COUP D'ŒIL
aux souvenirs» aux regrets, aux prétentions, aux mobiles des grands hommes qui font le sujet de cet ouvrage ; et, en Têtudiant dès son germe, on reconnaîtra mieux chez eux la réalité d'un caractère particulier, vigoureux, supérieur, dont le développement s'est opéré avec un si vif et si dangereux éclat.
Rappelons -nous d'abord qu'après la mort de Lothaire (29 septembre 855), l'empire, au milieu des troubles et des malheurs dont ce prince avait été cause, subissait un affaiblissement accru encore par le partage entre les trois héritiers : Louis, qui reçut la couronne impériale et celle d'Italie; Charles, investi de la Provence; et Lothaire II, devenu souverain du royaume d'Âustrasie. La domination de celui-ci embrassait le pays situé entre la Meuse et le Rhin, à l'exception de Mayence, de Worms, de Spire et de quelques autres villes cédées précédemment, par une sorte d'équilibre, à Louis de Germanie. Tout le territoire qu'avait possédé son père, entre l'Escaut et la Meuse, les comtés environnants, le Hainaut, le Cambrésis et la Franche-Comté entrèrent aussi dans la part de Lothaire qui y réunit encore Genève, Lausanne, Sion dans le Valais; et cette étendue de pays s'appela des lors royaume de Lothaire {Lotharingia, Loiher-regn). C'est donc bien, comme on le voit, de Lothaire II, et nullement de l'empereur Lothaire, que la Lorraine, portion restreinte de ces contrées, tient le nom qu'elle a toujours porté depuis, quoique dans les débats historiques auxquels a donné lieu le problème de l'antique origine de la maison de Lorraine on ait voulu établir l'opinion hasardée qu'un duché de Lorraine existait longtemps même avant le règne des Carlovingiens '.
Le roi de Lorraine prit premièrement parti pour Charles le
(1) Richard. Vasbourg, Antiquités de la Gaule belgique.
SUR LA MAISON DB LORRAINE. s
Chauve dass les quereller qui surviorent à la suite du récent fractioDoemeut de l'empire; puis, ayant conçu des soupçons contre ce prince, il se ligua bientôt avec Tempereur et même il lui céda l'Alsace. La cause de cette rupture et de cette ces* sion parait avoir résidé moins dans des calculs politiques que dans le soin des intérêts d'une passion coupable et dans le dessein de leur ménager un appui. Lothaire, en effet, voulait répudier ïeutberge, sœur de Hubert, duc d'une grande partie de la Bourgogne transjurane, sous le préte^i^te faux d'un inceste commis par cette princesse avec son frère, avant qu'elle eût été mariée. Quoique justifiée par l'épreuve de l'eau bouillante, Teutberge céda bientôt elle-même à un sentiment de crainte, avoua le crime dont elle était innocente, et Lothaire, profitant de cette faiblesse pour réaliser ses vœux, épousa publiquement Valdrade, l'une de ses maîtresses, nièce de Gonthier, archevêque de Cologne. Mais le pape Qficolas F s'était refusé à reconnaître un tel mariage, et avait prononcé l'excommunication contre le roi qui, conservant Valdrade auprès de lui, partit pour l'Italie avec l'espoir d'obtenir plus facilement son absolution de la condescendance d'Adrien II, successeur de Nicolas, et mourut à Plaisance sans postérité légitime (6 août 869).
De Valdrade cependant il laissait un fils nommé Hugues, Par un traité fait à Francfort, et dont les condlticois sont inconnues, le roi de Germanie avait rendu l'Alsace à Lothaire dont il la tenait depuis six ou sept ans, et accordé à Hugues l'investiture de ce duché.
La succession de Lothaii^e devint^ aussitôt une source de rivalités entre l'empereur son frère et ses oncles les rois de France et de Germanie. En ce moment, l'empereur se trouvait occupé à repousser la menace d'invasion des Sarrasins en Italie, de sorte que Charles le Chauve, livrée I9 sécurité, put