PARTIE III, LIV. I, CHAP. XIV. Io
lit, avec une chemise percée de tous côtés, et et beaucoup plus courte qu'elle ne devait l'être. Don Quichotte lui demanda ce qu'il avait , et Sancho, tout troublé, le prenant pour le roi Artus , dont il lui avait fait l'histoire le matin , lui répondit :
Sire, votre majesté ne fait point de différence entre ses véritables amis el les autres : vous avez des flagorneurs qui vous font croire ce qu'ils veulent, et quand vous vous êtes mis une chose en tête , le diable ne vous l'ôterait pas. La reine Genèvre est une princesse sage et qui vous aime, et quoique je l'aime bien , ce n'est pas pour ce que vous pensez : je suis chevalier, et j'en donnerai le déinenti à pied et à cheval, à la lance et à répée, et de telle façon qu'on voudra. Mais, sire, faites mieux.... Ami Lancelot, interrompit don Quichotte, vous m'avez rendu de trop bons services pour vous croire capable de déshonorer ma maison , et je ne sais pas qui sont les gens qui vous font ces rapports : si ce sont mes serviteurs, ou quelqu'un du peuple vous n'avez qu'à me le faire connaître , et le châtiment suivra de près l'offense ; et si ce sont des chevaliers, non-seulement je vous permets le combat, mais je veux moi-même vous y servir, et vous n*^avez qu'à prendre le jour et l'heure dans la plaine de Sclamalot, quatre contre quatre , ou dix contre dix.
Io6 DON QUICHOTTE.
Sancho se réveilla commç d'un profond sommeil, car il était encore à demi endoirmi quand on entra dai^s s^ chambre , et regardant d'un œil triste tous ceux qui étaient présens : Vraiment, messieurs 9 dit-il, vous n'avez guère de. compas sion des malades, vous me laissez ici seul, que je ne puis me remuer; et sans me$ amaes ; et il a fallu que je combattisse à coups de poing contre une douzaine d'enchanteurs, qui étaiejit armés jusqu'aux dents. Hé bien, dit le chirurgieii, comment la chose s'est- elle passée? Et comment pouvait-elle aller, répondit Sancho, en l'état où je suis ? Ils ont ouvert tQute3 mes blessures , ils m'ont foulé sur le ventre et partout, et un des enchanteurs, après m'avoir coupé la tête, m'en amis une de verre, parce que je n'ai pas voulu renoncer à la chevalerie errante , en jurant comme un charretier, que lui et ses compagnons ne me laisseraient jamais eu repos tant que je serais en campatgne : me yo^la bien h cette heure ^ avec un.e tête de verre ! et si nous rencontrons beaucoup d'ayentures commue celle des Sarrasins, combien durera pelle-ci, et où en trouver 4'^^" très? Le cljirurgipn jcoa§o|a Ss^ncho , disant qu'il lui ferait le soir une opération qui lui rendrait uue meilleure tête que celle qu'il ^vait perdue, et que les magiciens n'approcheraient de lui de pius de deux lieue$; p;uis se retournant du