‹ Histoire de Don Quichotte de la MancheChapitre 63 sur 310 · PARTIE 11. CHAPITRE XV. m · texte numérisé non relu

PARTIE 11. CHAPITRE XV. m

battit. Les motifs ne pouvaient pas manquer; le vaincre leur semblait cbose facile, et l'on arrêta d'imposer cette condition expresse que le vaincu demeurerait à la merci du vainqueur : ainsi, Don Quicbotte vaincu, Carrasco devait lui imposer la loi de retourner dans son village, dans sa maison, et de n'en pas sortir de deux ans, ou tout au moins jusqu'à ce que son vainqueur lui donnât un ordre contraire. Il paraissait certain que Don Quichotte observerait religieusement cette condition, pour ne pas contrevenir aux lois de la chevalerie et il était possible que, pendant un si long repos, il oubliât ses folies, ou que l'on trouvât quelque remède pour l'en guérir. Carrasco se chargea de l'entreprise et Thomas Cecial s'offrit pour être son écuyer : il était voisin et compère de Sancho, d'humeur facétieuse et bon vivant. Carrasco s'arma comme nous lavons dit, et Cecial mit un faux nez de carton pour n'être pas reconnu de son compère. Ils suivirent ainsi la route que tenait Don Quichotte, et peu s'en fallut qu'ils ne l'atteignissent lors de l'aventure du char de la Mort. Enfin, ils le joignirent dans le bois où leur arriva ce qu'a lu le prudent lecteur ; si l'extravagante imagination de Don Quichotte ne lui avait persuadé que le bachelier n'était pas le bachelier, le seigneur bachelier eût été dans l'impossibilité de prendre désormais les degrés de sa licence, pour n'avoir pas trouvé de nid où il pensait rencontrer des oiseaux. Thomas Cecial, voyant le mauvais succès de leur dessein, et combien leur voyage avait mal réussi, dit au bachelier; Certes, seigneur Samson, nous n'avons que ce que nous méritons : on imagine et on commence facilement une entreprise, mais bien souvent on n'en sort qu'avec difficulté. Don Quichotte est fou ; nous autres, nous sommes dans notre bon sens; il s'en va riant et bien portant, vous êtes triste et tout moulu; savons-nous, maintenant, lequel est le plus fou, de celui qui l'est parce qu'il ne peut faire autrement, ou de celui qui l'est volontairement? La différence, répondit Samson, qui existe entre ces deux fous, est que celui qui l'est involontairement le sera toujours et que l'autre cessera de l'être quand il le voudra. S'il est ainsi, dit Cecial, je fus fou volontairement lorsque je me fis votre écuyer, et volontairement aussi, je cesse de l'être el m'en retourne chez moi. Vous en êtes le maître, répondit

nto DON QUICHOTTE.

Samson ; mais de penser que moi je m'en retournerai avant d'avoir roué de coups h' seigneur Don Quichotte, c'est se tromper beaucoup. Ce n'est plus le désir de lui faire recouvrer le jugement qui va nie guider maintenant, mais bien celui de mo venger; la douleur de mes côtes ne me permet point de résolution plus charitable. En raisonnant de la sorte, ils arrivèrent à un village où, de fortune, ils trouvèrent un raecommodeur de membres ', qui pansa le disgracié Carnisco. Tbomas Cecial le quitta pour s'en retourner chez lui et Samson resta ;'i méditer sa vengeance. L'histoire le retrouve quand il en est temps, pour ne pas cesser maintenant de se réjouir avec Don Quichotte.

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