‹ Histoire de douze ans (1857-1860): notes et souvenirsChapitre 1 sur 39 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

été, comme on a longtemps essayé de le faire croire, l'œuvre personnelle de Napoléon III. Dans les diverses étapes qu'il a traversées pour arriver âuplébiscite du 8 mai 1870, l'Empereur a obéi le plus souvent aux suggestions de ses conseillers ou de coopérateurs étrangers. Mais il a cédé surtout et le plus souvent à la force des choses, à cette nécessité invincible qui résulte du mouvement et de la pression de l'opinion publique.

Cela ne diminue en rien le mérite du souverain qui a su, quand les circonstances l'exigeaient, faire abandon de l'im* mense pouvoir dont le peuple l'avait investi. Napoléon III est peut-être, au dix-neuvième siècle, le seul chef d'État qui ait marché d'un pas déterminé et constant dans la voie des concessions libérales, il a hésité parfois; mais quand il avait posé les bases d'une réforme, il allait en avant sans arrière-rpensée et sans faiblesfcc.

Les réformes sont-elles toujours venues en temps opportun? Les hommes d'État chargés de les réaliser ont-ils toujours été ^ la hauteur de leur tâche?

Ce sont là des questions que je n'avais pas à résoudre,

est certam que le décret du 24 novembre 1860, arrivant après les hésitation^ de l'expédition d'Italie^ et que la lettre du 19 janvier 1867, paraissant au lendemain des défaillances de la guerre de 1866 et des humiliations du Mexique, fournissaient aux adversaires de l'Empire les moyens de prendre contre lui une revanche éclatante.

D'un autre côté, Napoléon III n'a pas toujours attaché aux questions de personnes une importance suffisante. Il ne s'est pas rendu compte, sinon au dernier moment, qu'à chaque changement dans le gouvernement devait coïncider un changement dans le personnel gouvernemental. 11 s'attachait à ses

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ministres ; S subissait leur joug, et il ne pouvait se résoudre à les abandonner, même quand le salut de TÉtat l'exigeait.

Les gauches n*ont pas fait leur devoir. Les Cinq avaient réussi pendant six années à les maintenir sur le terrain solide de Topposition légale et constitutionnelle. Mais après les élections de 1863, les gauches n'avaient pas tardé à verser dans Topposition systématique; aux élections de 1869, elles avaient tendu les mains aux iiyéconciliables. Au lieu d'encourager l'Empire à se réconcilier avec la liberté, elles caressaient ouvertement l'espérance de le renverser.

Quant au tiers-parti, composé d'honames imbus de préjugés parlementaires, il poursuivait un seul but; il voulait faire prendre à Napoléon III la suite des affaires de Louis-Philippe.

Il y avait là plus d'éléments qu'il n'en fallait pour faire échouer l'Empire libéral. Ceux qui ont essayé de Taire réussir cette difficile entreprise doivent-ils s*en repentir aujolird'hui? Je ne le crois pas. Les efforts faits pour établir la liberté sont toujours honorables.

Résolu à me renfermer dans les faits, je n'ai pas voulu mettre de conclusion à ce livre. Mais si l'on en veut une absolument, il est facile de la dégager de tous les événements que je me suis efforcé de décrire;

Cette conclusion, c^est que, dans la Constitution la plus autocratique, si l'on remet à une assemblée le droit de voter les lois et l'impôt, il est impossible qu'à la longue, cette assemblée, quelle que soit son origine et quel que soit le mode employé poiir la recruter, ne devienne pas le pouvoir prépondérant.

Ou il ne faut pas d'assemblée, ce qu'aucune nation, et la nation française moins qu'une autre, n'est disposée à admettre,

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