‹ Histoire de FranceChapitre 180 sur 192 · LK CARACTRRK OU LK PORTRAIT DR M. LA FRIHCR DR COHTY · texte numérisé non relu

LK CARACTRRK OU LK PORTRAIT DR M. LA FRIHCR DR COHTY

Il est doux , débonnaire et tout remply de belles qualités. Il est trèssçavant en toutes sortes de sciences et s'est faitadmirerpubliqueinent dans la plus célèbre assemblée de l'Académie par son grand esprit et pour sa capacité à traiter des plus hautes matières de la théologie ; mais , outre toutes ses grandeurs et toutes ses excellentes qualités , il a un fond admirable de bonté et de vertu. Il mène une vie qui peut servir d'exemple à toutes les grands des cours , et fait voir qu'on peut estre grand seigneur et parfaitement homme de bien. Il a une vertueuse princesse qui le seconde admirablement dans son zèle et dans sa piété ; et, quand le cardinal n'auroit jamais fait d'autre bien en France que celuy de nous donner une si rare personne , qui fait tant de bien à tout le monde , on lui doit pour toujours des louanges de ce bienfait , puisque par elle il a sauvé la vie à un million de personnes pendant la famine , et a contribué au salut

de plusieurs âmes qu'elle a attirées à Facteur de sa vertu ; ai bien que

ce prince et cette princesse sont aujourd'huy les vrays miroirs de la piété dans la grandeur et dans les richesses. Je ne parle pas ici de la beauté de cette dame; car, bien qu'elle soit merveilleuse dans sa personne, c'est pourtant le moindre de ses avantages} car elle est in Uniment bonne , elle est extrêmement sage , elle est bienfaisante et charitable ; elle est entïn le modèle achevé de la perfection chrestienne. Us ont un digne rejeton de tant de grandeur et de vertus , qu'on appelle monsieur le Comte ; mais il est trop jeune pour pouvoir faire esclater en sa personne les avantages de son origine. Tout ce qu'on en voit, c'est une beauté saisissante et une physionomie heureuse, qui promet , à l'avenir, qu'il ne sera pas moindre que ses illustres parens»

LB CARACTERE OU LE l'ORTKAlT DX MADEMOISELLE DE MON TP EN S 1ER .

Mademoiselle , l'ancienne , est de la maison de Bourbon , du costé de père et de mère. Gaston , fils de France , frère puisné de Louis XIII , lui donna le jour, et Marie de Montpensier, sa mère , première femme de ce prince , tiroit son origine de Henry, duc de Montpensier, et ce Henry d'un deuxième cadet de la maison de Bourbon , dont la ligne droite avoit manqué à la mort du connétable et avoit recommencé dans Charles f premier cadet de cette famille ; et le second cadet avoit donné les princes de la Roche-sur- Yon et ducs de Montpensier, dont Marie , mère de Mademoiselle, estoit descendue. Cette princesse du sang des Roys et des princes est hautaine , hardie, et d'un courage plus masle que n'est d'ordinaire celuy d'une femme. On peut dire avec vérité qu'elle est une amazone , et qu'elle est plus capable de manier les armes que le fuseau. Elle le fit voir à la journée de Saint-Antoine , où le salut des princes estoit désespéré, et où son père n'osoit rien entreprendre pour sauver le party du prince de Condé , qui estoit près de sa ruine; elle alla audacieu sèment à l'Hostel-de-Ville prendre le prévost des marchands et le gouverneur de Paris par la barbe, avec de grandes menaces, pour les obliger à donner un ordre et faire prendre les armes aux Parisiens pour la défense de son party ; ensuite de quoy elle alla prendre Son Altesse Royale son père dans son palais , qu'elle amena comme malgré luy à la Bastille, afin de soustenir par sa présence son party chancelant. Tout ce remuement des bourgeois ( entreprise trop hardie pour une fille , principalement contre une armée royale, mesme en présence de Leurs Majestés) est une action qui ne se peut presque excuser que sur l'emportement du sexe , la minorité du Roy et l'aversion générale qu'on avoit alors du cardinal Mazarin ; car elle fil tirer les canons sur l'armée royale et facilita la retraite des princes, à qui elle fit ouvrir les portas de Paris , et sauva par ce moyen

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leurs troupes d une détaitc générale. Elle est fiere , entreprenante , et libre à parler, et ne peut rien souffrir de tout ce qui luy semble contraire à sa pensée, fille n'a jamais aimé les ministres du Roy ny de son père , parce qu'il falloitqu'elle eust quelque déférence pour eux. Elle a eu autrefois la pensée de se marier avec l'archiduc Léopold d'Autriche sans le consentement du Roy ; ce qui obligea Sa Majesté de luy donner des gardes et luy fermer les passages de Flandre , de peur qu'elle ne se jettast entre les mains de celuy qui faisoit pour lors la guerre à la France. On dit qu'elle a refusé autrefois la recherche d a Roy d'Angleterre durant sa disgrâce, et c'est une faute de jeunesse à laquelle il n'y a plus de remède. U est assez difficile que son coeur akier se puisse soumettre à la domination d'une homme, quelque noble, quelque puissant qu'il puisse estre. Elle est la plus riche fille de l'Europe, car elle jouit de plus huit cent mille livres de revenu en fonds de terre. Elle est de belle et grande taille , d'une mine masle et élevée , d'une démarche libre et hardie ; elle a un port majestueux et un abord assez agréable. Son humeur est impatiente , son esprit actif et son cœur ardent en tout ce qu'elle entreprend ; et, comme elle ne scait ce que c'est que la dissimulation et qu'elle dit ses sentiments sans se soucier de quoy que ce soit , on croit qu'on a appréhendé à la cour qu'elle ne témoignast du déplaisir de voir ses sœurs cadettes mariées , et du second lit, devant elle; et on dit que pour cela, et pour quelques paroles eschappées ou escrites , elle a eu ordre de se retirer dans ses terres, où elle vit en liberté , toujours dans l'espérance d'estre bientost rappelée 3 la cour, où l'on fait des propositions avantageuses pour son mariage . On ne sçait pas bien encore en laveur de quel potentat.

t. f. ( 4ractkrf on le i»ohthait de monsieur de gtttse.

Il n'y a personne dans l'Europe qui ne sçachc la grandeur de cette maison sous les derniers règnes , leur eslévation sous Henry II, leur accroissement sous Charles IX , à qui ils donnèrent de la jalousie , tant à cause de leur bonne mine que de leur magnificence , et enfin leur prodigieuse autorité sous Henry III , qui fut obligé , pour la seureté de sa couronne , de faire tuer à Blois le chef de cette maison avec son frère te cardinal. Le duc de Guise, son fils, fut proposé pour Roy en France par les Espagnols , durant la ligue contre Henry IV , après s'estre sauvé du chasteau de Tours, où le Roy le tenoit prisonnier; mats le duc de Mayenne , le regardant comme cadet de sa maison , ne put souffrir cet avantage; si bien que leur division servit à l'avancement des affaires du Roy , qui luy pardonna cette rébellion selon sa démence ordinaire , le combla encore de ses bienfaits en luy donnant le gouvernement de Provence. Monsieur de Guise est aujourdhuy le seul qui reste de cette fa-

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mille ; il retient de ses aneestres beaucoup de belles qualitez, et surtout celle de la magnificence, qui semble luy estre naturelle. Il est des plus galants de la cour et a esté fort amoureux dans sa jeunesse. Il a aymé madame la princesse de Nevers, sœur de la Reine de Pologne , d'une passion tout à fait violente. Il a espousé la comtesse de Bossuet , Tune des plus belles dames de Flandre ; et, estant ensuite devenu passionnément amoureux de madame de Pont, il a esté à Rome pour faire rompre son mariage, afin d'espouser cette dernière. Elle luy correspondoit parfaitement , et il pouvoit dire qu'il en estoit aimé autant qu'il l'aimoit ; mais, n'ayant pu obtenir cela du Pape , il passa par occasion à Naples, où tout estoit en trouble par la révolte de Thomas Ancilla. Il se rendit d'abord considérable au peuple de cette grande ville, et, se flatant de l'espérance de la conquérir au Roy moyennant du secours de France, il adjoustoit , dans la lettre qu'il en escrivoit, qu'il ne demandoit pour toute récompense de cette glorieuse expédition que mademoiselle de Pont. Sur quoi monsieur le cardinal, ayant jugé cette lettre une expression de passion etfoiblesse d'esprit , et ne voulant point hasarder ses troupes sur ces vaines assurances , l'abandonna en cette occasion ; si bien qu'ayant esté pris par les Espagnols et conduit prisonnier en Espagne il n'en est sorty que pendant les troubles de Guienne , à la requeste que monsieur le Prince en fit au Roy d'Espagne , pensant par là l'engager à son party. Mais, parce que le Roy y avoit envoyé monsieur de Yerderonne pour le retirer, il s'en vint droit en cour , sans vouloir voir celuy à qui il avoit quelque obligation de l'ouverture de cette affaire, et qui avoit obligé la cour à se souvenir de luy et à traiter en sa faveur. Depuis il a vendu ou engagé presque tout son bien sur le dessein de retourner encore à Naples et sur l'idée de la conqueste d'un royaume. Il a sans doute l'âme grande, mais sans mesure; ainsi il a dépensé tout le bien de sa maison. Sur quoy madame de Guise, parlant un jour à la Reinemère , lui dit que messieurs de Guise avoient amassé autrefois de si grands biens qu'ils avoient donné de la jalousie et du soupçon de leurs personnes, mais qu'ils avoient un héritier capable de détruire leur maison et de quoi oster par là toute sorte d'appréhension de leur grandeur à l'avenir. Il est bien fait, obligeant, doux, civil, aymable; il parle juste , et fait des vers et s'entend aux belles choses. II a comme naturellement l'art de bien conduire les chevaux et la grâce de paroisti c plus que personne dans les tournois et courses de bagues. Il se plaist merveilleusement à ces uobles exercices et les entend mieux que tous les escuyers de Franc?. Il a encore en France des cadets de la maison de Lorraine , et entre autres le comte d'Harcourt, franc , fier et vaillant , ainsi qu'il l'a fait voir en beaucoup de rencontres , et principalement devant Turin , contre le marquis d'Égueux , qui avoit invitée les dames de cette

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ville à voir faire un déjeuné des François; et il fut luy-mesme battu par le comte d'Harcourt , qui u'avoit qu'environ sept mille hommes contre plus de quinze mille hommes. 11 a encore fait des efforts qui semblent surpasser toute créance humaine dans la prise des isles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat, avec fort peu de gens et contre l'attente de tout le monde. Il a fait encor la guerre en Catalogne, mais avec moins de succès ; car il fut forcé dans ses retranchements devant Lérida. Il a encore servy , contre ce qu'on espéroit, à conduire les princes du sang, Condé, Conty et Longueville, prisonniers au Havre. 11 a la charge degrand-escuyerde France, et monsieur le comte d'Armagnac , son fils, en a la survivance; et on dit que, tout cassé qu'il est, il demande encore au Roy d'estre employé dans le service, et de ne pas mourir autre part qu'à la guerre.

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