‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 46 sur 109 · PARTIE I^ LIV. n^ CHAP. XI. lOgf · texte numérisé non relu

PARTIE I^ LIV. n^ CHAP. XI. lOgf

Apres font , ma foi s'aventure , Et j'en sais pour l'heure à tel {Hiint > Qae te ^tmTailt ou tendre ou dure , Mon amour ne peut croître, et ne s'afîPaibfit point.

Si ramonr. est comme je pense« Et comme on dit, une vertu» .

La tienne me donive espérance .Que mfoi temps à lu fila ne sera pas perdu.

Ma passion et m^^ services Me servent ici de jgarants ; En te faisant des sacrifices , Je prétends quelque-fruit des soins que je te rendsr

N'as-tu pas queiquefonis pris garde Que j'ai -toujours les- yeux sur toi F Et quand un autre me regarde , Je ne fais pas semblant de crc^e que c'est moi.

Que je ne pense qu'à te plaire , Et que je n'ai jwint d'autre soin ) Qu'être propre est ma seule affaire , Et que {'ai des Habits au-delà dû besoin ?

*Je laisse lA les sérénades Qui m'ont empêché de dormir, Les vers, les chansons, les balades, Que j'ai fait en toft nom et pour te divertir.

Que j'ai vanté ta bonne mine , Et tant parlé de ta beauté , Gomme d'une chose divine , Que les belles diei m'«n ont fort m'idtfaité*

IIO DON QUICHOTTE.

Un jour pariant à ta louange A Thérèse de Berrocal) On croit 5 dit-elle, aimer un ange Et c'est une guenon qui ne fait que du mal.

Ce sont des beautés contrefaites , De faux cherenz qne l'oh met bien ; Du blanc, du rouge, des sornettes; Aux yeux tout cela brille, et dessous ce n'est rîeu.

Je me fâchai bien fort contre elle ,

Sur-le-champ je la démentis^

Son beau cousin prit sa querelle i Tu sais bien ce qu'il fit, et comment j'en sortis.

OUailla ! je t'aime et te presse $ Mais c'est avec un bon dessein , Et je. ne te veux pour maîtresse Que lorsque avec mon cœur j'aurai donné ma main.

L'église a des liens de soie , Et son joug est doux et léger ; Tu verras avec quelle joie Je courrai m'y soumettre en t'y voyant ranger.

Mais si je n'apprends de ta bouche Que tu consens à mon dessein , Je mourrai dans ce lieu farouche :

J'en jure, ou si j'en sors je me fais capucin.

Le berger ayant achevé , don Quichotte le pria de chanter encore quelque chose; mais Sancho, qui avait plus d'envie de dormir que

d^ écouter des chansons, s'y opposa , et dit à son maître qu'il était temps qu'il pensât à s'accommoder de quelque part pour passer la nuit, et que ces bonnes gens , qui travaillaient tout le jour, n'avaient pas besoin d'employer la nuit à chanter. Je t'entends , Sancho , répondit don Quichotte, et je ne songeais pas qu'une tête , pleine des vapeurs de la bouteille , a plus besoin de sommeil que de musique* Dieu soit béni , dit Sancho, mais chacun en a bien pris sa part. J'en conviens, répliqua don Quichotte : couche -toi où tu voudras , et me laisse faire. Il sied mieux de veiller que de dormir aux gens de ma profession ; mais auparavant panse-moi un peu mon oreille , je t'assure qu'elle me fait grand mal. Sancho , commençant à chercher de l'onguent, un des bergers qui vit la blessure , dit à don Quichotte de ne s'en pas mettre en peine , et qu'il l'aurait bientôt guçrie ; et sur l'heure il alla quérir quelques feuilles de romarin , et après les avoir mâchées et mêlées avec du sel, il les lui nût sur l'oreille , l'assurant qu'il n'avait que faire d'autre remède; ce qui réussit en effet.

112 , DON QUlCœ>'rT£.

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