‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 2)Chapitre 88 sur 191 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Suite du discours' ftur les ieftres et les ftrmes>.

TÎOTJS avons fait voir, poursuivit don Quichotte, récolîer dans sa pauvreté ï examinons si le soMat est plus riche. En vérité , il n'y a rien de plus pauvre , et c*est !a pauvreté ihéme. Il faut que ce misérable se contente toujours de sa paye, qui vient toujours bien tard, et qu'on lui rogne souvent; et s'il hasarde de prendre quelque chose, il le fait contre sa conscience et au péril de sa vie. Vous le verrez tout un hiver avec un méchant justaucorps , et peut-être sans chemises et sans chausses. Combien de fois passe-t-il des journées entières dehors , exposé tantôt aux ardeurs du soleil , et tantôt à un froid rigoureux , à la grêle et à la pluie , sans qu'il lui soit permis d'abandonner son poste pour se mettre à couvert? et quand la nuit est venue, que ce pauvre malheureux devrait espérer de se délasser de tant de fatigues , il serait trop content s'il avait une poignée de paille pour se garantir de la fraîcheur de la terre , où il faut qu'il couche. Le jour il retourne et reprend son exercice , sans avoir à peine pris un peu de repos. Il arrivera un jour

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de bataille , et , à la première dëeharge , notre soldat reçoit un coup de mousquet qui lui fracasse la tête, ou qui l'estropie d'un bras ou d'une jambe. Mais supposons qu'il s'en tire plus heureusement, en revient-il plus riche qu'il n'était, et ne faudra-rtril pas qu'il se trouve eh plus de trois combats, et qu'il en sorte toujours favorablement , avant que de profiter de quelque chose ? encore aura-ï-il besoin de bons témoins dé ses actions, et de patrons qui le recommandent; et tout cela même sont des espèces de miracles que Ton ne voit que fort rarement Mais, dites-moi, messieurs , si vous avez jamais fait réflexion sur ceci: combien y a-t-il peu de gens qui fassent foi>* tune, à l'armée , au prix de ceux (jui y périssent ? le nombre des morts est innombrable , et -les^iiiitrès n'en font pas la millième partie. Il en aimv(« tout au contraire parmi les ^ns^qfui étudient : ils ne sont jamais dans la dernière -misère j et ne se trouvênt'poiht ei^sés aahasaird de p^étt la vie ; cepeiidaàit^ quoique le soldat) se fatigàe incomparableraeht pkis qiie Fécolier, -ii a, beaucoup Imoins de récompenses à ar^endre ,. et ra^ rement sont-éUes fort considérables^.:'. ..:..' Il est vrai qu'il est bien .'plus aisé de récompenser un petit m>mUreî de jgèns :de lettres , que cette terrible foule dé^ens^ui suivent la guerre, parce qu'on donne aux premiers des charges qui

ne peuvent être exercées par d'autres, et que ceux-ci ne peuvent être récompenses que des bienfaits des princes; mais cela confirme encore ce que j'ai avancé, Inen loin de le détruire. Mais je passe outre pour ne me pas engager dans un discours de trop grande discussion , et je retourne à la prééminence des armeâ au'^lessus des lettres, que je prétends prouver par les mêmes raisons que je viens de dire en faveur de Tun et Tatitre parti. On dit pour les lettres , que les armes ne peuvent subsister sans elles , parce que , quoique la guerre e^l ses lois , auxquelles elle est assu*' jettie i ces lois ont été faites par des gens de lettres , et c'est eux qui en sont les interprètes aussi bien que les dispensateurs. Je réponds. pour les armes, qu'elles sont le soutien des lois, parce qu'elles défendent les républiques, elles conseryent les royaumes, elles font la sûreté des chemins et des: villes V et nettoient la mer des cor* saîres ; en un mot, elles font la sûl^eté publique. Mais c'est encore une chose généralement reconnue, qu'où, estime le plus œ qui coàté davantage. Hé! qu'est-H:e qu'il a coûté à un homme de lettres pour devenir savant ? du temps, defr soins, de^ veilles, de l'application d'esprit, faire mauvaise chère , être mal vêtu , et d'autres fatigues.que je crois, avoir déjà dites. IV^is^ pour devietnir bon soldat , il faut souffrir tout cela , et d'autres in-

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