AVANT-PROPOS
^ Entreprendre de traiter un grand sujet historique, V c'est se risquer au milieu des écueils, avec quelque ^ simplicité d'intentions, avec quelque assiduité de '7 dévouement qu'on aborde et qu'on poursuive une ^ telle tâche : précisément le genre d'attrait qui détermine le choix de l'écrivain doit aiguillonner l'attente et justifie les exigences du lecteur. Or, rien n'est plus illustre que les Guises, ces guerriers héroïques, ces politiques audacieux et profonds, ces champions intéressés de la foi, ces défenseurs et tour à tour compétiteurs de trônes, ces derniers représentants, sinon de la féodalité, du moins d'une aristocratie énergique et menaçante, ces princes ambitieux appuyés d'une part sur l'imposant prestige delà religion, de l'autre sur les prétentions municipales, sur l'enthousiasme et les forces de la démocratie appelée à placer dans la balance des destinées de FÉtat, à cette importante époque de transition, un poids nouveau que le mouvement presque naissant alors de la civilisation moderne devait rendre progressivement irrésistible et absolu. Rien n'est plus illustre que ces grands fac-
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tieux si riches de gloire, de ressources, de popularité, avec lesquels nul de ceux dont ils furent suivis, à des moments divers, dans cette orageuse carrière, ne saurait équitablement rivaliser.
Pourtant, si la renommée des Guises est éclatante et universelle, ne semble-t-il pas qu'ils soient connus surtout par des traits saisissants et individuels, par des tableaux dramatiques mais détachés, plutôt qu'au juste point de vue d'une inspiration, d'une action collective et persévérante, d'une suite non interrompue pendant plusieurs générations de personnages si éminents que ce phénomène d'hérédité de mérite et de danger, presque unique dans les chances de l'humanité , a imprimé , en quelque sorte , aux princes lorrains un caractère de véritable et brillante dynastie politique ?
Ils avaient donc droit à une histoire qui leur fût spécialement consacrée; ils fournissaient le digne sujet d'une de ces monographies toujours utiles pour dissiper le vague et les obscurités des temps passés; leur mémoire réclamait un monument bien plus élevé sans doute que le travail si tardif et si insuffisant par lequel j'ai tenté, au prix de huit années de studieux loisirs, de combler une lacune, frappante à mes yeux, dans la touffe des rameaux qui se rattachent et s'unissent à l'arbre antique et glorieux de l'histoire de France.
Quoique, pendant près de quatre-vingts ans, les Guises aient exercé soit le gouvernement même, soit du moins une influence principale sur les affaires publiques, on ne doit pas s'attendre à rencontrer ici l'image développée du royaume au xvi* siècle; et,
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quoiqu'ils se trouvent intimement unis, tantôt par rimpulsion qu'ils lui donnèrent, tantôt par Tappui qu'ils en reçurent, à toute la marche delà grande confédération des catholiques, je me suis tenu égale* ment éloigné de l'ambitieuse prétention d'exposer un tableau complet des causes, des actes et des effets de la Ligue.
J'ai trouvé mon horizon encore forcément assez étendu tout en m'étant fait la loi de le circonsmre et en voulant me borner à présenter dans un même cadre, proportionné à l'échelle del'histoire, ces grandes figures, trop séparées jusqu'ici, selon moi, à rassembler dans un seul groupe les membres si homogènes, liés par une succession si intime et si continue, de cette imposante famille.
Aucun système exclusif n'a dominé ma pensée; je n'ai visé à aucune conclusion plus ou moins arbitraire. ^J'ai simplement recherché la vérité dans le labyrinthe des sources si souvent troubles, divergentes même , où parfois aussi manque le fil indispensable pour pénétrer jusqu'à la parfaite appréciation d'événements qui , par leur nature, ont dû nécessairement se trouver enveloppés de mystère : infligeant ainsi à la scrupuleuse critique de l'écrivain le devoir pénible et délicat d'éclaircir des nuages, de concilier ou de trancher des discordances.
J'ai été sobre autant que possible de raisonnements, prodigue, peut-être, au contraire, de témoignages contemporains, de citations fidèles, de particularités propres à mettre les faits plus en relief, dans un jour plus vif, à placer les acteurs en scène d'une manière plus animée, et à mieux faire connaître par eux-
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mêmes les personnages, les partis, les mœurs, Tesprit des temps, le caractère des situations.
La partie détaillée de ce travail traite de la branche de Guise, dans la personne de ses chefs successifs et de ses principaux membres, depuis rétablissement en France de son fondateur , au commencement du xvf siècle , jusqu'à l'entrée triomphante de Henri IV dans la capitale du royaume et de la Ligue, époque où se termine en. réalité la grande histoire politique de cette femille. Un exposé complémentaire, moins susceplible de rigoureux enchaînement, conduit ensuite, à travers quelques éclairs brillants encore, jusqu'au dernier des ducs de Guise, puis jusqu'au dernier collatéral, mort de nos jours, d'une maison collatérale elle-même, dont la tige glorieuse se trouve sommairement retracée au début, par forme d'introduction, dans une esquisse rapide des principaux faits qui colorent la filiation des ducs de Lorraine. C'est ainsi que j'ai voulu, après avoir rappelé d'où les Guises étaient issus, approfondir ce qu'ils furent, ce qu'ils ont tenté d'être, et indiquer comment ils se sont graduellement réduits, puis éteints.
Si, en lisant cet ouvrage, on accorde qu'il a été exécuté avec une consciencieuse application , justice lui sera rendue; et Tauteur aurait atteint son but si, en outre, à sa pensée d'ensemble pouvait être reconnu quelque mérite d'inïérêt et d'utilité historiques.
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