‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 7 sur 65 · LIVRE IV. CHA.PITBE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHA.PITBE III

Aveuglé par l'orgueil et par l'habitude du pouvoir ab* flolu, il s'avançait au tombeau, la tète encore remplie de {Nrojets désastreux. La mort, en s'approchant , le trouva méditant d'assembler un concile national , pour faire proscrire une partie de s(m clergé par l'autre ; engloutissant des sommes immenses dans ses inutiles constructions de Marly; fKMnentant une révolte en Angleterre, et tentant, au mépris de sa parole, un dernier effort en faveur du fils de Jacques II. Pourtant, avant d'expirer, il fit un retour sur luimême. « Mon enfant, dit-il à son arrière-^ petit-fils le duc < d'Anjou, vous allez bientôt être le roi d'un ^and royaume ;

ce que je vous recommande le plus fortement est de n'ou- « blier jamais les obligations que vous avez à Dieu. Sou- « venez-vous que vous lui devez tout ce que vous êtes« « Tâchez de conserver la paix avec vos voisins; ne m'i- « mitez pas en cela, non plus que dans les grandes dér « penses que j'ai faites. Prenez conseil en toutes choses, « et dierchez à connaître le meilleur, pour le suivre tou- « jours. Soulagez vos peuples le plus tôt que vous le pour- « rez, et faites ce que j*ai eu le malheur de ne pouvoir faire «moi-même. » Le roi languit encore quelques jours, et vit approcher la mort avec calme. Il dit à madame de Maintenon : « J'aurais eru qu'il était plus difficile de mou- « rir ; » et à ses officiers : « Pourquoi pleurez-vous ? m'avez- «vous cru immortel? » Il mourut à Versailles le 1'''' sep- Monde tembre 1715 , dans sa soixante-dix-septième année, après l'i»* on règne de soixante-douze ans , le plus long entre tous eeux dont il soit fait mention dans l'histoire. Madame de • M aintenon,''âgée de quatre*vingt-deux ans , se retira dans la maison de Saint-Cyr s qu'elle avait fondée pour Véàur

* Cette maison célèbre ne fut transformée en école militaire qne àepms la révolatian.

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cation de trois cents Jeunes filles nobles peu favorisées de la fortune ; et elle y resta jusqu'à sa mort. considé- Beaucoup plus Jaloux d^inspirer la crainte et de captiver 8ur ce l'admiration que sensible à l*amour de ses sujets et touché de leur bonheur, Louis XIV avait eu sa propre grandeur pour but dans la plupart de ses entreprises : une faible partie seulement de Tédifice qu'il avait construit lui survécut. 11 vit lui-même , pendant la seconde moite de son règne , la France descendre de la hauteur où il l'avait portée durant la première ; et ses actes préparèrent pour Tavenir des résultats directement contraires à ceux que ses efforts persévérants tendaient à produite. C'est ainsi qu'en voulant affermir la religion catholique dans l'État, il Vébranla par les violences qu^ll commit en son nom et par les faveurs trop souvent prodiguées à l'hypocrisie : il voulut , en encadrant les gentils-hommes dans les régi« ments nouvellement disciplinés et dans des compagnies spéciales, aussi bien qu'en instituant l'ordre de siaint- Louis, faire de la noblesse le plus ferme rempart de la monarchie; mais il la déconsidéra par la servitude brillante qu'il Imposait aux grands seigneurs et par la vente de charges ridicules, qui toutes avaient le privilège d'anoblir. Ennemi déclaré de l'autorité des parlements, il les maintint dans le silence pendant tout son règne; et lui-même, en remettant son testament à celui de Paris, ouvrit la voie par laquelle ils rentrèrent dans l'arène politique : il crut, en transportant à sa cour l'étiquette espagnole, fortifier l'an- ' torlté royale et la grandir aux yeux de la multitude : il Taffaiblit, au contraire, en achevant de l'isoler ; enfin, plein de mépris pour le tiers état, il contribua puissamment à l'émancipation politique de cet ordre et à ses grandes destinées, par les encouragements qu'il accorda à l'industrie et

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aux lettres. C'est par ce moyeD qu'il déplaça en partie la source des ricMesses et des forces de l'État, en aidant à créer la propriété mobilière, et en préparant Tessor de l'opinion publique , double puissance qui éleva si rapidement le tiers état au niveau des ordres privilégiés, et qui a aujourd'hui une si haute influence dans la destinée des peuples. Malgré l'égoisme qui inspira tant de résolutions funestes à Louis XIV , et les fautes nombreuses de son règne, celuici brille encore d'un éclat qu'aucun autre n'a surpassé. Ce monarque, dit un homme célèbre, eut à la tète de ses armées Turenne , Coudé, Luxembourg, Catinat, Créqui, Boufflers, Montesquiou, Vendôme et Villars; Château- Renaud , Duquesne, Tourville , Duguay-Trouin , commandaient ses escadres ; Colbert, Louvois , Torcy , étaient appelés à ses conseils; Bossuet, Bourdaloue, Massillon, lui annonçaient ses devoirs ; son premier parlement avait Mole et Lamoignon pour chefs. Talon et d'Aguesseau pour organes ; Yauban fortifiait ses citadelles ; Biquet creusait ses canaux ; Perrault et Mansart construisaient ses palais ; Puget , Girardon , le Poussin , le Sueur et le Brun les embellissaient; le Nostre dessinait sesjardins; Corneille, Racine, Molière, Quinault, la Fontaine, la Bruyère, Boileau, éclairaient sa raison et amusaient ses loisirs; Montausier, Bossuet, Beauvîlliers, Fénelon, Huet, Fléchier, l'abbé de FJeury , élevaient ses enfants. C'est avec cet auguste cortège de génies immortels que Louis XIV se présente aux regards de la postérité'. Tant d'avantages sortirent sans doute d'un concours merveilleux de circonstances , et d'un bonheur inouï qui rendit ce prince contemporain de tant d'hommes éminents ; mais le roi qui sut les distinguer,

' Abbé Maury, Discours de réception à rAcadémie française.

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qui oavrit son palais et son trésor an génie , sons quelque forme qu*il se présentât , et dont la volonté forte inspira pendant soixante ans tant de grandes choses , a un droit incontestable, sinon à Tamour de la France, du moins à son respect et à son admiration.

Parmi les. travaux de Louis XIV, ceux dont les fruits répondirent à son espoir, et qui lui survécurent le plus longtemps et le plus utilement pour la France, datent presque tous de la plus belle époque de son règne , de celle où vivait Coibert : ce furent ses premières conquêtes , sa vigoureuse administration centrale, sa législation, quoique «ntachée de barbarie à plusieurs égards; Torganisation nouvelle de son armée > ses fondations académiques, ses canaux, ses constructions maritimes. « Ce monarque avait établi par lui-même un gouvernement que lui seul était capable de maintenir. Entouré de grands hommes quMl savidt intéresser à sa gloire ; protecteur des lettres et des sciences, des beaux-arts et de Tindustrie ; guerrier longtemps heureux, magnifique dans ses fêtes, l'imposant Louis XIY semblait né pour se faire obéir. Mais il léguait à ses successeurs un fardeau difficile à porter ; déjà même il en ressentit le poids , et la fin de son règne fut déplorable. Son génie s'affaiblit, ta fortune abandonna ses armes, ses finances s'épuisèrent; la veuve de Scarron le domina, un cagotisme tracassier et cruel pénétra dans ses conseils , et le rendit persécuteur; un débordement de misère inonda la France , et poussa des flots de pauvres jusqu'aux portes de Versailles. Ce long règne ressemble à une journée qui, pendant quelques heures, brille d'une éclatante lumière, et dont la fin s'écoule dans les ténèbres '. >*

' Joseph Droz, Histoire du règne de Louii XVI ^ Introduction.

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Ces* à tort que Ton fait ua mérite à Louis XIV de la directioD imprimée aux mœurs natiottales par sa cour : tàk^fà fit faire , il est vrai, de graDds pn^rès à la civliisation , en polissant le langage et les manières; mais elle se distiiigiiait pins par l'élégance des formes extérieures que par la déUeatesse des sentiments ; les éerits de la Bruyère , de la Rochefoucauld, de Saint-Simon et des poètes comiques àe cette époque en font foi. Le mépris pour le mariage; Tavidité pcKor l'or, dans un temps où la plupart des dfetinctions étaient devenues vénales ; rindifférence pour la source des fortunes , quelque honteuse qu'elle pût être ; la fureur du jeu , l'indulgence à l'égard des vices ; enfin l'hypocrisie religieuse, caractérisaient les courtisans a la fin de ce règne. Ces exemples déplorables, plus dangereux encore par le veniis briUânt dont ils étaient colorés, exer^ cèrent sur la nation une fâcheuse influence. Ces temps brillèrent cependant aussi de Téelat de hautes vertus , là snrtoot où l'influence de la cour avait le moins pénétré. La n<4>le8se de provmce', la magwtrature et une partie du elergé donnèrent l'exemple de la pureté des mœurs, du mépris de l'argent, et de l'intégrité; mais en vain un grand Bonibre d'hommes respectables résistèrent au torrent généni , le règne suivant agrai^it les plaies ouvertes sous celui da grand roi, et la corruption de la cour contribua , autant que l'anarchie des finances, à ébranler la monarchie dans ses fondements.

Le règne de Louis XIV fut une des grandes époques du système d'équilibre en Europe. Deux États , la Prusse et siiuation la Savoie, avaient doublé en importance : la première, éri- l'Europe* gée en royaume, tlevait balancer au nord de l'Allemagne l'influence qu'exerçait l'Autriche au sud de cette contrée; la seconde, augmentée de la Sicile, ^tait destinée à fermer

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ritalie à rAutriche et à la France : celle-ci s'empara, sous Louis XIV , du rôle qu'avait rempli TËspagoe sous la période précédente : elle fut longtemps la puissance dominante par son étendue, par la force de son gouveraement, par l'ascendant de sadvliisation, et du mer* veilleux concours des supériorités intellectuelles qui l'illustrèrent.

C'est de l'avènement de Guillaume 111, en 1688, que date réellement l'ère de la liberté anglaise; depuis lors l'Angleterre n'a cessé de croître en population et en puissance. La reine Anne, qui dut toute sa gloire aux hommes célèbres de son règne, avait précédé de peu de jours Louis XIV au tombeau ; et l'électeur de Hanovre succé* dait à cette reine, sous le nom de George V. La Russie , dont le génie de Pierre le Grand faisait nn nouvel empire, s'affermissait dans le nord en écrasant la Suède , déchue, par les témérités belliqueuses de Charles XII, du haut rang où l'avait portée Gustave- Adolphe. L'Autriche languissait sous Charles YI, et l'Allemagne obéissait paisiblement à ses nombreux souverains. La monarchie espagnole, à qui la paix d'Utrecbt avait enlevé un grand nombre d'États, continuait à pencher vers son déclin , tandis que la Hollande, illustrée par ses guerres contre Louis XIV, et par^ tageant avec l'Angleterre l'empire de l'Océan, atteignait le plus haut point de sa puissance et de sa richesse. Tel était l'état de l'Europe en 1715, à la mort de Louis XIV.

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LIYBB V. CHAPITRE I. SI

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