‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 197 sur 278 · PARTIE I. CHAPITRE XXXVll · texte numérisé non relu

PARTIE I. CHAPITRE XXXVll

lequel aucun bien ne saurait être en la terre comme an ciel. Je dis donc que la paix est la véritable fin de la guerre, armes et guerre ne sont qu'une même chose. Cette vérité démontrée, aiùsi que l'avantage que le but des armes a sur le but dc^s lettres, exfiminons maintenant les travaux de corps du littérateur, et comparons-les à ceux du guerrier.... Dans tout ce discours , Don Quiiiote suivait son raisonnement de telle sorte, et s'exprimait en si bons termes , qu'il força ses auditeurs à ne plu» songer à sa folie : au contraire, comme ils étaient presque tous chevaliers, élevés aux armes, ils l'écoutaient avec beaucoup de plaisir. U poursuivit ainsi: Yoici quelles sont les peines de l'homme d'étude. D'abord, la pauvreté : non qu'ils soient tous dans la misère, mais je veux mettre les choses au pis; dire qu'ils sont pauvres, me semble propre à exprimer^leurs sciuF- (rances, car le pauvre ne possède rien de bon; il endure cette misère dans toutes ses parties , tantôt la faûn, tantôt le froid, la nudité, tantôt tout ensemble. «Cependant il mange^ quelquefois,, il est vrai, un peu plus^ta^d qu'il n'est d'usage, il se nourrit des restes des riches, ce qui est la plus grand^ ûdisère de l'étudiant, et ce qu'ils appellent entre eux' aller à la soupe. n ne lui manque pas non plus quelque méchant brasier pour le réchauffer, ou du moins poui* diminuer .qui le saisit; pnfin, la nuit, il dort à couvert. Je ne veux point parler d'autres misères, comme du manque de chemises, de souliers, de* la légèreté de son^abit tout râpé, ni des excès que la faim lui fait faire quand la fortune lui ei\voie quelque bon repas. Par cette route que j'ai tracée, rude et difficile, bronchant p^r-ci,. tombant par.-là, se relevant <l^un côté ,: tombant de l'autre, ils parr viennent au but de leurs désirs. Nous en avons vu qui^ après avoir traversé ces Syrtes, ces ScyUàs, ces Charybdes, comme emportés au vol par la fortune, se sont trouvés appelés à gouverner le monde du haut de leur siège, voyant leur faim chaijigée en satiété, leur froid. en besoin de se rafraîchir, leur nudité en habits somptueux, leur coucher sqr une natte «n lits de Damas et draps de tope de Hollande : juste récompense de

leur mérite. Mais enfin, toutes ces peines^ et travaux, comparés à ceux de rbmnme de guerre, sont bien peu de cbose, ainsi que je vais vous le prouver. ^

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