Etienne Arago, L'Hôtel de Ville de Paris, p
croyaient à des tentatives de délivrance, ils les couchaient en joue; dans un de ces mouvements, un fusil étant parti, la balle avait effleuré M. Jules Simon. Les tirailleurs surexcités n'obéissaient même plus à leurs chefs et se refusaient aux pourparlers que ceux-ci entreprenaient pour se sortir d'affaire. MM. Dorian et Delescluze s'étaient présentés à M. Jules Ferry sur la place Lobau, au moment où, suivi de la garde nationale, il se préparait à enfoncer la porte. Ils lui avaient expliqué que l'emploi de la force pouvait coûter la vie à ses collègues du gouvernement. Delescluze ayant promis en outre d'amener les gens qui occupaient l'Hôtel de Ville à l'évacuer de plein gré, M. Jules Ferry avait de son côté consenti à les laisser sortir librement et il avait sursis à l'attaque.
Cependant l'appel au scrutin, pour le lendemain, obtenu de MM. Dorian et Ârago paraissait insuffisant aux chefs de la Commune, ils désiraient surtout s'assurer l'adhésion des membres du gouvernement restés leurs prisonniers. Aussi font-ils tous leurs efforts pour en arracher des élections immédiates et la libre sortie de l'Hôtel de Ville. M. Dorian, mû par le péril de ses collègues et la pensée d'éviter une collision sanglante; Millière, anxieux de se ménager des sauvegardes; Delescluze lui-même viennent tour à tour presser M. Jules Favre de se prêter à un arrangement; ils ne subissent que des refus; M. Jules Favre répond que, privé de sa liberté, il n'a ni le désir ni le droit de s'engager.
La nuit s'écoulait et l'impatience des hommes entourant l'Hôtel de Ville grandissait. 1^. de Legge, commandant des mobiles du Finistère, las d'attendre, s'engage dans le souterrain qui fait communiquer la caserne de la place Lobau avec le palais. Ceux de la Commune ignoraient l'existence de ce passage, aussi sont-ils surpris et en partie désarmés avant d'avoir pu se reconnaître. H se fait de toutes parts un grand remuement; dans la salle où les membres du gouvernement sont retenus, un capitaine du parti de la Commune vient annoncer l'approche des
mobiles ; ceux qui gardent les prisonniers arment leurs fusils et mettent en joue. Dans le péril le général Le FIô se précipite sur Millière, il lui dit qu'il peut seul, comme ministre de la guerre et Breton, contenir les mobiles bretons qui ne parlent pas français et que, s'il ne va les arrêter, tous les partisans de la Commune seront passés par les armes. Millière le laisse sortir. Les hommes qui gardent les membres du gouvernement, après hésitation, ont relevé leurs fusils. Le général Le Flô^ descendu dans les cours, arrête les mobiles du Finistère, près d'en venir aux mains avec les tirailleurs de Flourens. Mais déjà les portes de l'Hôtel de Ville sur la place, avaient été ouvertes par les mobiles. M. Jules Ferry s'avançait suivi d'un flot de gardes nationaux, il monte l'escalier et force l'entrée. Ceux de la Commune avaient alors perdu toute assurance et, le passage laissé libre, ils sortirent de l'Hôtel de Ville. Il était quatre heures du matin.
La Commune était expulsée, mais ses partisans s'agitaient encore dans quelques mairies où ils s'étaient installés. Le gouvernement, le l*"" novembre au matin, s'empressa d'annuler l'arrêté de MM. Arago et Doriansur les élections. Il fit lacérer Taffiche convoquant les électeurs sans son ordre et lui en substitua une nouvelle, afm qu'aucune opération électorale n'eût lieu ce jour-là. Il communiqua sa décision aux maires qui, la veille, réunis pour la seconde fois à la mairie du IP arrondissement, à dix heures du soir, avaient été informés de la résolution prise par MM. Ârago et Dorian de procéder sans délai aux élections et qui s'y étaient ralliés. Plusieurs d'entre eux voulaient persévérer, comme mesure d'apaisement, à convoquer les électeurs. Il fallut insister pour qu'ils y renonçassent. Les partisans de la Commune, à la nouvelle du renvoi des élections, essayèrent de se maintenir dans ces mairies occupées; ils cédèrent cependant, et le gouvernement vit, par toute la ville, son autorité rétablie et ses ordres