‹ Histoire de Don Quijote de la MancheChapitre 50 sur 278 · PARTIEL CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

PARTIEL CHAPITRE XII

Fadorait ; qu'on ne pense pas dû reste que Marcelle en choisissant une façon de vivre si libre et de si peu de retenue, ait jamais donné le moindre indice , le moindre prétexte qui autorisât à dép^écier sa prudence ou son honnêteté : au contraire, eHe veille sur sa réputation avec tant de soin, que dé tous ceux qui la servent, aucun ne s'est vanté et ne pônitaU avec vérité se vanter qi^'elle lui ait jamais donné la moindre espérance. Elle né fuit point la conversation des bergers , et les traite civilement, amicalement; mais s'il arrive que Tun d'eux se hasarde Si lui découvrir sa passion, quelque innocente qu'elle soit, et, ne tendapt .qu'au mariage, elle le repousse bien loin ^ Avec ces manières , elle cause plus de dommages dans le pays que ne pourrait faire la peste : car son affabilité, sa beauté portent tous les cœurs à l'aimer , à la servir , et ses rigueurs, ses mépris les conduisent au désespoir. Ils ne savent plus que l'appeler cruelle et ingrate, et lui donner des noms semblables qui rendent témoignage de sa résolution. Si vous restiez quelques jours parmi nous, seigneur, vous entendriez retentjr nos montagnes et nos vallées des gémissements de ces pauvres amants méprisés. Non loin d'ici est un bouquet d'environ deux douzaines de hêtres , vous n'en trouverez pas un seul dont l'écorce ne porté gravé le nom de Marcelle : une couronne est quelquefois au-dessus , comme si l'amant voulait dire qu'elle porte et qu'elle mérite la couronne de la beauté. Là soupire un berger, plus loin un autre se lamente; on ent^endici des chansons amoureuses , et là des plaintes désespérées. Tel passe toutes les heures de la nuit assis au pied d'un chêne ou d'un focher, et là, sans clore ses yeux éplorés, le soleil le trouve encore ravi dans ses pensées ; un autre , sans donner jour ni trêve à ses soupirs , demeure , à l'ardeur du midi le plus accablant ,. étendu sur le sable brûlant , et implore par ses cris la pitié du ciel. Mais la belle Marcelle toujours libre, triomphe, sans y prendre garde, des uns et des autres ; nous tous.

Ml y a dans l'espagnol : ios arçja de si como con un trabuco ( cngjn de batterie ).

tiu{ la connaissons, attendcHis ce qui arrivera de cette conduite alti^, et quel sera le mortel heureux qui pourra dompter ce cœur fttrouche et posséder une beauté si rare. Tout ce ' .quç je viens de vous conter étant la pure vérité , je ne doute ^^ndnt de ce qu'a dit notre berger des causes de la* nnort dé - i^<C!ni7SQst6me. Ainsi, je vous le conseille, seigneur, ne manquez pas de vous trouver demain à son enterrement; ce sera sans doute une chose à voir, car il avait beaucoup d^^mis, et il n'y a pas une demi-lieue de ce village à l'endroit où il doit être enterré. Je n'aurai giarde dV manquer, répondit Don Quyote, et je vous rends grâcç du plaisir quft m'a foit votre histoire. Gh ! vraiment , répliqua le chevrier, je ne sais pas encore la moitié de<;e qui est arrivé aux amants de Marcelle; mais nous rencontrerons peut-^étre demain, en chemin, quelque berger qui nous dira le reste ; maintepant , seigneur, vous fierez bien d'aller dormir dans quelque endroit à couvert , parceque le serein pourrait nuire à votre blessure, quoiqu'il n'y ait rien à craindre avec l'emplâtre que nous y avons mis. Sancho, qui donnait au diable les longs récits du chevrier, pressa son maître d'entrer dans la cabane de Pedro. Il le fit à la fin , mais ce fut pour p^asser le reste de la nuit à penser à sa Dulcinée, àFimitation- des amants de Marcelle. Sancho, de son côté, s'accommoda entre son âne et Rossinante, et dormit, non comme un amant maltraité, mais comme un homme qui avait été accablé de coups.

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