Histoire de France
DEPUIS L’ AVÈNEMENT DE LOUIS XIII JUSQU’A L’ASSASSINAT DU MARÉCHAL D’ANCRE (1610-1617).
Il eût été grandement désirable pour la France que le pouvoir monarchique pût s’asseoir et se fixer pendant tout le dix-septième siècle, tel qu’il avait existé sous Henri IV. Ç’avait été le pouvoir absolu, mais exercé avec un bon sens et une modération qui ne lui laissaient que ses apparences tutélaires. Sous une administration sage et vraiment paternelle, le vœu national n’avait point songé à réclamer les états généraux, remède invoqué dans les jours de crise contre des maux qu’il n'avait jamais guéris. Les parlements, iv l
sans renoncer à leur ingérence trop souvent tracassière clans les matières d’Etat, s'ôtaient laissé assouplira la volonté royale, qui désarmait leur opposition par de bonnes raisons, et flattait par de bons procédés leur orgueilleux esprit de corps. Les étals provinciaux avaient été respectés dans leurs privilèges, aussi bien que les villes dans ce qui leur restait de leurs franchises municipales. Nul doute qu'il n entrât dans la pensée de Henri de faire fléchir sous son autorité souveraine les tètes superbes de la haute noblesse qui s’obstinaient à garder les prérogatives anarchiques de l’indépendance féodale; mais il avait procédé à cette lâche doucement et graduellement, retirant une à une aux princes et aux grands seigneurs les positions trop élevées que la royauté avait été forcée de leur laisser prendre durant le long désordre des guerres religieuses. Une seule fois l’échafaud s’était dressé pour l’incorrigible Biron ; mais l’arrêt de mort n’avait pas été rendu par une de ces commissions arbitrairement instituées pour donner à la tyrannie les victimes quelle demande; c’était le Parlement, toutes chambres assemblées, dans le plus solennel appareil de la justice, qui avait envoyé au supplice le grand coupable. Même usage tempéré du pouvoir, même police facile et tolérante dans le domaine de l’intelligence; les savants et les beaux esprits avaient trouvé l’autorité sans rigueur contre leurs opinions les plus hasardeuses; le théâtre, par l’expresse volonté du monarque, avait eu pour ses jeux une liberté qu’on appellerait aujourd’hui de la licence. Rien de plus modéré, de plus respectueux des droits de tous
que ne l’avait été dans ses allures générales le gouvernement de Henri IV, et l’on a pu dire avec une parfaite justesse que la seconde moitié de son règne est « dans les temps modernes, ce que fut le règne de saint Louis au moyen âge, l’époque la plus normale de la nation française »
Sous les deux règnes qui vont suivre et qui remplissent plus de cent années, le pouvoir monarchique ne connaît plus ces sages tempéraments , et nous allons le voir, an lieu de 8e régler et de sc contenir, se précipiter sur la pente funeste du despotisme. Le grand ministre, qui a succédé au grand roi et repris ses projets au dedans comme au dehors, dépassera en toute chose la mesure dans laquelle celui-ci avait su s’arrêter : il n’y aura pour lui nulle différence entre les résistances légitimes et salutaires que rencontrera son pouvoir et les résistances subversives de l’ordre public : toutes seront également brisées par son impérieux génie. Les pays d’Etats ne conserveront leurs franchises que sous la menace perpétuelle de devenir pays d’élection, s’ils ne se soumettent à ses volontés absolues : des libertés des villes, il ne restera même plus l’ombre, et quant à la noblesse, le cardinal de Richelieu ne se contentera pas de la désarmer des moyens de nuire à l’État, il travaillera à la dépouiller de ses moins dangereuses influences. C est avec lui que commencera pour la France cette œuvre si admirée par les uns, si dépréciée par les autres, de la centralisation administrative ; c’est avec lui que naîtra