CHAPITRE PREMIER
Le Oued* Anjou revient en France, où il est proclamé roi.
Une heure après la mort de Charles IX, Catherine revint à Paris et s'y fit déclarer régente : un envoyé fut dépéché pour porter au roi de Pologne cette importante nouvelle. Quoique la paix ne fût point rompue , des discordes sanglantes éclataient sur divers points du royaume, et les querelles des partis se vidaient à main armée. Les politiques, nouvelle faction qui regardait le duc d'Alençon comme son chef, traitaient publiquement avec les protestants ; et à la suite d'une conférence dans la ville de Milhaud en Rouergue , les premiers étaient convenus d'assurer une entière liberté au nouveau 6ulte, tandis que les seconds devaient ne poser les armes que lorsque les maréchaux de Montmorency et de Cessé seraient tortis de prison. Montmorency d'Ânville, gouverneur du Languedoc, avait adhéré à cette ligue, et les ressources qu'il était en état de fournir rendaient les protestants plus puissants que jamais. Catherine résolut de ménager tous les partis jusqu'au retour de son fils , qui ne pouvait être éloigné. On la pressa d'ouvrir aux prisonniers les portes du château de Vincennes; elle déclara qu'il n'appartenait qu'au roi de décider de leur sort. Cependant elle fit un acte de sévérité auquel sa position siervit d'ej^cuse : Montgommeryi qui avait eu le malheur de porter, dans un tournoi , un coup mortel à Henri II , s'était déclaré avec ardeur pour la nouvelle religion; il avait rendu
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a HISTOIRE DE FRANGE.
de grands services aux protestants, et c'était lui qui avait recueilli et sauvé les débris fie le^r arpée après la bataille de Moncontour. Il faisait alors en Normandie une guerre cruelle ; investi dans Domfront par le maréchal de Martigues , il fut obligé de se rendre , et la capitulation qu'il obtint n'empêcha pas qu'il n^ pqrtàt quelques jpufs ^prës ^ tête sur l'échafaud. Cette exécution, qui violait un traité, ne produisit pas l^f^t qiie la régence aura|t p^ ppaipdre; on ne trouva pas extraor(linajfe qi)'e)lp eu( saisi l'Qccasiop de punir le meurtrier ipvploqtaire 4& son époi;}^ , ef rpfi blâpna Montgommery d'avoir porté l^ firmes contre la veuve et les enfants du monaf- (|)1Q dpnt il avait trapché les jour§.
phé^)^r;mt neinit que quatorze jours pour se rendre à Cra- Govi^; il sftl|ia le roi de Pologne pompie roi de France , et ce Pfinpe prit aussitôt (p noi^ de Henri lU* Impatient de quitter Itn pays où il n'ayait éprpuyé que des ennuis et des dégoûts , e^ pu il n'ayait eu d'autres distractions que des correspondances mystérieuses avec quelques femmes de la cour de France , le monarque , avide de jouir de sa nouvelle couronne , et se figurant qu'elle ne lui procurerait que des plaisirs , n'attendit pas les délais qu'auraient exigés les préparatifs d'un voyage régulier. Craignant d'être retardé' ou retenu , il s'échappa la nuit de son palais, suivi d'un petit nombre de courtisans , et il quitta la Pologne en fugitif (4 8 juin). Cette étourderie , qui ppuvait avoir les suites les plus graves, était peut-être excusable dans un prince de vingt-trois ans ; mais on découvrit bientôt que sa légèreté cachait des vice$ plus réels , et l'on prévit qu'il démentirait les heureuses espérances que sa jeunesse avait fait concevoir.
11 traversa lentement l'Allemagne, s'arrêta dans Venise, oii
HENM ni. S
les fêtes lui furent prodigué^ , et fit un long fé\o\\T à Ti)rin. La duchesse de Savoie, sa tante , attaquée d'une maladie mortelle, le conjura de rendre à son époux Emmanuel-Philibert, le petit nombre de places que la France avait conservées en Piémont depuis le traité de Cateau-Cambrésis. 11 y consentit, sans réfléchir que ce premier acte de son règne blesserait l'orgueil de ses sujets , et il ne se réserva que le marquisat de Saluées , qu'il était désormais impossible ie défendre. Le nouveau monarque ne montra pas plus d'habileté dans les premières relations qu'il eut avec les chefs de parti. Il repoussa d'Ânville , qui était venu lui 6£frir sa médiation , et détermina ainsi les politiques à resserrer les liens qui les unissaient aux protestants. Cette conduite inspira les plus vives inquiétudes aux hommes éclairés qui s'étaient rendus à Turin pour lui offrir leurs hommages ; le célèbre négociateur de Foix surtout ne se dissimula point que de nouvelles guerres consommeraient la ruine du royaume. « Je l'ai vu , dit de Thou qui Tac- « compagnait , je l'ai vu en soupirer de regret, et soutenir € qu'on ne serait pas longtemps à se repentir d'une résoluc tion si pernicieuse, et prise avec tant de précipitation. »
Henri 111 entra en France le 5 septembre par le pont de Beauvoisin ; il combla de bontés le duc d'AIençon et le roi de Navarre, qui, toujours prisonniers, étaient venus au-devant de lui; il promit au premier le royaume de Pologne, au second la lieutenance générale, feignit de les mettre en liberté, et ne cessa point de les faire garder à vue. Il joignit bientôt sa mère, qui s'était avancée jusqu'à Lyon. Là, commençant à mêler la mollesse et les plaisirs avec les pratiques de dévotion les plus minutieuses, il s'occupa beaucoup moins de la guerre qui se rallumait de toutes parts , que de son amour pour
4 mSTOmE DE PRANCE.
Louise de Vaudemont, nièce du duc de Lorraine» qu*il avait vue Tannée précédente en passant par Nancy. Sans être arrêté par Tinclination que cette jeune princesse nourrissait pour le comte de Salm, il déclara qu'il voulait Tépouser; résolution qui inquiéta Catherine sur Tinfluence que cette union donnerait à la maison de Guise , et à laquelle elle ne se prêta que lorsqu'elle apprit que le cardinal de Lorraine , l'homme de cette maison qu'elle redoutait le plus , était mort subitement à Avignon, pour avoir suivi pieds-nus, dans une saison rigoureuse , une procession de pénitents (26 décembre).