‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 270 sur 278 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Du démêlé de Don Quyote avec le che?rier , et de la rare aYenlure des pénitents, que notre cheralier mit à fin à la sueur de son front.

Le récit du cbevrier plut à tous Idf assistants, et surtout au chanoine, qui remarqua corieiisement que le conteur s'était exprimé, non comme on rostre gardenr de troupeaux , mais en homme de cour, et ainsi il àpfNroovait le curé d'avoir dit qu'on rencontrait sur le!!i mcmtagnes des gens instruits et polis. Tous firent à Eugène mille offres de service ; mais celui qui se montra le plus empressé fut Dicm Quijote, qui hii dit : Certes, mon ^ Irère , s'il était en mon pouvoir de tenter quelque aventure, je

me mettrais à Theure même en chemin pour vous en procurer une bonne : j'irais enlever Léandra du monastère (où sans doute elle est enfermée contre sa volonté) , en dépit de Tabbesse et dé tous ceux qui voudraient s'y opposer, je la remettrais entre vos mains pour en disposer à votre volonté; toutefois en observant les lois de la chevalerie, qur défendent de faire à une demoiselle aucun déplaisir. Mais j'espère en Dieu notre Seigneur, que le pouvoir d'un malin enchanteur n'aura pas tant de force qu'il ne soit surpassé par celui d'un enchanteur mieux intoitipnné, et alors je vous promets mon secours et ma protection, comme m'y oblige ma profession, qui n'est autre que de secourir les opprimés. Le chevrièr se mit à considérer Don Qu^ote : et, le voyant de si triste mine et en si mauvais équipage , il demanda au barbier, qui se trouvait auprès de lui , quel était cet homme ainsi bâti et qui parlait delà sorte. Que voulezvous que ce soit, ^répond le barbier, sinon le fameux Don Quijote de la Manche, le redresseur de torts, le vengeur des injures, le rempart des demoiselles, la terreur des géants, le vainqueur dans tous les combats? Ceci ressemble, répond le chevrièr, à ce qu'on lit dans les livres de chevalerie, où les chevaliers errants font tout ce que vous dites; mais je crois, ou que vous vous moquez de moi, ou que ce gentilhomme a des chambres vides dans le cerveau. C'est toi qui es le vide et le manque de cervelle, veillaque insolent, dit Don Quijote; moi j'en ai plus que n'en eut jamais la double putain qui t'engendra. En disant ces mots, il empoigne un pain qui était auprès de lui , et le jette en plein à la figure du chevrièr, d'une telle force qu'il lui écrase tout le nez. Le chevrièr, qui n'entend pas la plail^anterie, se voyant maltraité de bon compte, sans respect pour le tapis, la nappe et toute la compagnie, saute sur Don Quijote, le saisit au cou avec ses deux mains, et l'eût étranglé sans miséricorde, si Sancho ne fût accouru; il le prend par les épaules et le renverse sur le tapis, brisant les verres, rompant les plats, répandant tout ce qu'ils contiennent. Don Quijote, se voyant libre, se jette à son tour sur le chevrièr ; celui-ci.

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