la bourgeoisie industrielle est tout, par l'Espagne, où la bourgeoisie industrielle n'est rien ! Pour condamner l'œuvre de M. Maitinez de la Rosa^ ce double rapprochement suffit. Aussi \e statut royal ne fut-il adopté qu'après avoir subi les plus rudes attaques. Une opposition non moins vive se déclara contre le décret qui organisait les milices. On reprocha au ministère espagnol d'avoir restreint aux communes de 700 feux le droit de posséder une milice 5 on lui reprocha d'avoir fermé aux citoyens les plus pauvres les rangs de cette armée nationale, exclusion offensante pour le peuple, et qui semblait livrer la révolution sans défense au carlisme redoublant de vigueur et multipliant ses coups. Le reproche était juste, quoiqu'empreint d'exagération. Le .gouvernement des tempêtes n'appartient pas à ceux qu'elles font pâlir. Les révolutions ne se sauvent que par

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