N.° III. — PAGE
On avoit tout lieu de craiodre que les précieux restes de Fénelon n'eussent été exposés aux mêmes outrages que ceux de tant d'évéques et de bienfaiteurs de l'humanité, dont on a violé la sépulturç. On ne doit pas croire cependant que son tombeau ait été plus respecté que le leur ; si on se rappelle les temps et les personnes, une pareille exception en faveur de Fénelon , dans de tels temps et par de tels hommes, seroit une espèce de tache à sa gloire. Mais il semble que la Providence ait voulu , d'une manière spéciale , conserver à la ville de Cambrai , contre toute espérance et contre toute apparence , les cendres de celui de ses archevêques dont la mémoire y sera le plus* long-temps en bénédiction. Les procès-verbaux relatifs à cette découverte en paroissent constater la vérité.
Procès^verhaux constatant VexhumaXion des cendres de M, de Fénelon y arche\^êque de Cambrai y né le 6 ax>ût i65i, et décédé le 7 janvier 17 15.
L'an douzième de la république française , le i5 messidor, à cinq heures de relevée, nous Pierre-Joseph Douay fils , jurisconsulte et maire de la ville de Cambrai , étant informé par le commissaire nommé par notre arrêté du huit de ce mois, que le travail ordonné par suite des lettres à nous adressées, tant par M. le SQus-préfet de Tarrondissement , que par M. le procureur impérial près le tribunal civil, étoit au moment
d'être achevé , et que de'jà les trois premiers fours du caveau y qui se trou voit placé au-dessous du maîtreautel de la ci-devant église métropolitaine de cette ville j étoient désencombrés , nous nous sommes empressé d'en faire part aux chefs des autorités de l'arrondissement et de cette ville : et nous étant rendu sur les lieux ^ iious avons entendu; en présence desdits chefs , la déclaration des témoins qui suivent :
Le sieur Bernard Ganonne, cultivateur, demeurant à Saulzoi/, a déclaré qu'en l'an deux il fut chargé- par l'administration du directoire du district de Cambrai ^ en sa qualité d'administrateur adjoint , de l'exécution d'un arrêté 4pt comité de salut public^ lequel ordon- l noit le transport à Boua^ , chef-lieu du département , de tous les certueils de plomb qui existoient dans la ville de Cambrai; que par suite de cette mission il s'est v transporté dans l'église métropolitaine, et s'étant fait conduire dans le caveau au-dessous du maître-autel y ou se trouvoient déposés dans différens fours les corps des ci-devant archevêques de Cambrai , il en a fait . extraire différens cercueils qu'il ^ trouvés intacts; mais qu'il se rappelle parfaitement que parvenu au troisième four, à main droite en descendant, où se trouvoit renfermé le corps de Fénelon , comme l'indiquoit l'épitaphe inscrite sur la pierre qui servoit de clôture audit four, et ayant fait enlever ladite pierre par trois ouvriers , nommés Antoine Noreux de Cambrai, Plantagenet et un de ses camarades, ces deux derniers attachés à un corps de canonniers en garnison
eu cette villç, il remarqua à riustant même que Y air eut péuétrë dans ledit four , que le cercueil en plomb ^toit entier et se trouvoit dessoudé ; de sorte que le des^s ëtoit détaché des côtés et tombé dans le fond , ce qui occasiooa une exhalaison méphitique qui l'obligea de se retirer pour un moment ; ipais que l'instant d'après, étant reveun, l'un des ouvriers s'est introduit dans le four, en à distrait les lames de plomb qui avoient formé le cercueil, lesquelles ont été chargées sur des voitures avec les autres cercueils, et les os ont été amoncelés et laissés dans le même four. Ajoute ledit Canonne, que tous les cercueils, à j l'exceptioD de celui de Fénelon,'ont él^ chargés sur «^ trois chariots, intacts et sans aucune ouverture; de
sorte qu'il n'est demeuir^é dans tout le caveau que les ^/eu)s restes de Féaelon, et a signé avec nous.
Signé Behnaed Cj^vojshb. , Douay fils,
. Antoine Noreux , boucher à Cambrai , lequel a déclaré qu'en l'an deux , au mois de pluviôse , ouvrier attaché à l'administration du district de Cambrai, il fut requis par le sieur Canonne, par suite des ordres du gouvernement, d'extraire des fours de la métropole les cercueils en plomb qui s'y trouvoient, pour , les envoyer à l'arsenal de Douay ; que s'étant fait accompagner de deux ouvriers , nommé Plantagenet et un autre , dont il a oublié le nom , tous deux canouniers en garnison en cetle ville, il s'estintroduit dans les fours susdits, où il a remarqué qu'il se trouvoit six
à sept cercueils de plomb y lesquels furent chargés sur des voitures en bon e'tai , à l'exception de celui de Fénelon^ lequel étant ouvert , il en fut extrait les ossen^eus de ce grand homme , qui forent amoncelés dans le troisième four, et le plomb transporté sur les voitures. Laquelle déclaration a été affirmée par ledit SToreux^ qui l'a signée avec nous.
Signé Ay-roiyz Noreux,^ Douay fils^
Et à l'instant, MM. Dumolacd , sous-préfet; Belx^aSy évéquede Cambrât; Burgairolles, colonel com-"^^ siandant d'armes } Boileux y président du tribunal d'arrondissement; Defoy, juge; Farèz, procureur impérial ; Cacl^eux y magistrat de sûreté ; Béthùne-Hourier, adjoint du maire; Leququx-Frémicourt, président du tribvmal de commerce; Sjçrvois, chanotue vicaire - géné]:a] ; Bocquet , coijimissaire de^ police; Delcroix , receveur de la commune ; Defremery-Déliollain , secrétaire-greiher de la mairie ; Palombini , -colonel du 4euxièmQ régiiQent de hussards italieus., stationné à Cambrai ; De/uaidy >. capitaine commandant le quatrième bataillon du train. d'artillerie^ de NeuBen^ colonel retiré du corps du. génie; Deftauqueville^ propriétaire^ membre da conseil des secours; Alexandre Frémicourt, idem; Béthune de l'Offre, ifiem; Bichard Frémicourt , président du conseil d'arrondissement ; Demadre y membre du conseil des se<cours^ CanoQnC;. membre du conseil d'arrondissemenl ; ftaparlier , juge de paix; Lemoine et Lcroi, notaires
publics ; Bruneau et Aimé Bris y membres da conseil municipal; Goussaut, juge suppléant; Piquet - Bris , contrôleur des contributions; Liéaard, receveur de l'arrondissement; Résé Marchand, bibliothécaire; Lepère, chef de bureau; Pierre Flenry, marchand menuisier;
Sont descendus dans le caveau , où ils ont va extraire du troisième four à droite , les restes de M. de Fénelon, archevêque de Cambrai ^ mort en eette ville le 7 janvier 1715, consistant en un crâne des mieux conservés , en une gnantité d'os détachés les uns des autres, dont plusieurs amioncent nne prochaine décomposition, et en quelques planches et morceaux de bois de chêne pourri , lesquels ont été recueillis avec vénération y et déposés dans une bière neuve, préparée à cet effet, que Ton a fermée à vis , et sar laquelle k scel de la mairie a été apposé avec des bandes de papier double, signées de MM. Belmas , Dumolard, Douay fils, Boileux et Lequeux;
Après quoi la bière a été déposée dans le même caveau, sous la garde d'un factionnaire , pour y demeurer jusqu'à l'époque filée pour la translation solennelle qui \q sera faite; avons ordonné la continuation du désencombrement dudit caveau , avec les forinalités prescrites par notre arrêté susdaté. De tout quoi le présent procè^verbal a été signé par toutes les personnes qui y sont dénommées, les jour , mois et an que dessus;
{Suivent les signatures,)
Et le SI du même mois de messidor^ six heures et demie du soir y ^
Nous Pierre-Joseph Douay, jurisconsulte ^ maire de la ville de Cambrai , sur l'avis à nous donne par le commissaire charge de la fouille du caveau des archevêques, que Topération étoit terminée , et après avoir invité tous les chefs des autorités constituées^ ainsi que MM»£vrardet6urard^ docteurs en médecine et en chirurgie , de venir reconnoître et constater les restes précieux de l'immortel Fénelon, nous nous sommes rendus audit caveau, où étant, il nous a été représenté ,
1.^ La partie inférieure de la tête, se rapprochait très-bien du crâne j
X" Lès os des jambes , des cuisses , ceux du bassin , avec les deux fémurs ; •