‹ Histoire de Don Quichotte de la Manche (volume 4)Chapitre 214 sur 248 · PARTIE II, LIV..VIII, GHAP. LXVII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LIV..VIII, GHAP. LXVII

malice qu'on ne croirait : je ne prendrais pas plaisir qu'on me la yint muguetter, et que la pauyre fille , qui n'y entend point de mal , en eût pour son compte ; car l'amour et les mauvais desseins se fourrent aussi bien aux champs que dans la viUe, et dans les chaumines. comme dans les grands palais; et en ôtant l'occasion, on ôte le péché : c'est l'occasion qui fait le larron ; quand on ne voit pas, on ne pense pas ; et il vaut mieux sauter le fossé, que de s'attendre aux prières des gens de bien.

Hé, plus de proverbes, Sancho, je t'en prie, dit don Quichotte ; en voilà plus qu'il n'en faut pour faire entendre ta pensée; et je t'ai déjà averti plusieurs fois de n'en être pas si prodigue ; mais c'est prêcher au désert : ma mère me châtie , et moi je fouette le sabot. Par ma foi , monsieur, repartit Sancho, vous me faites souvenir de ce qu'on dit communément : Ote-toi de là,.dit la poêle au chaudron , tu es noir comme la cheminée : vous me dites que je dis trop de proverbes , et vous me les enfilez deux à deux. Il faut que tu considères, Sancho, dit don Quichotte , que ceux que je dis sont toujours à propos ; mais toi , tu les tires si fort par les cheveux, qu'il n'y a pas moyen de les entendre : je t'ai dit souvent, si je ne me trompe, que les proverbes sont autant de braves sentences, tirées

de rexpérience et des observations des plus sages de l'antiquité ; mais un proverbe qu'on ne met pas en sa place , est plutôt une sottise qu'une sentence : mais en voilà assez, le jour finit ; éloignons*-nous du chemin, et cherchons quelque endroit à passer la nuit ; nous verrons demain ce que Dieu nous garde. Us s'écartèrent donc, et soupèrent tard et assez mal, au grand déplaisir de Sancho, à qui la chicheté de la chevalerie errante faisait incessanmient regretter l'abondance de la maison de don Diego de Miranda, les noces de Gamache, et tous les endroits où il avait fait bonne chère. Mais enfin , considérant qu'il n'était pas toujours fête , il se laissa aller au sommeil, et son maître s'abandonna à ses pensées ordinaires.

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