LIVRE SEPTIÈME
Fénélon. Tom. ir.
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L/Es noûyieâux rapports sous lesquels nous allons îconsidérer Fénélon n'avoient pu encore être pré- Mémoiresposentes au public ; de justes considérations n*a- li'i<l««fl <*« voient pas permis , aux historiens de Tarchevêque de Cambrai , de faire usage â*un grand nombre de pièces manuscrites qu'ils avoient à leur disposition. Ces considérations ne subsistent plus : il est même aujourd'hui d'autant plus nécessaire de faire connoître toute la sagesse des principes po« litiques de Fénélûn^ que ses admirateurs et ses censeurs paroissent s'être également mépris dans l'objet de leurs louanges et dans les motifs de leur censure. Les uns et les autres ont jugé la po-» litique de Fénélon sur celle du Télémaque. Us n'ont pas vu , ou n'ont pas voulu voir qu'un ouvrage , qui n'avoit pour but que d'inspirer à un jeune prince des sentimens vertueux et des principes de justice ^ n'étoit pas un code de lois po-
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litiques ni un plan d administration convenable à nos gouvernemens modernes.
De cette méprise sont venus les éloges outrés qu'ont donnés, à \aiphilantropie de Fénélon, quel* ques écrivains qui chercboient à se parer de son nom pour décrier toutes les institutions existantes f et les préventions peu fondées de ceux qui ont affecté de ne voir, dans le Télémaçue, que les rêves d'une imagination brillante. Mais comment a-t-on pu supposer que Fénélon ait eu Tidée d'offrir, pour modèle de gouvernement, les lois et les réglemens de police de la petite colonie de Salente , au chef d'une nation de vingt millions d'hommes, au petit-fils d^ Louis XIV , au successeur d'un prince qui avoit donné à l'autorité royale tant de force et d'éclat ; il savoit trop bien que les mœurs , les habitudes , les institutions antiques d'un grand empire auroient toujours ré« sisté à des innovations puériles et dangereuses , aussi opposées ^ sa pensée qu'à ses vœux. Le Té- Uma^ue étpit adressé au cœur et à l'ame du duc de Bourgogne; et la manière dont ce jeune pi^înce avoit saisi la morale de ce bel ouvrage, démontre asse:^ qu'il avoit miei;x compris l'esprit qui Fa conçu , que ceux qui ont voulu louer Fénélon de ce qu'il n'a jamais pensé, et le Clamer de ce qu'il n'a jan^ais proposé : eu un mQt, les vertus, les
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taléùs f les principes du duc de Bourgogne , les espérances qu'il fit briller et les regrets qu il a laissés ^ sont le plus beau commentaire du 7e7emoque, et défendent également la mémoire de Fénélon contre une admiration irréfléchie et contre des reproches injustes.
Lorsque Fénélon eut ordre de quitter la Cour^ aucun revers éclatant n*avoit encore troublé la longue pi^ospéritéde Louis XIV. Des gueires dis^ pendieuses et tm faste , peut-être excessif, avoient à la vérité continué à obérer la France. Golbért n avoit point eu de successeur assez habile pour suppléer^ par l'industrie , le commerce et' les expédiens d ui^ génie inventif, aux contributions que les peuples n'étoient plus en état de support ter; mais le traité de Riswick (en 1697 ) devoit faire espérer que la paix alloit rendre à la France tous ces puissans moyens de prospérité- qu'elle doit à son heureuse situation ; ia Providence a daigné la favoi*isery en la plaçant sous le ciel le plus favorable , et à portée de recueillir tous les avantages que ^intelligence et Findustrie peuvent ajouter aux bienfaits de la nature. Heureuse prérogative qui semble lui appartenir exclusivement , et qui doit avertir tous ceux qui sont appelés à la gouverner , que l'esprit de fustice , d'ordre et de modération suffit pour Tâever au plus haut degré de puissance et de bonheur I
6 HISTOIILE DE TÉlSÈhûTSl,
On pouvoît s'abaadoDner avec d'autâtit plas de confiance à Fespoir consolant que la paix de Riswick apportoit à la nation , que Louis XXY^ ramené par Tâge et par la religion à des maxi* mes plus saines , étoit désabusé de toutes ses an-» ciennes idées de faste et de magnificence : toutes ses vues tendoient alors à rétablir Tordre dans ses finances par une sage économie. Il ne plul pas à l'impénétrable Providence d'accorder des succès aux intentions bienfaisantes du monarque* L*Espagne vint se donner à la France y sans que Louis XIV eût désiré ni recherché cet accrois* sèment de grandeur dans sa famille ; il s'étoit même efforcé de prévenir, par des traités de par* tage sagement conçus et habilement négociés , les longues calamités de la guerre que cette riche succession devoit faire renaître.
Des événemens, que personne n'avoit pu ni prévoir ni préijenir, déconcertèrent toutes les combinaisons de la politique; et au moment même où un testament solennel vint mettre aux pieds de son petit-fils ^^ toutes les couronnes des Espagnes et des Indes , Louis XtV hésita pour ac« cepter ce magnifique présent^ il fallut que de mûres délibérations et des raisons irrésistibles M lui donnassent la triste conviction qu'il ne pou* voit échapper à la nécessité de la guerre , en of»
(0 \oyez les Mémoire» de Torcy.
LITRE SËPTIÈMK* 'J
frant même de se réduire à la part de cet héritage que les traités lui avaient assurée. Dans cette mémorable délibération , M. de Beauvilliers opina pour refuser la succession d'Espagne et s^en tenir au traité de partage. Le duc de Bourgogne fut du même sentiment; mais leur opinion étoit plutôt le VŒU de deux cœurs vertueux p touchés des souffrances du peuple et des malheurs encore plus grands qui menaçoient la France , qu'un avis fondé sur une véritable conviction.
Telle fut la destinée de Louis XIV, que la seule guerre qu'il ne voulut pas faire , fut une guerre juste et inévitable y et que cette guerre fut celle oà il éprouva des revers qui mirent la FranceÀ deux doigts de sa perte. C'est à l'occasion de cette guerre que nous avons une muiti* tude de lettres et de mémoires entièrement écrits de la maiti de Fénélon.
Fénélon ^ étranger à l'ambition pour lui-même/ avoit conservé à la Cour un intérêt bien cher dans la personne an jeiine prince son élève. Ses relations intimes avec les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse^ dont le premier étoit ministre d'Etat^ et le second initié au secret des affaires par la confiance de son beau-frère , le mettoient à portée d'exercer une influence d'autant plus utile, qu'elle ne {)ouvoit être inspirée que par
8 BISTOIEB DE FÉJfÉLOJf,
les vues les plus pores et les plus d^ntéressees* D'ailleurs, la Flandre devint le principal théâtre de la guerre ; et telle fut la gloire de Fénélon , qi|e les généraux français et les généraux eone^ mis se disputèrent le mérite de luîr montrer des ^[ards y une confiance et une considération bien plus flatteurs pour lui dans son exil^ que s'il en eût joui à Versailles.
Ainsi y Ton conçoit (pie cette partie dé la cor*
respondance politique de Fénélon ne doit pas être confondue avec cette foule de mémoires , de plans, de projets, que hasardent sur les affaires publiques des konmies qyi n en connoissent pas même lels agens et les ressorts. Les seuls fragmens des pièces que nous avons à produire suffiront pour en faire sentir toute Timportance pour cette époque de notre histoire.
Depuis même que Louis XFV eut fifccepté le testament de Charles II pour son petit-fils , il dut espérer pendant qudque temps qu il ne seroit point entraîné dansi une guerae générale contre toute l'Europe; il put au moins présumer quil n'auroit à lutter que contre la maison d'Autriche, dont les prétentions et les forces ne lui paroissoient pas très-redoutables ; il dut même se confirmer dans cette confiance , lorsque l'Angleterre et la Hollande eurent consenti à reconnottre Phi-
LIVEE SBPTIÈICE. 9
»e V pour roi d*Espagne. En dérogeant ainsi
ellesrmémesaux traités de partage qu'elles avoient
proposés et garantis^ ces deux puissances sem«>
bloient avouçr que Louis XIV n'avoit pu se dis-*
penser d'obéir au vœu de la nation espagnole et
de son dernier roi ; mais on eut bientôt lieu de
îuger que cette reconnoissance simulée n'avoit
servi que de voile aux projets les plus sinistres*
contre la France.
Ce fut dans cet intervalle , que Fénélon se hâta ir. de faire passer au duc de Beauvilliers , un mé- ^^ asToùt moire très-étendu dont nous avons le manuscrit 1701* original y daté du a8 août 1701.
A cette époque, on ne pouvoit plus guère douter que l'Angleterre et la Hollande ne concertassent déjà y avec la maison d'Autriche , le plan de cette grande alliance qui réunit Tannée sui* vante toute l'Europe contre Louis XIY. Fénélon propose plusieurs moyens pour tâcher de détourner l'orage tandis qu'il en étoit encore temps.
11 établit d'abord en principe (*), que Louis XIV doit être fidèle à l'engagement qu'il a pris avec la nation espagnole , de ne jamais consentir au plus foible démembrement de la succession que son petit-fils venoit de recueillir ; mais il désire
(0 Précis d^iin Mémoire de Fénélon sur la succetfsion d'Espagne^ du a8 août 1701. (Maniucrits. )
lO HISTOIRE DE FESÉLON^
que Louis XIY commeDce par convamcre toutes les puissances de l'Europe , qu'il n a aucune vue personnelle d'agrandissement pour la France. Cette opinion une fois bien établie, donnera au cabinet de Versailles plus de force et de moyens pour repousser toutes les propositions qui auroient pour objet dé le faire consentir au sacrifice de quelques parties de la monarchie d'Eq[iagne en faveur de toute autre, puissance.
n expose ensuite l'état où se trouvoit alors la France y et les motifs qui pouvoient fonder les espérances de ses ennemis. Ils se flattoient que la France , épuisée par les guerres précédentes ^ ne vouloit plus la guerre; que le repos et la paix lui étoieut absolument Qécessaires; que, forcée de porter ses armées loin de ses frontières, elle acheveroit de s'^uiser de troupes et d'argent ; que les peuples des Pays-Bas. et du Milanais , accoutumés à la molesse du gouvernement espagnol , se familiariseroient difficilement avec les formes rapides et absolues du gouvernement français; que la France, obligée de défendre un corps mort, comme l'Espagne l'étoit alors, seroit accablée de l'excès de ses propres efforts et de l'inertie de 1^ masse qu'elle s'étoit chargée de soutenir ; que, plus Philippe Y se montreroit docUe aux inspirations du Roi son aïçul, moins les Espagnols