PARTIE II, Liy. VIII, CHAP. LXXIII
chotte , ils s'en vinrent aussitôt à lui les bras ouverts. Don Quichotte descendit de cheval , et les embrassa, et ils s'en allèrent avec lui à sa maison. Sancho avait mis sur son grison , pardessus le paquet des armes de son maître, la robe semée de flammes qu'on lui avait donnée chez le duc , et il lui avait couvert la tête de la mitre peinte de diables , ce qui faisait le plus étrange effet et la plus nouvelle transformation qu'on se puisse imaginer ; si bien que ks petits enfans du village s'en étant aperçus^ accouraient de tous côtés , criant les uns aux autres : Eh , venez , eh ^ venez vite! venez voir l'âne de Sancho JPança , qui est plus galant qu'une mariée ^ la monture de monsieur don Quichotte, qui est (plus maigre qu'un hareng saur.
Don Quichotte, accompagné du curé et du bachelier, et entouré de cette canaille, entra dans sa maison , et trouva sa nièce et sa gouvernante qui l'attendaient à la porte , ayant été averties de sa venue. La femme de Sancho Pança en avait appris la nouvelle , et on la vit arriver tout échevelée et nues jambes , et tenant la petite Sancha par la maiii. Elle regarda son mari , et ne le voyant pas en l'état où elle s'ima*^ ginait que devait être un gouverneur ; Eh , Notre-Dame ! lui dit-elle , est-ce ainsi que tu t'en reviens , mon mari , à beau pied , et las commâ
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un chien ? tu as bien plutôt la mine d^un gueux que d'un gouverneur. Mùtus^ Thérèse, répondit Sancho , on ne trouve pas du lard partout où il y a des chevilles ; allons-nous*-en au logis , et je te conterai merveilles; j'ai de l'argent^ ce qui est le principal , et de l'argent que j'ai gagné par mon industrie, et sans faire tort à personne. Ah! tu apportes de l'argent , mon mari ? tant mieux , qu'il soit gagné conmie il pourra, vous n'en avez point amené la mode. Sancha se jeta au cou de son père , en lui demandant s'il ne lui avait rien apporté ; puis la mère et la fille le prenant chacune sous le bras , et tirant Te grisou par le licou, ils s'en allèrent chez eux, laissant don Quichotte avec sa compagnie.
Don Quichotte ne fut pas plutôt entré chez lid , que sans attendre davantage , il tira le curé et le bachelier à part , et leur ayant conté en deux mots sa défaite par le chevalier de la Blanche Lune , et l'obligation où il se trouvait de ne porter les armes d'un an , ce qu'il prétendait accomplir au pied de la lettre , il ajouta qu'il avait résolu de se faire berger pendant le temps de son exil , et d'aller dans les bois et les prés , entretenir ses pensées amoureuses , et qu'il les priait , s'ils n'avaient rien de meilleur à faire, de le vouloir accompagner dans un genre de vie si tranquille et si agréable , qu^il se chargeait d'en faire